Trump et l’Arabie saoudite : un retour attendu
D’après des sources récentes, Donald Trump envisagerait un déplacement en Arabie saoudite dans les mois à venir. Un voyage qui ne serait pas anodin, tant il s’inscrirait dans la continuité de la politique étrangère qu’il avait initiée lors de son premier mandat. Ce retour à Riyad pourrait donner un nouvel élan à la dynamique diplomatique des États-Unis avec leurs partenaires du Golfe, bien plus enclins à composer avec lui qu’avec ses prédécesseurs démocrates.
Dès 2017, Trump avait fait de l’Arabie saoudite la première destination de sa présidence, une décision hautement symbolique. Lors du sommet américano-arabo-islamique, il avait souligné l’importance de resserrer les liens avec le monde musulman tout en posant les bases de ce qui allait devenir la doctrine Trump. Cette approche reposait sur un pragmatisme assumé : des alliances avec des régimes stables, des transactions économiques avantageuses et une prise de distance avec certains alliés traditionnels jugés trop critiques à l’égard des États-Unis.
Ce positionnement a souvent suscité la controverse. L’ancien président n’a pas hésité à froisser le Canada, à réorienter les priorités américaines vers l’Asie et à tenter une ouverture vers Moscou. Avec la montée des tensions au Moyen-Orient et l’activisme accru des milices pro-iraniennes, l’Arabie saoudite pourrait voir d’un bon œil son retour. Contrairement à l’administration Biden, jugée trop hésitante sur certains dossiers, Trump bénéficie d’une confiance relative auprès des monarchies du Golfe, qui préfèrent une approche plus tranchée face aux menaces régionales.
Le contexte actuel confère une importance particulière à ce voyage. La nouvelle administration américaine, sous l’impulsion de Trump et de son vice-président J.D. Vance, a déjà envoyé un signal fort en bombardant les Houthis pour sécuriser la mer Rouge. Une initiative qui résonne avec la longue confrontation entre l’Arabie saoudite et ce groupe soutenu par l’Iran. Depuis la fin des combats directs en 2022, Riyad a néanmoins opté pour un apaisement diplomatique sous l’égide de Pékin. Une médiation qui a jeté une ombre sur le rôle des États-Unis dans la région.
Si ce voyage se concrétise, il pourrait aussi s’inscrire dans un agenda diplomatique plus large, avec des avancées sur plusieurs dossiers sensibles. L’Iran reste un point de tension majeur. Trump a récemment envoyé une lettre à Téhéran par l’intermédiaire des Émirats arabes unis, fixant un délai de soixante jours pour de potentielles négociations. L’Ukraine et la Russie font également partie des préoccupations de Washington, et l’Arabie saoudite a récemment accueilli des pourparlers entre les belligérants. Un rapprochement avec Riyad pourrait donc servir de levier pour peser sur ces enjeux internationaux.
Par ailleurs, cette tournée pourrait offrir à Trump une opportunité de renforcer son influence face à la Chine. Alors que Pékin s’efforce de tisser des liens entre le Japon et la Corée du Sud, l’ancien président américain ne cache pas son scepticisme vis-à-vis de l’engagement militaire dans la région Asie-Pacifique. Son équipe semble moins focalisée sur l’Australie et la Nouvelle-Zélande, pourtant membres clés de l’alliance du renseignement « Five Eyes ». En témoigne la déclaration récente de Dennis Richardson, ancien secrétaire australien à la Défense, qualifiant les États-Unis d’allié « de plus en plus exigeant et moins fiable ».
À l’inverse, les États du Golfe offrent à Trump un terrain diplomatique plus favorable. Ces nations, qui avaient ressenti une forme d’abandon sous Obama et qui restent méfiantes à l’égard de Biden, se montrent plus réceptives à son approche transactionnelle. Leur intérêt croissant pour des alliances économiques alternatives, telles que les BRICS ou l’Organisation de coopération de Shanghai, témoigne de leur volonté de diversifier leurs partenaires tout en conservant des relations solides avec Washington.
Reste à voir si ce voyage aura l’impact escompté. Trump cherchera sans doute à obtenir des succès visibles sur des dossiers clés, comme Gaza ou la Syrie. Mais au-delà des effets d’annonce, ce déplacement pourrait surtout être une démonstration de force à l’approche de la prochaine élection présidentielle. L’ancien président mise sur sa réputation de négociateur hors pair et sur son style diplomatique abrupt pour séduire à nouveau ses partenaires du Golfe. Un pari risqué, mais potentiellement payant.
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