Hausse des tarifs douaniers : tensions commerciales entre Israël et les États-Unis
Les relations commerciales entre Israël et les États-Unis connaissent un coup de froid inattendu. Washington a annoncé une hausse des droits de douane sur certains produits israéliens, une décision qui a pris de court les acteurs économiques du pays. Alors qu’Israël venait tout juste de lever ses propres barrières tarifaires sur les importations américaines, l’administration Trump a imposé une taxe de 17 % sur des biens en provenance de l’État hébreu. Pour de nombreux observateurs, cette mesure marque une rupture brutale avec les décennies de coopération économique entre les deux nations.
Les autorités israéliennes, visiblement prises au dépourvu, espéraient éviter un tel scénario en assouplissant leur propre politique douanière. L’annonce américaine, perçue comme une injustice par certains responsables, a suscité des réactions indignées. Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a aussitôt convoqué une réunion d’urgence pour mesurer les conséquences de cette nouvelle taxe et planifier la riposte. Les experts estiment déjà que l’impact sur l’économie israélienne pourrait atteindre 3 milliards de dollars, une somme loin d’être négligeable.
Le commerce entre les deux pays repose sur un flux de biens et services considérable. Rien qu’en 2024, les exportations israéliennes vers les États-Unis ont frôlé les 17 milliards de dollars, avec un excédent commercial de 8 milliards en faveur d’Israël. Toutefois, les services, notamment ceux liés à la haute technologie, représentent plus de la moitié de ces échanges et ne devraient pas être affectés par cette hausse des tarifs. Les industries les plus vulnérables restent celles des diamants, des équipements médicaux et des machines industrielles, qui subiront de plein fouet ces nouveaux droits de douane.
Pour certains, cette décision américaine semble dictée par des considérations politiques autant qu’économiques. L’argument avancé par Washington repose sur le fait qu’Israël applique une taxe de 33 % sur certains produits américains, une donnée que les autorités israéliennes contestent avec vigueur. Michel Nies, économiste chez Citi, juge cette justification bancale et pointe du doigt un calcul opportuniste qui pénalise l’industrie israélienne sans raison apparente.
Les réactions du monde des affaires ne se sont pas fait attendre. Ron Tomer, président de l’Association des fabricants d’Israël, considère cette décision comme une régression dans les relations bilatérales et un coup dur pour la compétitivité des entreprises israéliennes aux États-Unis. De son côté, Karin Mayer Rubinstein, directrice d’Israel Advanced Technology Industries, souligne les incertitudes pesant sur le secteur du numérique. Si les logiciels et les services en ligne venaient à être touchés par ces taxes, l’impact serait bien plus lourd que prévu, compromettant l’attractivité d’Israël pour les investisseurs étrangers.
Dans ce contexte incertain, les négociations deviennent une priorité absolue. Plusieurs responsables israéliens appellent à des discussions urgentes avec l’administration Trump pour revoir ces nouveaux droits de douane ou, du moins, en limiter la portée. Certains misent sur des exemptions sectorielles, notamment pour les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques, qui constituent une part essentielle des exportations israéliennes vers les États-Unis.
Depuis la signature de l’accord de libre-échange entre les deux pays il y a 40 ans, 98 % des marchandises américaines importées en Israël sont exonérées de taxes. La nouvelle politique tarifaire américaine remet en question cet équilibre fragile et pourrait inciter Israël à rechercher de nouveaux débouchés commerciaux. L’Europe et l’Asie se profilent comme des alternatives potentielles, mais un tel réajustement prendra du temps.
Alors que la tempête commerciale se profile, une chose est sûre : les décisions prises dans les prochaines semaines seront décisives pour l’avenir des relations économiques entre Israël et son plus grand partenaire commercial. Reste à voir si les deux nations parviendront à désamorcer cette crise ou si elle marquera un tournant dans leur coopération historique.
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