Netanyahou en Hongrie : entre diplomatie et défi judiciaire

Les projecteurs se braquent sur Budapest. Jeudi, Benjamin Netanyahou débarque en Hongrie pour une visite de quatre jours. Un voyage hautement symbolique, d’abord parce qu’il défie ouvertement la Cour pénale internationale (CPI), ensuite parce qu’il renforce l’alliance entre Israël et l’un de ses rares soutiens inconditionnels en Europe : Viktor Orban.

La Hongrie, membre fondateur de la CPI, aurait dû, en théorie, exécuter le mandat d’arrêt émis contre le Premier ministre israélien pour crimes de guerre à Gaza. Mais Orban n’a pas l’habitude de s’embarrasser des injonctions internationales, et il l’a fait savoir dès qu’il a envoyé son invitation. « Il n’en est pas question », aurait-il lâché en privé, fidèle à sa ligne souverainiste.

Une visite sous tension
Le programme de Netanyahou reste soigneusement verrouillé. Seules quelques étapes ont filtré : une rencontre avec Orban, une conférence de presse prévue vers 10 h GMT et une visite au mémorial de l’Holocauste. Des ouvriers s’affairent déjà au château de Buda, où se tiendra une cérémonie officielle, tandis que la sécurité a été considérablement renforcée autour de l’hôtel où il résidera.

Il s’agit seulement de son deuxième déplacement à l’étranger depuis que la CPI a lancé ses mandats d’arrêt contre lui et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant. Son premier voyage l’avait conduit à Washington en février, où il avait retrouvé un autre allié de poids, Donald Trump. Ni Israël ni les États-Unis ne reconnaissent l’autorité de la CPI, et Washington ne cache pas son hostilité envers une institution qu’il juge biaisée.

Entre diplomatie et tempête politique
Si Netanyahou fait face à une pression internationale, il doit aussi gérer une crise politique chez lui. Trois de ses proches collaborateurs sont accusés d’avoir des liens occultes avec le Qatar, une affaire qui alimente la controverse. Le Premier ministre dénonce une cabale médiatique, tandis que Doha rejette en bloc les accusations, dénonçant une manipulation.

Sur le terrain, la situation est tout aussi explosive. Depuis l’attaque meurtrière du Hamas en octobre 2023, qui a coûté la vie à 1 200 Israéliens et laissé 251 otages entre les mains du groupe islamiste, Israël a mené une riposte d’une intensité inédite. Plus de 50 000 Palestiniens ont péri sous les bombardements. La destruction massive de la bande de Gaza a déclenché des manifestations à travers le monde et poussé l’Afrique du Sud à saisir la Cour internationale de justice (CIJ), accusant Israël de génocide.

La CPI sous le feu des critiques
Face aux accusations portées contre lui, Netanyahou ne change pas de cap. Il fustige une justice internationale politisée et illégitime, arguant que la CPI n’a aucune autorité sur un dirigeant démocratiquement élu. Orban lui emboîte le pas, qualifiant la décision de la Cour de « cynique et inacceptable ».

Cette position n’a rien d’étonnant. Budapest et Jérusalem entretiennent des relations étroites depuis plusieurs années, Orban ayant toujours soutenu Netanyahou, y compris lorsque ce dernier était en délicatesse avec les chancelleries occidentales. L’accueil chaleureux qu’il lui réserve à Budapest en est une nouvelle démonstration.

Une stratégie risquée ?
Mais ce soutien inébranlable a un prix. En défiant la CPI, la Hongrie s’expose à une nouvelle salve de critiques de la part de l’Union européenne, déjà en froid avec Orban sur plusieurs dossiers. Bruxelles pourrait durcir sa position, notamment sur les fonds européens attribués à Budapest. De son côté, Netanyahou continue de jouer la carte de la résistance face aux instances internationales, espérant rallier d’autres nations à sa cause.

Cette visite, aussi controversée soit-elle, n’est donc pas qu’un simple déplacement diplomatique. C’est un message. Netanyahou veut montrer qu’il ne pliera pas sous la pression judiciaire et qu’il peut toujours compter sur des alliés solides. Reste à savoir jusqu’où il pourra pousser ce bras de fer sans en payer le prix politique.

Jforum.fr

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires