Israël confronté au dilemme des otages

Israël est confronté à un cruel dilemme: comment éradiquer le Hamas sans mettre en danger quelque 200 otages détenus dans la bande de Gaza.

Manifestation demandant la libération des otages du Hamas, à Tel-Aviv, le 14 octobre. (Janis Laizans/Reuters)

Plongé dans le pire cauchemar, Avishaï Brodtz a décidé de se battre. Sans nouvelles de son épouse Hagar et de ses trois enfants enlevés le 7 octobre par les islamistes dans le kibboutz Kfar Aza, limitrophe de la bande de Gaza, il s’est installé depuis trois jours en face d’une des entrées du ministère israélien de la Défense à Tel-Aviv. Son objectif : mobiliser l’opinion publique pour que le sort des otages ne soit pas oublié dans la guerre en cours.

« Je ne suis pas un dirigeant politique, je sais seulement que la première chose à faire est de libérer les femmes, les enfants », explique-t-il au milieu de dizaines d’autres Israéliens venus le soutenir. Sur les murs d’enceinte du ministère, les photos d’une centaine d’otages, et des appels à leur libération, ont été collées.

Boucliers humains

Cette campagne exprime l’anxiété des familles qui redoutent que le Hamas utilise leurs proches comme boucliers humains ou qu’ils soient tués lors des bombardements de représailles menés par l’aviation israélienne dans la bande de Gaza. Ils craignent également que le gouvernement mette la question des otages au second plan.

Dans un premier temps, le gouvernement de Benyamin Netanyahou et l’armée ont fixé comme priorité des priorités l’éradication du Hamas, qui a assassiné 1.400 civils et militaires dans des conditions barbares, et enlevé quelque 200 otages parmi lesquels des dizaines de ressortissants étrangers , américains et français notamment.

Sentiment d’abandon

Tzahi Hanegbi, le directeur du Conseil de sécurité nationale, très proche de Benyamin Netanyahou, a provoqué une vague de colère parmi les familles d’otages en excluant toute « négociation avec l’ennemi ». Les familles ont eu aussitôt l’impression d’être abandonnées. Sentant le danger, le Premier ministre a désavoué son collaborateur. Mieux encore: il a rencontré dimanche pour la première fois des représentants de familles d’otages, en leur assurant que sauver leurs proches constituait une des missions essentielles du gouvernement.

Des commentateurs n’ont pas manqué de remarquer à cette occasion que le Premier ministre avait tardé à exprimer sa compassion aux familles, alors que le président américain, Joe Biden, plus rapide, s’était déjà entretenu deux jours auparavant avec les familles de 14 kidnappés américains.

Médiation du Qatar

Pour le moment, l’heure est à la compassion. Aucune négociation officielle n’est engagée. Mais selon des médias israéliens, le Qatar, qui joue traditionnellement le rôle d’intermédiaire entre Israël et le Hamas, a proposé d’échanger 36 femmes et mineurs palestiniens détenus en Israël, contre les femmes, enfants et personnes âgées captives dans la bande de Gaza. Le Comité international de la Croix-Rouge s’est également porté volontaire pour trouver une solution.

La marge de manœuvre du gouvernement israélien est des plus limitées. Il ne peut en aucun cas se permettre d’offrir une « victoire » aux islamistes en acceptant de libérer des milliers de détenus palestiniens considérés comme des « terroristes » en échange des otages.

Un Premier ministre affaibli

Difficile dans ces conditions de trouver un juste milieu entre une campagne des familles jouant sur la carte bien compréhensible de l’émotion, et certaines voix parmi les militaires proclamant qu’Israël doit éradiquer le régime du Hamas au pouvoir à Gaza, quel qu’en soit le prix pour les otages.

En 2011, Benyamin Netanyahou avait libéré plus d’un millier de prisonniers palestiniens en échange d’un seul soldat, Gilad Shalit, détenu par le Hamas à Gaza. Il n’y aucune chance pour que le Premier ministre, déjà très affaibli auprès de son opinion publique, puisse conclure une telle transaction sans se déconsidérer totalement.

JForum avec  www.lesechos.fr Pascal Brunel (Correspondant à Tel-Aviv)

La rédaction de JForum, retirera d'office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

S’abonner
Notification pour
guest

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

0 Commentaires
Le plus récent
Le plus ancien Le plus populaire
Commentaires en ligne
Afficher tous les commentaires