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Shoah

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Il avait une sacrée gueule, Eugène, quand on l’avait rencontré l’an dernier, et une forme exceptionnelle pour ses 93 printemps. Eugène Handschuh, ses yeux acier rigolards et sa moustache à la gauloise d’un blanc immaculé, voulait nous conter une histoire hors du commun. Une histoire peu connue, qui touche à l’indicible et à ce qui fait qu’on survit ou qu’on disparaît : l’histoire des évadés de Drancy.

Le récit débute en 1923, à Budapest. Voilà pour l’état civil. «Dans la famille, on a toujours été à gauche, poursuit Eugène Handschuh. Mon père était communiste. Il faisait même partie de l’armée rouge hongroise. Les chiens ne font pas des chats, hein ?» Eugène, ses yeux et sa moustache sourient quand il racontel’errance de sa famille, Juifs de Hongrie, à 6 ans, à travers l’Europe centrale avec ses parents Oscar et Victoria, et son frère Louis, de trois ans son aîné. L’emménagement dans le XIXe arrondissement, puis dans le Marais. Il rigole encore : «Ce n’était pas extraordinaire à ce moment-là, le Marais.» Et les deux jeunes chats ? Ils militent aux Jeunesses communistes. Ce sera ensuite, logiquement, la Résistance, avec les MOI. Eugène ne s’étend pas, ni sur l’attaque à la grenade d’une position allemande, face au Rex, et la planque dans le Xe arrondissement. Ni sur la peur permanente. «On avait des faux papiers, qui arrivaient à expiration ; il fallait récupérer les nouveaux à notre ancien domicile dans le Marais. Mais les gens qui les avaient se sont fait repérer, suivre et on s’est fait cueillir.» C’était le 28 décembre 1942.

Eugène tient à nous montrer sa collection personnelle de souvenirs. Il porte beau et s’il doit extirper sa longue carcasse d’un canapé, Eugène maîtrise parfaitement les télécommandes pour lancer DVD et vieilles cassettes vidéo. L’histoire du camp de Drancy est connue ; celle du tunnel, qu’il veut nous conter par le menu, un peu moins (1). Les détails restent dans sa tête. Il a soif de raconter cette année 1943. Eugène s’inquiète de l’enregistreur posé devant lui : « Je peux parler plus fort si vous voulez.»«Ce sont les Français qui nous ont arrêtés. On est d’abord allés à la Conciergerie. C’était une abomination. Je crois que ça n’a pas changé. Ce sont les Français qui nous ont interrogés. Durement. On a pris des coups de nerf de bœuf. Puis ils nous ont passés aux Allemands, rue des Saussaies, le siège de la Gestapo. En y arrivant, j’ai cru mourir. On voyait des gars pleins d’eau qu’on traînait. Au début, je ne savais pas ce que c’était. Après j’ai su.» Il fait une pause. Silence.

«Un quart de boule de pain»

L’interrogatoire est très dur, les Handschuh sont battus, mais ils n’ont pas droit à la «baignoire». Ils sont transférés à la prison du Cherche-Midi, puis au camp de Compiègne. C’est sans doute ici que l’idée du tunnel de Drancy va naître. «On parlait beaucoup de ces évadés, qui s’étaient carapatés en creusant sur 20 mètres, dont Georges Cogniot, le rédacteur en chef de l’Huma.» Eugène refait une pause. Mais cette fois, on sent qu’il veut ménager un petit effet. Il a déjà raconté l’histoire. Il sait comment s’y prendre : «Mais eux, c’était un trou à rats»…

Eugène Handschuh, en 1940-1941. Photo DR

Pendant qu’il nous sert un verre d’eau, on l’interroge sur les conditions de détention. «Un quart de boule de pain.» Il réfléchit. «Là, au bout de quinze jours, je ne pouvais plus m’asseoir tellement j’avais mal. Je n’avais que des os. On a duré comme ça pendant deux mois. On crevait la dalle. Mais il y avait d’autres résistants, des gaullistes. Des gens sincères et courageux ; entre gens de bonne compagnie, on s’est bien entendu.» Il a rigolé, Eugène : d’autres histoires de chiens et de chats. Et puis ils sont partis à Drancy… Drancy, cette autre histoire française. Prison dès 1940, elle sert à la détention des Juifs depuis l’été 1941. Puis comme point de départ vers les installations d’extermination. Sur 79 convois de déportés juifs recensés, 67 partiront de Drancy. La famille Handschuh, sans la mère dont ils ont été séparés lors de l’arrestation, y arrive au moment où le SS Alois Brunner en prend la direction. Sa mission : accélérer la déportation des Juifs de France, comme il l’avait fait à Salonique où il avait supervisé la déportation vers l’extermination de 43 000 Juifs de Grèce, dont environ 12 000 enfants.

Hiérarchie de chefs de bloc

La méthode Brunner consiste à faire de Drancy un camp de concentration sans gardiens SS, en confiant la surveillance externe aux gendarmes français et l’administration de l’«interne» aux détenus juifs. «Si ça ne marche pas, explique l’historien Tal Bruttmann, c’est toi qui paies le prix.» La plupart des tâches quotidiennes leur sont donc confiées. Distribuer la nourriture, gérer les effectifs, faire fonctionner l’infirmerie, éviter le désordre, éventuellement dresser les listes de convois, précise l’historien français. Seul le commandement est exercé par un SS. L’arbitraire est au-dessus de chacune des têtes. «On ne déportait pas les travailleurs», rappelle Eugène, qui a réussi «à dégoter un boulot en cuisine» avec son frère, «jusqu’au jour où on décidait de les déporter». Voilà à quoi tient la survie. A rien.

C’est dans ce cadre effroyable que va naître le projet fou d’une évasion par un tunnel. Eugène sourit presqu’encore de ce bon coup joué aux nazis : «On a bénéficié de la volonté de Brunner de remettre de l’ordre dans le camp. Il fallait terrasser. On s’est servi des outils pour creuser.» Robert Blum, responsable du mouvement de résistance Combat dans l’Isère, arrêté par Klaus Barbie en janvier 1943, est le chef du bureau administratif du camp. Il va s’adjoindre les services d’André Ullmo pour mettre en place une hiérarchie de près de 285 chefs de bloc et chefs d’escalier. Ullmo en profitera pour monter une équipe de tunneliers, «un quart de l’administration juive du camp de Drancy», écrivent Michel Laffitte et Annette Wieviorka dans A l’intérieur du camp de Drancy (2).

Eugène Handschuh en 2016. Photo DR

«Les premiers travaux furent entamés le 15 septembre 1943, a raconté André Ullmo à Libération en 2001. L’équipe de base qui décida de l’entreprise était composée de Maurice Kalifat, René et Georges Geissmann, Roger Schandalow, Abraham Stern, Claude Aron et moi-même. Dans les jours qui suivirent, et au fur et à mesure des nécessités (évacuer la terre, boiser le tunnel, tasser la terre dans les caves), notre équipe devint de plus en plus importante.» André Ullmo qui faisait partie du groupe de Compiègne, a approché les Handschuh : «On va faire un tunnel. Est ce que vous êtes partants ?» Ils seront entre 40 et 70 à se relayer. Ceux qui se souviennent de la Grande Evasion peuvent imaginer le travail, l’ingéniosité nécessaire pour creuser une galerie haute de 1,30 m et large de 0,80 m, qui sera éclairée à l’électricité et boisée : travailler au fond pour percer, transporter la terre, supporter la chaleur, le manque d’air. «Chaque jour ou presque, il fallait monter sur les toits, écrit Ullmo, pour vérifier la direction de l’axe du tunnel. » En sous-sol, ce sont les 3 × 8, précise Eugène. «5 heures du matin à la cuisine, jusqu’à minuit dans le tunnel. Mon père comme nous. La souffrance de ce travail. On tombait dans les pommes. C’était dur.»

Dures aussi seront les accusations de collaboration, ou pire d’égoïsme, qui viendront plus tard hanter les survivants de ce groupe. «On nous a reproché d’avoir creusé pour ne faire évader que notre groupe, mais il était question de faire sortir tout le monde, s’indigne le vieux résistant. Pour faire évader 40 hommes, un trou à rats aurait largement suffi. Là, c’est un ouvrage à hauteur d’homme.» Eugène n’élude rien. Il n’est pas du genre à se planquer. Une leçon de courage, jusqu’au dernier souffle. Oui, certains allaient sans doute rester derrière, quelle que soit l’issue du creusage. Il dit les choses simplement, ce qui veut tout dire : «Il y avait des vieillards, des enfants… mais que ferait-on sans utopie ? On ne fait rien sans utopie.»

Aurait-il fallu, comme ce fut le cas en 1942 et 1943 à Treblinka, Sobibor et Auschwitz-Birkenau, se soulever contre les officiers nazis qui tenaient Drancy ? Quand on lui pose la question, la moustache d’Eugène frémit. Pas de colère, d’incompréhension. Qui peut comprendre la vie à Drancy, d’ailleurs ? «Attaquer des hommes armés ? Mais c’était impensable. Nous n’étions pas si nombreux à savoir nous battre, à en avoir la force. Et les représailles ?»

Sur un papier, un nom

En novembre 1943, le tunnel fait plus de 35 mètres. Combien reste-t-il à creuser ? 1 mètre ? 2 mètres ? 4 mètres ? Les mémoires sont floues. Peu importe. On ne saura jamais combien auraient pu s’évader. «Nous avions calculé pouvoir sortir le 11 novembre, avait raconté Roger Schandalow, un des membres de l’héroïque équipe, dans l’Humanité. Le 9, peut-être le 10 novembre, alors qu’il nous restait un ou deux mètres , les Allemands trouvent un pantalon avec, dans la poche, un papier d’emballage. Sur ce papier, un nom. Ils arrêtent l’interné en question et l’interrogent. L’homme ne parle pas. Finalement, les Allemands menacent de mettre à exécution leurs exactions habituelles : punir beaucoup d’innocents pour la faute d’un. Ce qui voulait dire des femmes et des enfants enfermés dans les caves, sans nourriture. Alors le prisonnier donne les noms de treize camarades, prenant soin de ne livrer que des hommes qui n’ont pas de famille dans le camp.» Parmi eux, les Handschuh. Père et fils, toujours ensemble.

Le groupe d’hommes est rassemblé dans une cave, ils sont passés à tabac. «Ils nous ont demandé de nous tourner face au mur.» Simulacre d’exécution. Puis une «récompense». «Les Allemands nous ont dit, parlant du tunnel : « Vous avez fait un beau travail, on ne pensait pas que les Juifs étaient capables de faire ça. Vous ne serez pas fusillés, on va vous déporter. Et vous allez reboucher. »» Laissés seuls dans la cave, une discussion s’engage. Elle est difficile. Les uns voyaient là une occasion de s’évader ; les autres n’imaginaient pas partir sans tout le monde. «Pour moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute. Il fallait sortir, ai-je plaidé. J’ai mis aux voix. La majorité s’est opposée.» Et l’entrée fut murée. Et le groupe conduit au train.

Que savaient-ils, quand ils sont montés dans le convoi 51 le 20 novembre 1943, de leur possible avenir ? Que sait-on d’ailleurs de la Shoah, en France, parmi les Juifs ? «On sait qu’il n’y a rien de bon, rappelle l’historien Tal Bruttmann. On sent qu’il y a quelque chose qui cloche, les gens sont très inquiets. On sait qu’on part pour un voyage sans retour.»

Dans le train, le groupe de quatorze hommes a réussi à rester ensemble et ils sont bien décidés à remettre ça. Grâce à Roger Schandalow, qui a fait son service militaire dans l’Est, les résistants savent que le train va ralentir dans la côte de Lérouville, près de Bar-le-Duc. Ils ont réussi à gratter des outils, mais les barreaux résistent. Heureusement, les frères Roger et Georges Gerschel, deux rugbymen, arrachent les barreaux. A la main. «On saute, on va en sens inverse du train pour aller chercher mon père qui avait sauté avant nous.» Mais impossible de le retrouver. Les trois résistants connaissaient la règle : celui qui peut se tirer ne s’occupe pas des autres. «C’est ce qu’on a fait. On avait un billet de 50 francs qu’on avait réussi à garder malgré toutes les fouilles. Direction la gare de Bar-le-Duc. Et là, des gendarmes allemands.»

Eugène pousse un très long soupir. «Quand on a vu les autres, dans la gare… des déchets humains, des rapatriés, des travailleurs obligatoires, on n’était pas mieux qu’eux. On est finalement passé inaperçus. On a pris un billet et à 6 heures du matin, on était à Paris. Direction notre planque. Mon père n’était pas là. Après huit jours, je voulais qu’on reprenne le train pour le chercher. Mais finalement, un ami nous a prévenus que mon père revenait.» Oscar, blessé en sautant du train, avait fini par se résoudre, au petit matin, à frapper à la première porte d’un village. Chez Marcel et Mariette Médard qui soigneront le père Handschuh, et enverront même leur fils accompagner Oscar à Paris. Le 16 mai 1989, Marcel et Mariette Médard seront faits «Juste parmi les nations». Comme les Domice, ou les Bernard qui auront aidé d’autres évadés du convoi 51 à se planquer.

«On a voulu oublier»

De retour à Paris, les frères Handschuh continuent leurs faits d’armes. Eugène balance, sur le même ton que «tiens, j’ai rapporté le pain» : «Lors de la libération de Paris, en août 1944, on est allé prendre la Kommandantur. Il a fallu protéger les Allemands, parce que les gens voulaient les lyncher.» Il rigole. Après la guerre, Ullmo réunit les anciens du tunnel. Enfin, ceux qui sont revenus. «Tous les mois, on faisait un dîner. Ça a duré peut-être un an. Et puis, je crois qu’on a tous voulu passer à autre chose. Ce qui s’est passé à cette période, on a voulu l’oublier.»

Le tunnel aussi a été oublié. Jusqu’à ce que des travaux pour la construction d’un gymnase ne mettent au jour ses fondations en 1980. En 2001, un arrêté classe la cité de la Muette (où était installé le camp de Drancy), tunnel compris, parmi les monuments et les sites protégés de France. Mais l’action folle, et héroïque, de résistance de ces Juifs contre les nazis n’a jamais été reconnue comme fait de résistance. Pour la mémoire de ceux qui n’ont pas réussi à revenir ? Ce sera une rude blessure de guerre pour les évadés. Eugène, lui, est mort le 8 juillet 2017. Il était le dernier survivant des évadés de Drancy.

(1) Elle a fait notamment l’objet d’un livre Nous n’irons pas à Pitchipoï, de Janet Thorpe, et d’un documentaire, les Evadés de Drancy, de Nicolas Lévy-Beff et Thibault Chatel, diffusion à l’automne, sur France Télévisions. (2) A l’intérieur du camp de Drancy, de Michel Laffitte et Annette Wieviorka, Editions Perrin, 2012.

Johan Hufnagel              Libération

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Pendant longtemps, Sarah Lichtsztejn-Montard a fait le même cauchemar. « La nuit, je voyais les petits fantômes verts du Vél d’Hiv’, raconte-elle d’une voix forte qui ne tremble pas. À l’intérieur, il y avait une grande verrière peinte en bleue pour protéger le bâtiment des bombardements. Cela donnait une lumière glauque et les gens qui étaient assis là avaient un air verdâtre. »
Ces corps sans visage continuent de la hanter, mais Sarah Lichtsztejn-Montard témoigne encore et encore. À 89 ans, elle est l’une des rares survivantes de la rafle du Vélodrome d’Hiver.
Elle fait partie de la poignée de personnes qui ont réussi à s’échapper de cette arène sportive transformée à l’été 1942 en lieu de détention pour des milliers de juifs.

Deux policiers français

Sarah n’a alors que 14 ans. La jeune fille, née en Pologne en 1928 et arrivée en France deux ans plus tard, vit seule avec sa mère Maria dans un modeste appartement du 20e arrondissement de Paris.
Son père, Moïse, arrêté dès juillet 1941, a été interné dans le camp de Pithiviers d’où il a réussi à s’échapper. Pour se protéger, il se cache depuis dans une chambre à Paris et circule avec de faux papiers.
Le 15 juillet 1942, le dernier jour de classe avant les grandes vacances, une des camarades juives de Sarah l’alerte : « Elle m’a expliqué que ses parents connaissaient un commissaire de police qui leur a dit qu’il se préparait une rafle monstre de femmes, d’enfants et de vieillards.
Elle a ajouté qu’ils quittaient leur appartement et que je devrais en faire autant ».

Sarah Lichtsztejn et ses parents posant chez un photographe à Paris en 1934.

Sitôt rentrée chez elle, Sarah informe sa mère. Cette dernière a du mal à y croire. « Elle répétait : ‘Mais ce n’est pas possible en France d’arrêter des femmes et des enfants’.
Pour elle, c’était le pays des droits de l’Homme ». Mais le souvenir des pogroms en Pologne la rend quand même méfiante. La mère de Sarah décide de passer la nuit sur une chaise. Elle glisse leurs maigres économies dans sa gaine et se prépare à s’enfuir par la fenêtre de la cuisine de leur appartement situé au rez-de-chaussée si quelqu’un vient les chercher.
« Mais elle s’est assoupie. À 6 heures du matin, on a cogné à la porte. Elle s’est réveillée en sursaut et elle a crié : ‘Qu’est-ce que c’est ?' », se souvient Sarah, comme si c’était hier.
Deux policiers français, un inspecteur en civil et un gardien de la paix, font irruption dans l’appartement et leur demandent de préparer leurs affaires. À la demande du régime nazi, les autorités françaises viennent de lancer une rafle massive de juifs dans la capitale et sa banlieue. En deux jours, 13.152 hommes, femmes et enfants sont arrêtés.

« Des parents affolés, l’air hagard »

Maria Lichtsztejn tente de résister, mais sans succès. « Ils ont mis les scellés sur la porte comme pour des criminels. Mon enfance s’est écroulée à ce moment-là. Jusque-là, j’avais toujours pensé que les grandes personnes avaient raison, mais là, ce n’était plus le cas ».
Dans la rue, la jeune lycéenne découvre un spectacle effroyable. Dans ce quartier populaire, ce sont des centaines de personnes qui sont conduites de force à l’extérieur des immeubles : « Certains avaient mis des affaires dans des draps, d’autres portaient des matelas d’enfants.
Les parents étaient complètement affolés, l’air hagard. Ils tenaient à bout de bras des petits mal réveillés qui pleuraient, le tout entouré par des policiers. C’était un choc terrible ».
Sarah et sa mère sont d’abord conduites pendant une heure dans un garage à l’angle des rues de Belleville et des Pyrénées.
Puis, elles sont poussées dans un bus de la société des transports en commun de la région parisienne. De la fenêtre, la jeune fille aperçoit l’une de ses camarades de l’école :
« Elle ne m’a pas vue, mais elle regardait tristement l’autobus. J’ai alors ressenti une injustice terrible. Elle était là dehors, il faisait beau, et moi, j’étais enfermée, uniquement parce que j’étais née juive ».
L’autobus traverse Paris. Dans les rues, Sarah ne voit aucun soldat allemand : « Ils avaient dû recevoir pour consigne de ne pas quitter leur caserne. Je n’ai vu que la police française arrêter des familles entières ce jour-là ». Non loin de la tour Eiffel, rue Nélaton, le véhicule s’arrête près de l’entrée du Vélodrome d’Hiver, où se déroulaient des compétitions sportives et des spectacles, et « déverse sa cargaison « , comme le résume la rescapée : « J’ai retrouvé des camarades d’école. ‘Ah tu es là’, disaient certaines, comme si c’était un jeu, mais moi j’ai vite senti que ce n’était pas le cas ».

Les autobus et voitures de police ayant servi à transporter les Juifs au Vélodrome d’Hiver lors de la rafle, garés devant le stade, Paris. France, 16 juillet 1942.

Les enfants jouent, les parents silencieux

Accompagnée par un policier, la mère de Sarah réussit à se rendre dans un café de la rue pour lui faire avaler un petit déjeuner. Mais comme tous les autres, les deux femmes sont finalement poussées à l’intérieur. « Il y avait déjà 5 000 personnes.
C’était épouvantable. Il y avait un brouhaha horrible. Des enfants couraient partout, mais dans les gradins, les parents étaient silencieux », décrit la vieille dame. « Il y avait surtout cette puanteur atroce. Les quelques toilettes ont été rapidement bouchées. J’ai même vu des adultes faire leurs besoins un peu partout. »
Rien n’est prévu pour accueillir autant de personnes. L’eau et la nourriture manquent. Les conditions d’hygiène sont déplorables. Installées dans le fond du Vél d’Hiv, la mère et la fille se résignent d’abord à leur sort : « Quand on demandait aux flics ce qu’ils allaient faire de nous, ils nous répondaient qu’on allait être envoyé pour travailler en Allemagne ».
Mais vers 17 h, l’arrivée de personnes handicapées ou amputées, certaines en fauteuils roulants, et de civières transportant des moribonds, les contredit la version de a police. « Ma mère me dit : ‘On nous a menti. Ils préparent quelque chose de très mauvais. On ne peut pas faire travailler ces gens-là. Nous devons nous sauver !' »
Elle glisse alors un billet de cent francs et sa carte d’alimentation dans la poche de Sarah et lui ordonne de sortir par tous les moyens possibles et de se rendre chez des amis non juifs vivant dans le 13e arrondissement : « Elle me suppliait du regard.
Moi, j’étais très timide. J’essayais de me glisser derrière les agents de police, mais on me repoussait toujours vers l’intérieur ». Près de l’entrée, elle commence à entendre les premiers détails sordides sur cette terrible journée : « Une femme racontait à une autre que sa voisine s’était jetée du troisième étage avec ses deux enfants quand on est venu l’arrêter ».

L’évasion

Horrifiée, l’adolescente parvient finalement à sortir dans la rue en marchant à reculons vers un attroupement : « Un agent m’a alors dit : ‘Qu’est-ce que vous voulez ?’. Je n’ai rien trouvé d’autre à lui dire que : ‘Je ne suis pas juive, je suis venue voir quelqu’un’. Il m’a alors répondu de foutre le camp et de revenir le lendemain ».
Sans courir, de peur de se faire tirer dessus, Sarah réussit à s’éloigner du Vél d’Hiv, à traverser un autre barrage de police et à prendre le métro : « Quand je suis arrivée à la station Glacière, sur le même quai, j’ai vu descendre ma mère. Elle s’était sauvée 20 minutes après moi.
Elle aussi a réussi à se glisser derrière un flic. Arrivée dans la rue, elle s’est accrochée au bras d’un balayeur et a fait semblant de le connaître ».
Les deux femmes trouvent refuge pendant quelques semaines chez leurs amis. Sarah reprend même les cours, mais en mai 1944, après une dénonciation, elle est arrêtée avec sa mère et déportée à Auschwitz-Birkenau.
Soudées plus que jamais, les deux femmes survivent à cette nouvelle épreuve. « C’est encore une fois grâce à la lucidité de ma mère. Quand on est passé dans un camp de travail, elle n’a pas voulu dire qu’elle était couturière, parce qu’elle savait qu’elle serait séparée de moi qui n’était que lycéenne et que je ne pourrai pas me débrouiller », estime Sarah.
Affectées à des commandos extérieurs, elles effectuent des travaux de bagnards et vivent un enfer. Après avoir été envoyées à Bergen-Belsen, elles sont finalement libérées le 15 avril 1945.

« On peut très bien détourner les ordres »

La rescapée de la rafle du 16 juillet 1942 a toujours pensé qu’elle ne devait pas seulement la vie à sa mère, mais aussi aux policiers français qui l’ont laissé s’éloigner du vélodrome :
« Ce jour-là, je portais sur le bras un manteau léger. Alors qu’on était en été, ils ont dû bien se douter que je sortais du Vél d’Hiv et que je ne me baladais pas comme cela dans la rue ». Sarah n’a ainsi pas de ressentiment particulier contre les forces de l’ordre.
Pendant plusieurs années, au Mémorial de la Shoah, elle a tenu au contraire à témoigner devant des jeunes recrues de la police en fin de formation : « Je leur ai dit qu’on peut très bien détourner les ordres. Il y en a qui l’ont fait durant la rafle ou qui ont prévenu les gens ».
L’ancienne déportée est toutefois vigilante face aux réécritures du passé. Lorsque durant la campagne présidentielle, la candidate du Front national Marine Le Pen a nié la responsabilité de l’État français dans la rafle du Vél d’Hiv, cela l’a mise terriblement en colère. « Cela me fait peur d’entendre des choses pareilles. C’était bien l’État français ! Jacques Chirac l’a admis en 1995. Il a eu le courage de le dire parce que c’était vrai. »
Sarah demande juste qu’on ne nie pas l’Histoire. Malgré tout ce qu’elle a traversé, elle n’a jamais été guidée par la haine. Avec ses yeux d’adolescente, elle a vu le pire.
Sept décennies plus tard, elle ne voit que de l’amour. « La race humaine n’existe pas. Nous sommes l’espèce humaine. Nous avons tous le même sang rouge qui coule dans nos veines. Si on nous humilie, c’est le même cœur qui saigne », insiste cette battante.
« Mais ce qu’il y a de plus important, c’est l’amour et surtout l’humour. J’ai toujours su faire de ma vie quelque chose de joyeux, même dans les pires moments. »

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Une rescapée de la Shoah a dénoncé samedi, en pleine manifestation anti-israélienne à Paris, les appels au boycott de l’Etat d’Israël.

« C’est une honte de dénoncer les médicaments israéliens. Les Israéliens soignent les enfants palestiniens », a-t-elle déclaré au média russe Russia Today France (vidéo à partir de 9mn20s).

« Et tous ces cons, qu’est-ce qui viennent manifester ici ? Quel est leur problème ? Qu’ils défendent leurs problèmes en France », a-t-elle ajouté.

« Quand Abbas est récemment venu en France les Juifs de France n’ont pas manifesté », a-t-elle souligné.

« Je suis enfant caché, j’ai vécu la guerre avec toute la famille déportée. Il est normal que Netanyahu vienne commémorer un désastre perpétré par un pays où il y a eu de la délation, rappelant que les autorités françaises avaient commencé par déporté les Juifs étrangers. En 1942, on a déporté les Juifs étrangers. C’est en 1944 qu’ils ont déporté les Juifs de France », a-t-elle insisté.

Le Premier ministre israélien a été invité dimanche 16 juillet, à Paris, pour commémorer la rafle du Vel d’Hiv, arrestation massive de juifs par la police française en 1942.

Éric Hazan – © Le Monde Juif .info | Photo : DR

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Roser 2 (Chip)

La Claims Conference a en effet obtenu la reconnaissance des droits des survivants des ‘trains de la mort’ des pogroms et des ghettos de Iasi. L’information a été communiquée par le président de la Claims Conference Julius Berman.
Ils ont été victimes d’une série de pogroms perpétrés par les forces gouvernementales le 29 juin 1941.
D’après les chiffres publiés par la suite par les autorités roumaines, 13 266 Juifs ont été assassinés lors de ces attaques.
Ceux qui ont survécu ont été contraints de monter dans les wagons d’un train qui a roulé pendant des jours, lentement, entre les villages. Un grand nombre d’entre eux ont succombé au cours de ce sinistre voyage.
Les nouvelles indemnités qui ont été concédées aux survivants pourront être versées grâce aux tractations, qui se tiennent chaque année, entre la Claims Conference et le gouvernement allemand.
L’ambassadeur Stuart Eizenstat, qui a conduit les négociations, a déclaré que ‘les horreurs vécues par les Juifs de Iasi jouissaient enfin d’une reconnaissance officielle après plus de 70 ans’.
Il a ajouté : « Les rescapés ont subi des souffrances intolérables et pour ceux qui sont encore parmi nous, nous avons enfin réussi à obtenir un peu de justice après tant d’années ».
La Claims Conference, créée en 1951, est composée d’associations juives qui œuvrent pour réclamer des dédommagements en faveur des victimes du national-socialisme et des rescapés de la Shoah. Son siège principal se trouve à New York mais elle a des antennes à Francfort, Vienne et Tel Aviv.

Claire Dana-Picard  

Source Chiourim

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Hier matin, lors des commémorations (de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande) en mémoire aux milliers de Juifs internés dans les camps nord-loirétains, on devait apprendre que le Mémorial de la Shoah (Paris) et la SNCF venaient de signer une convention déterminante.

Hier, ciel infiniment bleu. C’est lors de la seconde cérémonie de la matinée en hommage aux Juifs internés dans les camps nord-loirétains (de 1941 à 1943), celle de Beaune-la-Rolande, que Serge Klarsfeld a évoqué la concrétisation imminente d’un grand projet pour la mémoire. D’un mémorial de la Shoah, selon toute vraisemblance.

Le président de l’association Fils et filles de déportés juifs de France a ainsi, en substance, expliqué qu’une convention avait été signée entre le Mémorial de la Shoah et la SNCF. Celle-ci s’engage donc à restaurer l’ancienne gare de Pithiviers, par laquelle avaient transité les Juifs déportés. Elle deviendra, à terme, un lieu de mémoire, que l’on imagine dédié aux internés des camps. Et ce, « d’ici un à deux ans, assure Serge Klarsfeld. Pas d’inquiétude, cela va se faire, j’en ai encore parlé, cette semaine, avec Guillaume Pepy ( le président de la SNCF) ». La SNCF confirme bien : « Les travaux seront engagés prochainement, afin de livrer un bâtiment adapté à un espace à vocation pédagogique. » Mais que renfermera-t-il ?

Les travaux dans l’ancienne gare seraient imminents, d’après la SNCF

« Le conseil scientifique du Mémorial de la Shoah et le Cercil (Musée mémorial d’Orléans) doivent encore définir ce qu’il y aura à l’intérieur », livre le défenseur de la cause des déportés juifs de France.

La proximité de la gare de Beaune-la-Rolande – d’où partaient aussi des convois pour le complexe concentrationnaire d’Auschwitz – sera prise en considération, lors de l’aménagement de sa voisine pithivérienne. S’il n’est pas prévu, « pour le moment », d’intervenir physiquement dessus, on n’oubliera cependant pas de l’intégrer au circuit mémoriel nord-loirétain. « Cette gare existe, on peut s’y recueillir, elle fait déjà partie du circuit de la mémoire », achève Serge Klarsfeld.

Le Chant de Pithiviers

Un peu plus tôt, c’est au square Max-Jacob de Pithiviers que des centaines de personnes se tenaient face aux stèles baignées de soleil. Et toutes avaient en tête l’anniversaire abominable, c’était il y a 75 ans, des premiers départs de convois de déportés de 1942.

Hier, entre élus, simples habitants ou élèves du lycée Jean-de-la-Taille…, parmi ces fils et filles de déportés, il y avait Ginette Kawka, venue avec ses petits-enfants. « Mon père a passé un an au camp de Pithiviers, avant sa déportation vers Auschwitz, le 25 juin 1942. Trois jours et deux nuits, sans boire ni manger, à plus de cent dans un wagon. » Son père reviendra finalement de l’enfer, pour s’éteindre à l’âge de 97 ans. « Il était chanteur, et, après, il revenait tous les ans ici interpréter Le Chant de Pithiviers », se souvient Ginette Kawka.

Un chant devenu hymne. Combien de prisonniers, de Pithiviers ou de Beaune, l’auront fredonné, avant d’entrer dans les chambres à gaz ? Avec ces ultimes mots sur les lèvres : « Notre courage n’est point brisé, la vie est merveilleuse… »

16.000

Le nombre de Juifs – dont 4.000 enfants – internés dans les camps de Beaune-la-Rolande et de Pithiviers, entre 1941 et 1943.

Au final, 8.000 ont été déportés vers Auschwitz, via huit convois de 1.000 prisonniers, cinq partis de Pithiviers et trois de Beaune.

David Creff – La République du centre

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 Gros plan sur les derniers survivants

Yom HaShoah 2017 (Israël). De la soirée du: dimanche 23 avril À la soirée du: lundi 24 avril

France : Sous l’égide de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah

Retransmission en direct

Suivez la cérémonie de Yom HaShoah en direct

Mémorial de la Shoah / Pierre-Emmanuel Weck

Mémorial de la Shoah / Pierre-Emmanuel Weck

LECTURE DES NOMS DES DÉPORTÉS JUIFS DE FRANCE
Du dimanche 23 avril à 17h jusqu’au lundi 24 avril à 17h30 au Mémorial de la Shoah

Cérémonie officielle
À 17h le dimanche 23 avril 2017

Six bougies du Souvenir seront allumées par d’anciens déportés et des enfants, un symbole de la transmission de la mémoire des 6 millions de morts de la Shoah. S’en suivra le témoignage de Ginette Kolinka, ancienne déportée.

Lecture des noms
À partir de 18h le dimanche 23 avril

À la fin de la cérémonie officielle, la lecture des noms se poursuivra de jour comme de nuit jusqu’au lendemain soir vers 17h.

À l’occasion de Yom HaShoah, date retenue par l’État d’Israël pour la commémoration en mémoire des victimes de la Shoah et des héros de la Résistance juive pendant la Seconde Guerre mondiale, se déroule une lecture publique ininterrompue de 24 heures, de jour comme de nuit. Des 76 000 noms inscrits sur le Mur des Noms, seront prononcés, un à un, les noms des personnes déportées de France par les convois n° 32 [dont les grands-parents du traducteur du texte qui accompagne cet article] au n° 70. Quelque 200 personnes, anciens déportés, parents, bénévoles, enfants… liront à tour de rôle, à partir des listes issues du Livre Mémorial de la Déportation de Serge Klarsfeld, (éd. Association des FFDJF), les noms de « ceux dont il ne reste que le nom » (Simone Veil).

 

Alors que la Journée du Souvenir de la Shoah, une question fondamentale qu’on pose fréquemment consiste à savoir à quel point la mémoire du génocide restera pertinente pour cette société quand presque tous les témoins vivants – de nos jours principalement des enfants (cachés) survivants – seront décédés? Elie Wiesel disait que, comme la deuxième génération écoute les témoignages de ses aînés, elle devient elle-même témoin[1]. Cela soulève une autre question : les souvenirs des enfants survivants sont-ils le fruit de véritables expériences qu’ils ont vécues ou des faits dont ils ont entendu parler?

La question de la validité des témoignages sur la Shoah devient plus aiguë, alors que l’utilisation du nom « Hitler » ou « Nazi » a sombré dans le parler commun. De telles insultes proférées pour attirer l’attention sont, actuellement, répandues et sont même employées par des dirigeants d’envergure nationale. Trois Présidents mexicains, y compris l’actuel,  Enrique Pena Nieto, viennent de comparer Trump à Hitler[2].

Au niveau des Etats, le Président turc Recip Tayyip Erdogan est le premier producteur d’insultes de ce genre. Il a affirmé ne pas savoir si Israël ou Hitler est le plus barbare des deux[3]. Erdogan a aussi traité les Pays-Bas de vestige des Nazis[4]. Son emploi à haute dose d’une telle fausse équivalence morale est tellement fréquent que l’Atlantic a consacré un article entier aux déclarations d’Erdogan dans cette veine[5].

Pourtant, quand on évoque tous les aspects de ce qu’on, peut appeler « la question des survivants », d’autres interrogations surgissent et doivent être posées en complément de la précédente. Par exemple, quelle information pertinente les survivants peuvent-ils encore apporter et dans quels domaines?

La réponse à cette question intègre les souvenirs de l’accueil que les survivants ont reçu en revenant vers les sociétés qu’ils avaient fui ou dont ils ont été déportés. Beaucoup a déjà été dit sur les événements les plus négatifs, parfois jusqu’à l’extrême : le plus connu pourrait bien être le porgrom de Kielce en 1946, en Pologne, où des soldats et agents de police  polonais ont massacré 42 Juifs et blessé 40 d’entre eux[6]. Il y a eu pire, beaucoup avec des effets très négatifs, mais aussi un nombre substantiel d’expériences positives.

Un autre thème important concerne les migrations d’après-guerre. Les questions essentielles pour les survivants comprenaient celle ce savoir s’il fallait revenir là où ils avaient vécu avant les persécutions ou s’il valait mieux tenter de refaire une vie ailleurs. L’aide de quelques rabbins de l’armée américaine et d’autres personnes qui ont participé à l’émigration illégale vers la Palestine mandataire est un aspect intéressant des migration d’après-guerre sur lequel on doit encore révéler pas mal de détails inédits.

Une autre question de prime importance concernant les survivants, c’est le rétablissement de communautés juives et de diverses organisations dans les pays anciennement occupés. C’est souvent une affaire qui requiert une endurance incroyable. Une partie de ma recherche s’est focalisée sur un domaine restreint, en particulier, la refondation des mouvements de jeunesse juive après-guerre aux Pays-Bas. En rappelant leur histoire, on obtient un point de vue sur la résilience des jeunes adolescents ressortant des lieux où ils se cachaient, voire même ceux qui revenaient des Camps. En outre, le rôle joué, dans les premiers mois d’après-guerre, par les soldats de la Brigade Juive est tout-à-fait mémorable. La première circoncision d’après-guerre aux Pays-Bas a été réalisée par un Rabbin américain.[7]. On dispose aussi de nombreux documents expliquant comment, dans certaines villes françaises, des Rabbins de l’armée américaine ont contribué au rétablissement des communautés locales[8].

Les efforts produits par les survivants afin de récupérer leurs biens spoliés correspond à un autre sujet d’importance pour exprimer les trop nombreuses expériences personnelles qu’on doit rappeler. Jusqu’à un certain point, on a procédé à des compensations financières pour les souffrances infligées au cours de la guerre. Les compensations allemandes ont joué un rôle de premier plan, mais il y a bien d’autres cas de restitution. En 2014, les chemins de Fer français (SNCF) ont accordé le versement de 60 millions de dollars aux survivants transportés vers les camps de concentration et d’extermination allemands[9]. Plus de soixante-dix ans après la guerre, la question des restitutions n’a même encore été soldée, principalement en Europe de l’Est.

On a même suggéré que les épreuves vécues par les enfants cachés naviguant entre leurs parents adoptifs et leurs parents véritables, après-guerre, peuvent être considérées comme précurseuses d’autres expériences vécues au sein de la société contemporaine[10]. Les relations complexes des enfants dont les parents ont divorcé et avec leurs beaux-parents sont devenues le lot commun quotidien de beaucoup.

La façon dont les survivants de la Shoah ont fait face aux épreuves traversées durant la Shoah peut aussi servir de tutoriaux pour ceux qui ont survécu à d’autres génocides. Une rencontre avec des survivants des massacres au Rwanda, il y a vingt ans, demeure inoubliable. Il se trouvaient alors aux prises avec de nombreuses questions auxquelles les survivants de la Shoah sont rompus. Certaines réalités vécues par les survivants du Rwanda sont même pires : ils vivent dans des cantons juste à côté des meurtriers de leurs familles.

Une série d’autres questions très différentes concerne les aspects médicaux, psychologiques et sociaux. Certaines maladies apparaissent plus fréquemment parmi les survivants de la Shoah que parmi d’autres groupes humains. On sait maintenant qu’ils ont une plus grande probabilité d’attraper de l’ostéoporose, des problèmes dentaires, des troubles de la vision et des problèmes cardiaques dus à une malnutrition prolongée au cours de l’enfance et de leur jeune âge adulte[11].

Il y a un besoin de mener des recherches approfondies sur la transmission des traumatismes des survivants de la Shoah aux générations suivantes[12]. Dans le champ de l’épigénétique, on prétend que certains enfants de survivants présentent des changements chromosomiques marqués qui seraient les conséquences des épreuves et traumatismes de leurs parents[13]. Cette question de transmission épigénétique demeure nécessairement controversée.

Il y a beaucoup d’autres projets de recherche potentiels, évidemment. L’un concerne la contribution des survivants à leur société d’après-guerre. Un autre  devrait traiter de l’histoire et du rôle des organisations qui ont assisté les survivants. En terme de débats universitaires pour savoir ce qui a le plus d’effets déterminants sur la vie d’une personne, la nature ou l’éducation, à savoir la génétique ou les expériences de vie, l’éducation est, de façon courante, apparu comme le facteur prédominant chez les survivants de la Shoah.

Tout ce qui précède et bien d’autres questions encore indiquent qu’une vaste analyse globale des sujets concernant les survivants doit être entreprise. Et cela doit être réalisé bien avant qu’ils ne nous quittent.

Par Manfred Gerstenfeld

 

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[1] www.nytimes.com/2000/01/17/us/the-second-generation-reflects-on-the-holocaust.html

[2] www.reuters.com/article/us-usa-canada-pena-nieto-idUSKCN0ZF2JD

[3] www.independent.co.uk/news/world/middle-east/erdogan-turkish-president-israel-hitler-more-barbarous-gaza-interview-palestinians-decide-holocaust-a7431311.html

[4] www.telegraph.co.uk/news/2017/03/11/erdogan-calls-dutch-fascists-row-turkey-netherlands-escalates/

[5] www.theatlantic.com/news/archive/2017/03/turkey-erdogan-nazis/519528/

[6] www.ushmm.org/wlc/en/article.php?ModuleId=10007941

[7] Personal communication Rafael Medoff

[8] Françoise S. Ouzan and Manfred Gerstenfeld (ed), Postwar Jewish Displacement and Rebirth 1945-1947, (Leiden/Boston: Brill, 2014), 112-136.

[9] www.bbc.com/news/world-europe-30351196

[10] Diane L. Wolf, Beyond Anne Fank, Hidden Children and Postwar Families in Holland, (Berkeley: University of California Press, 2007), 336.

[11] www.socialworktoday.com/archive/012113p8.shtml

[12] https://yadvashem.org/yv/en/education/languages/dutch/pdf/kellermann.pdf

[13] www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24029109

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image: Art Gallery of Ontario Photo: la police du ghetto escorte les résidents pendant une déportation. Art Gallery of Ontario, Gift from Archive of Modern Conflict, 2007. 2007.160.21. © Art Gallery of Ontario Courtesy, Museum of Fine Arts, Boston
Le site CURIOCTOPUS nous livre quelques clichés pris en cachette par un photographe juif dans le ghetto de Lodz.

Tout a commencé avec l’invasion de la Pologne en 1939: ici commence la folie d’Hitler contre la population juive, et pas seulement. C’est dans une ville en particulier que les nazis ont créé l’un des premiers ghettos: nous parlons de Lodz, la seconde ville de Pologne et la première ville industrielle et commerciale du pays (mais aussi intellectuelle et artistique).

A Lodz, vivait un photographe du nom de Henryk Ross qui a réussi à documenter les premiers moments de l’invasion: ne sachant pas comment cela se terminerait, s’il serait déporté ou tué, il a décidé d’enterrer tous les négatifs des photos prises, qui aujourd’hui sont d’importants témoignages sur ce qui se passait en Pologne quand le nazisme prenait pied.

Avant l’invasion, Henryk Ross était un photographe sportif et de nouvelles. En 1939, il a été engagé par le Département des statistiques, pour une tâche spécifique.
image: Art Gallery of Ontario Photo: la police du ghetto escorte les résidents pendant une déportation. Art Gallery of Ontario, Gift from Archive of Modern Conflict, 2007. 2007.160.21. © Art Gallery of Ontario Courtesy, Museum of Fine Arts, Boston

 

Il devait documenter tout ce qui se passait et ce que subissaient les Polonais.

image: Art Gallery of Ontario Photo: un homme marche dans la neige au milieu des ruines de la synagogue de Via Wolborska, détruite par les Allemands en 1939. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
En particulier, il devait montrer comment les juifs polonais étaient exploités dans les usines pour produire des matériaux utiles aux Nazis.
Image: Art Gallery of Ontario Photo: un policier regarde une femme au-delà du fil de fer barbelé, 1942. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston Reproduced with permission
Sa passion, cependant, l’a amené à prendre des photos même en dehors des heures de travail: il amenait son appareil photo partout, il photographiait la vie en Pologne lors de l’invasion.
image: Art Gallery of Ontario Photo: Henryk Ross photographie un groupe de personnes pour la photo ségnalitique, 1940 Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007 © Art Gallery of Ontario Courtesy, Museum of Fine Arts, Boston
Il mettait en danger sa propre vie en documentant la violence du ghetto.
image: Art Gallery of Ontario Photo: prison de Via Czarnecki, un passage avant d’arriver au camp de concentration. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
image: Art Gallery of Ontario Photo: un épouvantail avec l’étoile de David. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
Avec l’avancée de l’armée soviétique, tout le monde savait que les Nazis auraient bientôt donné le coup de grâce au ghetto de Lodz.
image: Art Gallery of Ontario Photo: des hommes reçoivent une soupe à la cantine. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
image: Art Gallery of Ontario Photo: Limite de la zone résidentielle réservée aux juifs (sur le panneau, il est écrit « interdiction d’entrée pour les juifs »). Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
Les Russes ont libéré le ghetto de Lodz en 1945.
Un total de 204.000 Juifs auront transité par Lodz; mais seulement 877 y sont demeurés cachés quand les Soviétiques sont arrivés. Environ 10.000 habitants juifs de Lodz qui y vivaient avant l’invasion de la Pologne ont survécu à l’Holocauste ailleurs. 
image: Art Gallery of Ontario Photo: des jeunes hommes transportent une charrue remplie de pain pour la distribution. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive of Modern Conflict, 2007. © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
Il est retourné à son domicile où il avait caché le négatif: la moisissure en avait détruit beaucoup, mais il y avait encore quelque chose à sauver.
image: Art Gallery of Ontario Photo: un jeune homme marchant près du pont de ghetto (Via Zigerska). Art Gallery of Ontario. Gift from the Arch © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
Ce qu’il nous offre, c’est un point de vue unique: un citoyen polonais qui voit son pays martyrisé pour une raison qui, alors, n’était pas été si claire.
image: Art Gallery of Ontario Photo: une maman montre son fils. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archiv © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
C’est seulement en continuant de rappeler ce drame, et en essayant d’imaginer la douleur des personnes qui l’ont vécu, que nous pouvons éviter dans le futur un acte similaire.
image: Art Gallery of Ontario Photo: une enfant. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archiv © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston
Ce que nous avons devant nous, ce sont bien plus que de vieux négatifs.
image: Art Gallery of Ontario Photo: des enfants sont déportés vers le camp de concentration de Chelmno nad Nerem pour être tués. Art Gallery of Ontario. Gift from the Archive o © Art Gallery of Ontario Courtesy Museum of Fine Arts, Boston

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crédits/photos : WIKIMEDIA COMMONS: FORTEPAN / KOVÁCS MÁRTON ERNŐ - CC BY-SA 3.0 Agnes Keleti pictured in 1949
Agnès Keleti, une survivante de la Shoah âgée de 96 ans et l’une des athlètes juives les plus titrées de l’Histoire, s’est vue décerner mardi le Prix d’Israël dans le domaine du sport.

« Keleti est une femme unique, puissante et brillante. Une femme révolutionnaire, un leader et un modèle » a indiqué le ministère de l’Éducation dans un communiqué.

Née à Budapest en 1921, Keleti a débuté son parcours sportif à l’âge de 4 ans.

Dès 16 ans, elle est nommée championne de Hongrie de gymnastique et est pressentie pour les Jeux olympiques de 1940.

Twitter

Twitter/« L’athlète Keleti remporte le Prix Israël »

La montée du nazisme et l’escalade de la Seconde Guerre mondiale ont cependant conduit à l’annulation des Jeux, et Agnès, comme beaucoup de Juifs d’Europe, s’est cachée.

Elle a réussi à se procurer de faux papiers et passé la guerre dans un petit village, trouvant une place de domestique.

Sa mère et sa sœur ont été sauvées par le diplomate suédois Raoul Wallenberg, comme des dizaines de milliers de Juifs. Son père, sa tante et plusieurs autres membres de sa famille ont cependant été déportés à Auschwitz où ils ont été tués.

Après la fin de la guerre, Keleti s’est remise à la gymnastique et a été sélectionnée pour représenter la Hongrie aux Jeux Olympiques de 1952, de Helsinki et de Melbourne en 1956.

Au total, elle a remporté dix médailles durant ces Jeux, dont cinq d’or.

En 1957, Keleti s’est installée en Israël où elle a entraîné l’équipe nationale de gymnastique et a enseigné l’éducation physique à l’Université de Tel-Aviv et à l’Institut Wingate de Netanya.

Le Prix Israël est décerné par l’État à des personnes ou des organisations qui ont fait preuve d’excellence dans leur domaine ou ont apporté une contribution majeure à la culture israélienne. Il est d’ailleurs considéré comme la plus haute distinction de l’État.

Source : I24 News

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Des chercheurs de l’Université d’Akron, dans l’état de l’Ohio, aux Etats-Unis, ont découvert une vieille bobine d’enregistrement (photo ci-dessus) qui contenait des chansons chantées par des prisonniers juifs pendant la Shoah alors qu’ils se rendaient vers les camps de travail.

Les prisonniers étaient contraints par les nazis de chanter ces chansons.
La bobine qui avait apparemment été oubliée contenait des chansons en yiddish et en allemand, enregistrés dans le camp de réfugiés d’Henoville, dans le nord de la France, à l’été 1946.
Ces chansons ont été chantées par des survivants de l’Holocauste en Allemagne, en Italie, en France et en Suisse., interviewées par le Dr  David Boder.
La bobine d’enregistrement a été étiquetée par erreur « chansons Heroville » au lieu de « Henoville. »

Il contient plusieurs chansons dont ‘Undzer shtetl brent’ (Notre village brûle) par Mordecai Gebirtig.
Elle a été interprétée en yiddish par Gita Frank, qui explique dans l’introduction qu’elle a été une fois chanté par la fille du compositeur dans les caves d’un ghetto de Cracovie.

La chanson était censée inspirer le peuple à se rebeller contre les Allemands, qui avait remplacé les paroles originales pour chanter «le peuple juif brûle».

Et l’enregistrement contient également des chansons que les prisonniers ont été forcés de chanter alors qu’ils se déplaçaient entre les lieux de travail dans les camps de concentration.
Il a fallu aux chercheurs 2 ans pour mettre au point un procédé pour convertir cette vieille bobine en un format numérique afin de pouvoir l’écouter et de la préserver.
Ce témoignage donne au monde un bref aperçu de la mélodie chantée par les personnes condamnées à mort et aux travaux forcés pendant la Shoah.

Ðailymail

YNET

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La secrétaire du chef de la propagande nazie Joseph Goebbels, Brunhilde Pomsel, l’un des derniers témoins à avoir approché d’aussi près le cercle du pouvoir nazi, est décédée en Allemagne à l’âge de 106 ans vendredi, journée dédiée aux victimes de l’Holocauste.

Brunhilde Pomsel, sujet d’un récent documentaire biographique, « est décédée le 27 janvier […] nous étions en contact encore pour son anniversaire, le 11 janvier. Elle était pleine d’énergie et d’espoir pour l’avenir », a déclaré lundi Christian Kroenes, le réalisateur du film A German Life (Une vie allemande, 2016).

Elle avait côtoyé au plus près, de 1942 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Joseph Goebbels, figure parmi les plus craintes et influentes du régime d’Adolf Hitler. Elle appartenait à une équipe restreinte de secrétaires et sténographes au service de l’architecte de la propagande nazie.

Considérée comme l’un des derniers témoins — voire la dernière — à avoir approché d’aussi près le cercle du pouvoir nazi, Brunhilde Pomsel affirmait, comme d’ailleurs un grand nombre d’Allemands de cette génération, n’avoir rien su des camps qui furent au cœur du génocide juif.

« Dois-je me reprocher de ne pas avoir été intéressée par la politique ? », dit-elle dans le film. « Nous ne savions rien. Nous étions nous-mêmes dans un gigantesque camp de concentration », poursuit-elle en référence à la répression et à l’omnipotence de la police politique. Elle affirme n’avoir appris l’existence de système concentrationnaire qu’en 1950, lorsqu’elle fut libérée de cinq ans de détention par les Soviétiques.

« Je ne pouvais pas résister, je fais partie des lâches », admet-elle dans le documentaire composé pour l’essentiel de son témoignage et d’images d’archives illustrant les crimes des nazis. Le décès de la secrétaire intervient alors qu’elle venait d’achever une autobiographie dont la parution est prévue en mars.

Repentance allemande

Selon M. Kroenes, il s’agissait pour elle d’un message face à la montée des populismes de droite dans les démocraties occidentales.

« Compte tenu des évolutions politiques en Europe et aux États-Unis, face au nationalisme croissant en Europe, l’essor dans le monde du populisme de droite et l’élection de Donald Trump, elle qualifiait ses souvenirs de signal d’alarme pour les générations actuelles et futures », souligne le réalisateur.

À l’AFP, elle confiait trouver « terrible, absolument terrible » cette évolution politique. Brunhilde Pomsel y admettait aussi être allée « acclamer » Hitler dès 1933, car elle ne savait pas « ce qui allait venir ».

L’Allemagne reste hantée par le nazisme et a effectué un profond travail d’analyse de son passé. Mais dans un grand nombre de familles allemandes, le rôle des proches dans la machine totalitaire est resté un sujet tabou.

La repentance allemande est aussi soudainement revenue dans le débat public mi-janvier, un responsable du parti populiste de droite AfD, en plein essor depuis 2015 en raison de l’afflux de réfugiés, ayant fait polémique en déplorant l’existence d’un mémorial de la Shoah à Berlin et en appelant l’Allemagne à cesser de se focaliser sur son passé nazi.

Sur le plan judiciaire, cadres nazis et SS ont échappé aux poursuites durant des décennies. Depuis 2011, la justice allemande a cependant relancé les enquêtes contre les derniers survivants. Du fait de leur grand âge et de leur santé fragile, seuls une poignée d’entre eux ont pu être jugés et condamnés.

Brunhilde Pomsel, dans un entretien en juin à l’AFP, avait assuré avoir « la conscience tranquille ». Si elle avait accepté de se prêter à ce documentaire, c’était pour « informer la nouvelle génération de toutes ces choses, comme il y a de moins en moins de témoins », avait-elle dit.

Évoquant Goebbels, Pomsel raconte que l’image de « nain enragé » du propagandiste vociférant et gesticulant devant les foules était un rôle qu’il jouait. « Sur Goebbels on peut dire une chose, c’était un acteur excellent », dit-elle décrivant un homme qui, dans le quotidien, était « froid » et posé.

Le Devoir

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Les militants de l’organisation Im Tirtzu ont publié un nouveau rapport sur l’aide étrangère reçue par « Zochrot », une ONG d’extrême gauche travaillant à la « décolonisation » d’Israël, avant la Journée internationale du Souvenir de l’Holocauste.

Zochrot, incontesté promoteur de l’anti-sionisme, préconise un «droit de retour» pour les descendants d’Arabes qui ont quitté Israël pendant la guerre d’Indépendance de 1948 sans se péoccuper du sort du million de réfugiés juifs expulsés des pays arabes.

Le groupe ne limite pas non plus son soutien à un «droit au retour» symbolique, mais appelle à ce que tous les soi-disant «réfugiés palestiniens» soient absorbés par Israël – une politique qui marquerait la fin de l’État juif.

Zochrot vise à perpétuer le récit anti-sioniste de la «Nakba», qui décrit l’établissement et l’existence de l’État juif comme un «désastre».

Selon le site Internet du groupe, la mission de Zochrot est de «promouvoir la reconnaissance et la responsabilité pour les injustices continues de la Nakba, la catastrophe palestinienne de 1948 et la reconceptualisation du retour comme réparation impérative de la Nakba».

En 2014, le chef de Zochrot, Eitan Bronstein et d’autres responsables du groupe ont participé à la production d’une vidéo qui a qualifié l’Holocauste de « la meilleure chose qui soit jamais arrivée » au peuple juif.

Mais malgré les positions anti-israéliennes radicales du groupe, le rapport Im Tirtzu révèle que le gouvernement allemand est l’un des plus grands bailleurs de fonds de cette organisation extrémiste.

Sur la base des données recueillies par l’organisme israélien, de 2012-2016 le gouvernement d’Angela Merket a donné plus de 1.100.000 shekels (290.000 dollars) à Zochrot.

Les fonds ont été transférés par l’intermédiaire de deux fondations allemandes, Misereor et Rosa Luxemberg Stiftung, toutes deux financées principalement par le gouvernement allemand.

Malgré le fait qu’une organisation créée par le gouvernement allemand – le Fonds pour la mémoire, la responsabilité et l’avenir (EVZ) – a stoppé le financement de Zochrot il y a près de cinq ans en raison de l’agenda politique du groupe, l’Allemagne a poursuivi son financement d’une autre façon.

Im Tirtzu a contacté l’ambassadeur d’Allemagne en Israël sur ce financement, mais le gouvernement allemand n’a pas donné de réponse.

coolamnews

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Le criminel de guerre nazi Alois Brunner, jugé responsable de l’assassinat de quelque 130.000 juifs d’Europe durant la Seconde Guerre mondiale, est mort dans un cachot à Damas en décembre 2001 à l’âge de 89 ans, selon une enquête publiée mercredi par la revue XXI. La date et les circonstances de son décès restent entourées de mystère.

L’ancien SS d’origine autrichienne, né en 1912, avait été donné pour mort en 1992, notamment par l’historien Serge Klarsfeld. Mais en décembre 2014, le Centre Simon-Wiesenthal de Vienne avait affirmé que l’ex-nazi s’était éteint à Damas en 2010.

Alois Brunner avait aidé Hafez el-Assad, après sa prise du pouvoir, à mettre sur pied « un appareil répressif d’une rare efficacité », appareil qui s’érige sur un principe : tenir le pays par l’usage d’une terreur sans limites.

L’enquête de la revue XXI, réalisée par Hedi Aouidj et Mathieu Palain, est basée sur le récit de trois témoins, présentés comme d’anciens membres des services de sécurité syriens en charge de la protection de l’ancien nazi dont un, Abou Yaman, aujourd’hui réfugié en Jordanie, a accepté de s’exprimer sous son véritable nom.

Selon ces témoignages, l’ancien adjoint d’Adolf Eichmann et ancien responsable du camp de Drancy, a vécu les dernières années de sa vie enfermé dans un cachot au sous-sol d’une résidence habitée par des civils.

A sa mort qui s’est produite en décembre 2001, son corps, lavé selon le rite musulman, a été inhumé « en toute discrétion » au cimetière Al-Affif à Damas.

Resté nazi jusqu’à son dernier souffle, Alois Brunner qui se faisait appeler Abou Hossein, a vécu ses dernières années de façon misérable.

« Il était très fatigué, très malade. Il souffrait et criait beaucoup, tout le monde l’entendait », a raconté un des gardes se faisant appeler « Omar ». Pour manger, « il avait droit à une part de soldat, un truc infâme, un oeuf ou une patate, l’un ou l’autre (…) Il ne pouvait même pas se laver. »

« On est satisfait de savoir qu’il a mal vécu plutôt que mieux vécu », a réagi auprès de l’AFP Serge Klarsfeld.

L’avocat, dont le père, assassiné à Auschwitz, fut arrêté en septembre 1943 à Nice par un commando dirigé par Alois Brunner, s’était rendu à Damas en 1982 avec sa femme Beate pour y réclamer l’expulsion du chef nazi. En vain.

« Ce que raconte l’enquête de XXI est tout à fait vraisemblable. On voit qu’ils ont interrogé quelqu’un qui l’a connu de près », a estimé M. Klarsfeld qui regrette cependant que l’ancien SS n’ait pas pu être jugé autrement que par contumace à Paris, en mai 1954 puis de nouveau en mars 2001.

Selon l’enquête de XXI, le criminel de guerre nazi fut pratiquement assigné à résidence dans son appartement dans le quartier des ambassades à Damas à compter de 1989. A la fin des années 1990, Brunner est une nouvelle fois « déménagé », « pour des raisons de sécurité », au sous-sol d’un immeuble dont il ne sortira plus.

L’Orient Le Jour

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De ses racines ottomanes à la Shoah, Michèle Sarde rompt le silence familial

Photo de Michèle Sarde enfant. Tous droits réservés.

Photo de Michèle Sarde enfant. Tous droits réservés.

Dans «Revenir du silence», la romancière et essayiste reconstitue d’une plume sensible le parcours de sa famille, issue de la méconnue tribu des Séfarades de l’Empire ottoman.

Le réveillon du 31 décembre 1944 fut euphorique. Paris avait été libéré, au mois d’août précédent. Jenny, Jacques et leur petite Michou venaient de réintégrer leur appartement parisien.

Alors cette nuit de la Saint-Sylvestre, c’est la grande fiesta au 8, rue César-Franck. Restrictions alimentaires obligent, Jenny et Jacques se sont chargés du foie gras qui se vendait sans ticket comme tous les produits de luxe. Un des convives est arrivé avec une caisse: il «connaissait un type qui connaissait un type qui travaillait dans le champagne». Un autre s’est procuré des huîtres. Un troisième des volailles. «Le Système D, quoi».

Les beaux aviateurs anglais et américains pressentis avaient dû décliner l’invitation. Ils étaient allés «se faire trouer la peau dans les Ardennes pour que l’ennemi n’ouvre pas de brèche et ne reprenne pas Paris». Mais il n’était pas question de se passer d’Américains à table. On finit par dénicher de «gros paysans de l’Ouest. Un peu rustres (…) Ils ont bu du champagne à flot. Ils étaient complètement abrutis», se souvient Jenny.

Les grands absents qui ne reviendront jamais

La bande des Béhar, Janovski, Franck, celle d’avant-guerre était là, qui avait commencé à se reconstituer. Certes, Lily s’était abstenue: ni son mari ni sa famille n’étaient encore rentrés d’Auschwitz. Certains des copains avaient bien hésité: ne fallait-il pas attendre le retour des déportés? Mais le désir, le besoin même, de faire la fête, l’avait emporté. Et puis personne ne savait qu’ils ne reviendraient jamais….

Les convives de la rue César-Franck ont bien fait de ne pas remettre à plus tard. Ce 31 décembre 1944 marque un avant et un après. Il faudra près de 70 ans à Michèle Sarde, l’écrivaine et essayiste en laquelle la petite Michou s’est transformée, pour briser la chape de silence qui va à partir de cette date recouvrir l’indicible et l’inaudible.

«Michou» et ses parents

Conformément au désir des nazis, les déportés se sont évanouis dans la nuit et le brouillard, sans laisser de traces

Michèle Sarde

«Il était « indélicat » voire « indécent » d’évoquer le sujet de la déportation pour cause raciale (…) Conformément au désir des nazis les déportés se sont évanouis dans la nuit et le brouillard, sans laisser de traces», écrit-elle dans un formidable roman, Revenir du silence (Julliard, 2016), qui raconte son histoire familiale.

La folie, le déni ou l’assimilation totale

Pas de funérailles même symboliques, ni de cérémonies pour les disparus. C’est elle, la romancière, qui en dressera la première la liste: cousins ou amis (Pepo Benveniste, Marc Amon…), «ombres affamées de sépulture errant aux confins de ces années terribles». Ses deux parents, Jenny et Jacques, tentent de survivre au naufrage. Car il apparaît vite que Marie Jerusalmi et Moïse Benrey, les grands-parents de la petite fille, ne reviendront pas non plus.

Tandis que son mari s’enfonce peu à peu dans le déni, puis dans la folie, Jenny adopte une toute autre stratégie. Leur fille devra réaliser ce que ses parents ne peuvent plus réussir: l’assimilation totale. Ecole Victor Duruy, leçon particulière de catéchisme, baptême, communion… Tout est bon pour faire de la petite «israélite d’origine ottomane» une bonne petite catholique française.

Michou à Victor Duruy

La démarche est d’une violence psychique inouïe, ainsi que le lecteur le découvrira. Certes, Jenny avait tenu sa promesse à son propre égard, se teindre en blonde si elle «survivait», mais ensuite toute son énergie va se cristalliser sur Michou, avec un but unique : que l’enfant échappe à la «malédiction».

Jenny en blonde

Ma mère était devenue, j’étais devenue, une juive du silence

Michèle Sarde

A l’image de ses ancêtres, les fiers Benveniste de l’Espagne des rois catholiques, qui pour moitiée étaient devenus des «conversos», ces nouveaux chrétiens traqués par l’Inquisition, «ma mère s’était « marranisée » tout en gardant au cœur sa fidélité à la tribu perdue. Elle était devenue, j’étais devenue, une juive du silence».

Les Benveniste

Salonique, la terre de ses ancêtres

En 2000, Michèle Sarde donne une conférence à l’université de Thessalonique lorsqu’elle prend soudain conscience qu’elle est en train de fouler la terre de ses ancêtres ottomans. C’est le déclic. La romancière se transforme en une «arpenteuse de la mémoire»; «Antigone se substitue à Eurydice». L’enquête sera longue, précise, fouillée, rigoureuse aussi.

De son côté, avant de mourir en 2005, Jenny, la mère de l’auteur, remplit un gros cahier d’écolier dans lequel elle décrit, enfin, le parcours de la famille. Puis elle accepte de revenir sur tel ou tel point, devant un magnétophone. Vérifications faites, confie aujourd’hui Michèle Sarde à propos du contenu de cet entretien avec sa mère, «Jenny ne s’est pas beaucoup trompée».

 Jenny à Paris en 1924

De ce récit aux tréfonds de la mémoire familiale, longtemps interdite de cité, naîtra donc une trilogie consacrée à cette tribu séfarade, installée quatre siècles durant en terre musulmane avec leur religion et leur langue. Revenir du silence en constitue le premier tome. Michèle Sarde a reconstitué l’exil de Salonique, où s’étaient réfugiés les ancêtres juifs fuyant l’Espagne, l’installation à Paris en 1921, et l’assimilation réussie dans la France des années trente. Le texte est fluide, les anecdotes foisonnantes, les caractères riches et sur fond de tragédie, les pointes d’humour ne manquent pas non plus.

 La coupelle ottomane, le viatique de Salonique

Tout en délicatesse, l’auteur pose aussi la question de l’intégration et de l’assimilation, de la transmission et de la résilience. Sans donner de leçon à quiconque, Michèle Sarde, qui vit entre la France et le Chili après avoir longuement résidé aux Etats-Unis, apporte sa pierre, son témoignage, à la réflexion qui agite la société française.

Car comme souvent dans ses ouvrages, l’originalité de cette écrivaine réside dans sa capacité à mêler savoir, réflexion et vécu. A la différence de ses autres livres, en revanche, cette démarche littéraire offre à la petite Michou devenue grande une nouvelle liberté,  celle d’un récit familial assumé. Soit une réappropriation de l’histoire familiale et de ses symboles. L’un d’eux n’est autre qu’un objet délicatement ciselé, une coupelle ottomane, destinée à contenir de la confiture de rose, transmise de génération en génération, d’exil en exil.

La coupelle ottomane

«Vous voulez la voir?» me demande Michèle Sarde alors que j’évoque le viatique de Salonique durant l’interview dans son appartement parisien. J’acquiesce. La romancière sort la coupelle d’un placard et la pose sur la table. Nous la regardons un long moment, en silence. Comme espérant découvrir l’ultime secret de cet objet d’argent terni, qui a survécu aux cataclysmes successifs de l’histoire majuscule et minuscule de la tribu méconnue des Séfarades de l’Empire ottoman. Et dont l’écrivaine est désormais la dépositaire.

Revenir du silence, éditions Julliard, 416 p., 21,50€

Histoire

slate.fr

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crédits/photos : AFP/ARCHIVES Selon les estimations, 232.000 enfants ont été exterminés dans le camp nazi d'Auschwitz-Birkenau
Une société de divertissement en Grèce a annulé un jeu dans lequel les participants devaient utiliser des indices pour sortir d’une salle aménagée tel le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, a rapporté vendredi le Jewish Telegraphic Agency (JTA).

Depuis quelques semaines, l’agence Rubicon située à Athènes, avait annoncé l’ouverture imminente d’un « jeu d’évasion » (« escape room ») qui plonge les joueurs dans la Seconde Guerre mondiale. Plus exactement, dans les fours crématoires du camp d’Auschwitz.

« Au cœur du froid glacial de la Pologne, les murs du crématorium de l’infâme camp de concentration Nazi pour prisonniers, principalement d’origine juive, sentent encore les effluves de chair humaine brûlée », a décrit le texte promotionnel selon JTA.

« Incarnez un prisonnier toujours à la recherche de signes de vie de ses proches, osez rester dans l’ombre du crématorium historique, découvrez le grand secret et échappez-vous avant de vous transformer, vous aussi, en un tas de cendres », a précisé la publicité.

De nombreuses personnes, Juives et non-juives, ont protesté contre cette mise en scène irrespectueuse envers les victimes de la Shoah, a déclaré mardi le site d’information grec Protagon.

Un porte-parole de l’entreprise, joint par Protagon a affirmé que le jeu avait été supprimé et que la décision de créer un tel thème n’avait pas pris compte « que cela aurait pu offenser ».

Les « escape room » est un concept de salle d’évasion, souvent sur des thèmes dramatiques ou historiques, dans laquelle un groupe de participants sont bloqués jusqu’à ce qu’ils trouvent le moyen de s’échapper grâce à des indices et énigmes dissimulées.

Près de 77% des 70.000 Juifs grecs ont été assassinés pendant la Shoah, principalement par des nazis allemands à Auschwitz.

Plus tôt cette année, une société néerlandaise s’est attiré de vives critiques pour avoir construit une réplique de l’appartement où se cachait l’adolescente juive Anne Frank traquée par les nazis dans le cadre du même principe de « jeu d’évasion ».

La société d’aventure Escape Bunker avait construit une réplique de cette annexe pour l’intégrer à un jeu grandeur nature dans lequel les participants sont des « résistants », prisonniers d’un bunker allemand dont ils devaient s’extirper.

I24 NEWS

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L’histoire commence en décembre 1939. Inspiré par la fête de Hanouccah, la fête juive des lumières, Solly Ganor, âgé de 11 ans à l’époque, avait envie de se comporter de façon très adulte. L’enfant, originaire de Kaunas, en Lituanie, avait donc pris la décision de faire don de son cadeau de Hanouca, à une association caritative féminine. Ses membres recueillaient des dons pour acheter de la nourriture aux réfugiés juifs polonais, qui avaient fui la Lituanie, au début de la Seconde Guerre mondiale, et pour leur obtenir des visas.

Le don impulsif de Ganor, qui n’était que de 10 litas, ne pesait sans doute pas lourd dans les finances de l’association, mais cette modeste somme d’argent était significative pour le jeune enfant. En effet, sa générosité allait le priver de cinéma. Solly n’avait plus les moyens d’aller voir le nouveau Laurel et Hardy, sorti pour les Fêtes.

Un don qui en appelle un autre

Le garçon, implora donc ses parents, de lui octroyer à nouveau la somme nécessaire pour aller voir le film. Sa mère eût volontiers cédé, mais il importait à son père que son fils apprenne à assumer les conséquences de ses actes. La seule chance de voir le film qui restait à l’enfant, c’était sa tante, auprès de laquelle il s’empressa d’aller plaider sa cause.

Celle-ci était propriétaire d’une confiserie, qui vendait des chocolats gourmets dans la ville. Lorsque Solly pénétra dans la boutique, sa tante était justement occupée avec un client qui achetait des friandises pour sa famille. Élégant et vêtu d’un costume sombre, ce  monsieur bien nanti, qui achetait des chocolats pour ses proches, n’avait rien d’extraordinaire. Jusqu’à ce qu’il se tourne vers Ganor pour le saluer.

« C’était la première fois que je voyais un Japonais », se rappellerait Ganor des décennies après la guerre, dans une interview avec le Public Broadcasting Service.  » Et il avait un air étrange pour moi. Je n’avais jamais vu quelqu’un avec les yeux bridés.  » Pourtant, le petit garçon juif, se sentit fort à l’aise en la présence de ce personnage exotique dont il émanait quelque chose de profondément chaleureux.

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Chuine « Sempo » Sugihara sourit à l’enfant et la tante de Ganor les présenta. – Son Excellence, dit sa tante Anushka. « Le vice-consul de l’Empire du Japon en Lituanie. »

Ganour ne se laissa pas impressionner par cette rencontre inopinée avec un haut fonctionnaire, et alla droit au but. Il lui fallit absolument aller voir le film de Laurel et Hardy, mais il avait donné son cadeau de Hanukka à une association de bienfaisance et n’avait plus un sou.

La tante acquiesça immédiatement à sa requête, mais Sugihara fut plus rapide et tendit la somme requise au jeune garçon. Mais Ganor n’était pas sûr de pouvoir accepter de l’argent de la part d’un étranger. – « Eh bien, je serai ton oncle pendant les vacances », suggéra Sugihara. Difficile de résister. Ganor appréciait vraiment le sens de la diplomatie de ce diplomate. Il accepta donc l’argent, mais à une condition. « Tu sais, si tu es mon oncle, pourquoi ne viens-tu pas à notre allumage de Hanoucca samedi? »

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Lumières pour tous dans la nuit noire

Ce week-end là, toute la famille, soit une trentaine de tantes, d’oncles, de cousins et d’autres parents, ainsi que deux réfugiés juifs de Pologne, se trouvaient réunis à la résidence de Ganor à Kaunas, pour l’allumage rituel de Hanukka. Candélabres, crêpes de pommes de terre et un couple de japonais, sur son trente et un, étaient au rendez-vous. Chuine et Yukiko Sugihara ont apprécié les festivités, allumé des bougies, goûté aux délicieux desserts que la famille avait préparés et appris un certain nombre de choses sur cette religion obscure et quelque peu nouvelle, qu’ils découvraient. Sugihara, confia même à ses hôtes, qu’il s’était converti au christianisme orthodoxe oriental, et leur parla des sectes au Japon, qui croyaient avoir un lien avec les 10 Tribues perdues.

Mais malgré les festivités, il était impossible aux convives, d’oublier que la guerre couvait aux  portes de la Lituanie. Au cours de  l’invasion nazie de la Pologne, les Allemands avaient tué la femme d’Abe Rosenblat et deux de ses enfants. Suite à ces évènements tragiques, auxquels lui et sa fille Lea avaient survécu, ils avaient trouvé refuge chez les Ganor, en Lituanie. Rosenblat profita de cette rencontre pour déverser son cœur et exprimer ses craintes au consul japonais.

Les Juifs dans l’œil du cyclone

Les nazis ne sont pas seulement intéressés par la conquête de territoires, confia-t-il au diplomate, en Pologne ils tuent les Juifs, les enlèvent et les traînent dans les rues, et ils les  exterminent tous, sans relâche. Si seulement Sugihara pouvait les aider à sortir d’Europe, même au moyen d’un visa pour le Japon. Sugihara écouta attentivement les plaintes du réfugié. Mais si à première vue l’idée semblait bonne, elle était difficile à concrétiser dans la mesure où le Japon était allié avec les nazis, et les Japonais obéissaient à des règles strictes qui décidaient de qui pouvait entrer dans le Pays du Soleil Levant, ou pas.

Sugihara était arrivé en Lituanie, six mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale, pour ouvrir un consulat unifié à Kaunas, devenue capitale provisoire du pays depuis 1920, après que la Pologne eût occupé Vilnius.

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Dans le cadre du pacte Molotov-Ribbentrop, un traité de non-agression conclus entre les nazis et l’Union soviétique, l’Europe était divisée en deux sphères d’influence, l’une allemande et l’autre soviétique. Les deux superpuissances avaient décidé que la Lituanie serait placée sous sphère d’influence allemande. Après que les Allemands eurent envahi la Pologne, en s’emparant des zones qui faisaient partie de la sphère d’influence devant revenir aux soviétiques. En contrepartie, le régime nazi avait alors proposé de remettre la Lituanie dans la sphère d’influence des communistes, afin de les dédommager. En août 1940, les Soviétiques acceptèrent l’offre allemande et envahirent la Lituanie.

L’occupation soviétique eût pour conséquence la nationalisation de toutes les banques, d’importants immeubles et de grandes entreprises privées, la fermeture de toutes les organisations politiques, culturelles et religieuses, et l’arrestation de plus de 12 000 personnes désignées «ennemies de l’État». Depuis lors, la Lituanie connaissait une paix relative. Pour le moment. Il était désormais clair pour les Juifs que l’Europe n’était plus un refuge pour aucun d’entre eux.

Le Japon, clé du salut

Les réfugiés commencèrent à raconter à leurs frères lituaniens tout ce que les nazis avaient fait et très probablement, étaient encore en train de faire. Si les Allemands décidaient d’envahir à nouveau l’empire soviétique, – ce qu’ils feraient d’ailleurs au cours de l’opération Barbarossa en juin 1941 – , la seule possibilité d’échapper aux nazis était désormais la fuite vers l’est, en Union soviétique, en obtenant un quelconque visa d’immigration. Après sa rencontre fatidique avec Solly Ganor, Sugihara lui aussi, avait réalisé que tout Juif qui serait abandonné en Europe était condamné à l’extermination.

Dans le cadre de l’annexion de la Lituanie par les soviétiques, Sugihara, comme tous les autres diplomates étrangers, avait reçu l’ordre de quitter le territoire fin Août 1940. Alors qu’il commençait à emballer ses affaires personnelles au consulat, on lui annonça qu’une délégation juive l’attendait dehors.

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«Il y avait des enfants, des femmes et des jeunes gens. Ils étaient tous accrochés à la clôture. Les jeunes hommes tentaient de l’enjamber, mais le service de sécurité du consulat les en empêchait », se souvient sa femme, Yukiko Sugihara, dans une interview télévisée. Ils lui racontèrent qu’un homme d’affaires néerlandais qui travaillait pour Phillips – Jan Zwartendijk – était devenu le consul néerlandais en poste à Kaunas, avait commencé à attribuer des laisser passer, précisant qu’aucun visa n’était nécessaire pour entrer dans les colonies hollandaises des Caraïbes.

Les Soviétiques avaient accepté de laisser les réfugiés sortir avec un permis néerlandais, à la condition qu’ils disposent aussi d’un visa de transit japonais, dans la mesure où un port japonais serait leur destination première, à partir duquel ils pourraient s’embarquer vers l’est jusqu’aux Antilles hollandaises.

Une décision héroïque

Le consul japonais doutait de pouvoir surseoir à leur demande. Pour autant, il n’hésita pas à agir, câblant immédiatement au ministère des Affaires étrangères de l’Empire du Levant, à Tokyo. Il n’obtint une réponse que neuf jours plus tard: rien n’avait changé dans la politique japonaise en matière de visas – seuls ceux qui avaient un visa en fin de validité et suffisamment d’argent pour payer leurs frais de voyage, seraient admissibles pour un visa de transit, des conditions qui faisaient défaut aux réfugiés juifs. «Pas d’exceptions,» concluait la missive. «Pour être parfaitement honnête, quand cette réponse négative m’est parvenue de Tokyo, elle m’a hanté toute la nuit », a écrit Sugihara dans ses mémoires. « Après une intense réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion, que l’action humanitaire et charitable, doivent primer sur tout. Je suis persuadé à ce jour que j’ai pris cette décision d’agir en toute connaissance de cause, après avoir pesé les conséquences que cela pourrait avoir sur ma vie professionnelle, sans crainte et le cœur en paix. »

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Craignant pour l’avenir de sa famille, Sugihara espérait un changement de politique, mais il n’en fut rien. Il était temps d’agir seul. Des années plus tard, Sugihara ne regrette rien. « Je vais peut-être devoir désobéir à mon gouvernement, mais si je ne le fais pas, je désobéirai à Dieu », avait-il conclu. Et c’est ainsi que pendant tout le reste du mois où il fut  en poste, et contre les directives émanent de son gouvernement, Sugihara rédigea entre 2 100 et 3 500 visas de transit Japonais, ce qui a permis de sauver jusqu’à 6 000 personnes, car des familles entières purent voyager avec un seul visa.

Des visas à tout de bras

« Puis, quand encore plus de réfugiés juifs sont arrivés à Vilnius, ils ont entendu parler du consulat japonais à Kaunas, et sont venus à moi par vagues. Je ne savais plus quoi faire. Je venais de recevoir l’ordre du gouvernement soviétique de sortir du pays, et devait définitivement régler toutes les affaires courante au consulat », a confié Sugihara lors d’une interview en 1977 avec le rédacteur en chef de Fuji TV à Moscou. « Il y avait des milliers de personnes pendues aux fenêtres de notre résidence … Au début, j’enregistrais les numéros de visas, mais passé la centaine c’était devenu trop fastidieux, alors j’ai arrêté. »

Image associée

Sugihara a délivré des visas pour les femmes et les enfants en priorité, afin qu’ils n’aient pas besoin d’attendre dans la foule. Il est resté à son bureau plus longtemps que les heures d’ouverture, puis a travaillé de son hôtel, après que les soviétiques aient fermé le consulat et jusqu’au dernier moment, il a même remis des visas à des réfugiés sur le quai, juste avant qu’ils ne montent dans le train, avant d’être finalement envoyé à l’ambassade japonaise à Berlin, afin d’y recevoir des instructions, concernant sa mutation.

Résultat de recherche d'images pour "hanouccah 1940 sugihara"Un Juste parmi les Nations

Le 4 septembre 1940 Sugihara a été muté de consulat en consulat et, après la guerre, il est finalement tombé dans l’oubli diplomatique, travaillant à des tâches subalternes et vivant sous un pseudonyme en Russie. Le gouvernement japonais n’a jamais admis que sa mise au placard était en fait due aux visas qu’il avait accordé aux Juifs. Ce n’est qu’en 1968 que l’attaché économique de l’ambassade d’Israël à Tokyo, Joshua Nishri, qui avait été l’heureux bénéficiaire d’un de ces visas sur le quai de la gare, a finalement retrouvé la trace de Sugihara, au Japon.

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En 1985, après avoir rassemblé des centaines de témoignages, Yad Vashem – le mémorial Mondial de l’Holocauste,  a décerné à Sugihara le prix de ‘Juste parmi les nations’. Il était trop malade pour assister aux cérémonies, mais cette reconnaissance du peuple Juif, lui vint avant sa mort, l’année suivante.

De nombreuses raisons avaient poussé Sugihara à agir de cette façon, mais Solly Ganor – qui avait lui aussi bénéficié d’un visa, mais a été refoulé par les Soviétiques, n’oubliera jamais combien les lumières de Hanoucca et l’histoire des réfugiés qui vivaient dans la maison de Ganor avaient profondément touché Sugihara et sa femme.

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Yukiko Sugihara a écrit dans ‘Visas for Life’, qu’elle était convaincue que la rencontre de son mari avec l’enfant, dans la confiserie, n’était pas dûe au hasard. . « La décision de délivrer les visas aux réfugiés juifs peut avoir été influencée par un garçon de 11 ans du nom de Solly Ganor » a-t-elle écrit. Ganor est lui aussi convaincu que la flamme, qui a nourri la détermination de Sugihara, est celle qui a jailli lors de cet allumage en famille chez les Ganor.

Cet allumage de Hanoucca a eu un impact émotionnel déterminant sur le couple et l’enfant. Et c’est très probablement de cette lumière, que Sugihara a puisé le courage d’être un Juste parmi les Nations.

Jerusalem Post French – adaptation Kathie Kriegel

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Les membres du Parlement letton, les rabbins, les dirigeants communautaires, les chefs d’associations juives et des diplomates étrangers ont assisté mercredi à une cérémonie en souvenir des 25.000 juifs de Lettonie assassinés dans la forêt de Rumbula ( près de la capitale Riga ) il y a tout juste 75 ans

Le Président letton, Raimonds Vejonis, qui était l’orateur principal lors de la cérémonie, a courageusement renvoyé les participants au chapitre sombre de l’histoire de la Lettonie en déclarant :
 » Aujourd’hui, nous sommes réunis en souvenir des 25.000 Juifs Lettons qui ont été assassinés avec une grande cruauté lors d’un massacre coordonné par les nazis. Malheureusement, certains éléments locaux ont également participé aux meurtres de masse.
Les journées d’hiver en Lettonie sont courtes et il est incompréhensible qu’en seulement deux jours, durant lesquels il faisait terriblement froid, le même nombre de personnes que celles qui vivent dans une ville lettone moyenne aient été assassinés.
Depuis de nombreuses années, ces événements tragiques de l’histoire de la Lettonie ont été cachés.
Pendant les années d’occupation soviétique, les représentants de la communauté juive ont tout juste réussi à placer un signe sur le site du massacre avec la légende  » En mémoire des victimes du fascisme « , sans même pouvoir se référer à leur judéité.

Raimonds Vejonis

Aujourd’hui, nous avons réparer cette injustice.
Malgré les persécutions et les pertes en vies humaines terribles, la communauté juive en Lettonie a ressuscité les morts, maintenant, je vois une croissance de leur communauté, religieuse et culturelle. Cela renforce la Lettonie « .
Rappelons qu’après l’indépendance de la Lettonie, plusieurs de ses dirigeants ont essayé de minimiser le rôle que le peuple letton a joué dans le meurtre des Juifs pendant l’Holocauste et a présenté les Lettons qui ont combattu avec les Allemands comme des  » victimes de l’occupation nazie « .
La communauté juive de Lettonie, qui comptait plus de 60.000 Juifs avant la Seconde Guerre mondiale a pratiquement complètement disparue durant la Shoah..

Les faits :

Le chef de ces hordes de barbares s’appelait Friedrich Jeckeln.
La première colonne de prisonniers juifs a quitté le Ghetto de Riga entourée par 50 gardes à 06h00 heures le 30 Novembre 1941, il faisait -7.5°C. De la neige était tombée la veille au soir.
Les gens n’arrivaient pas a suivre le rythme exigé par les gardes alors ceux-ci assassinaient tous ceux qui tombaient ou qui s’arrêtaient pour se reposer.
La marche a durée 10 km, du Ghetto à la forêt de Rumbula.
Cette première colonne est arrivée à Rumbula à environ 9h00.
Les personnes ont reçu l’ordre de se déshabiller et de déposer leurs vêtements et objets de valeur dans des endroits désignés, tout cela avant que les Juifs ne soient entrés dans le bois.
Ils ont ensuite marché vers les fosses.
S’il y avait trop de gens d’un coup, alors les gardes en emmenaient une partie dans la forêt voisine jusqu’à ce que leur tour soit venu.
Lorsque les piles de vêtements devenaient trop volumineuses, les membres du Commando « Arajs » chargeaient tout cela dans des camions pour les transporter vers Riga.

Les commandos Arajs

Le point de déshabillage était surveillé attentivement par des gardes armés car c’est ici qu’aurait pu apparaître des signes de résistance ou de rébellion.
Les gens s’alignaient ensuite par dix, au-dessus des victimes déjà mortes, ( même si beaucoup étaient encore en vie ! ).
Certaines personnes pleuraient, d’autres priaient et récité des versés de Torah.
Les personnes handicapées et les personnes âgées étaient aidées pour descendre dans la fosse par d’autres victimes plus robustes.
Friedrich Jeckeln
Les victimes devaient s’allonger face contre terre aux dessus de ceux qui avaient déjà été abattus et étaient abattues.
Les tireurs allemands ( des SS ), qui étaient entre 10 et 12, tuaient ensuite les Juifs d’une distance d’environ deux mètres d’une balle dans la tête, une balle par personne.
Le massacre s’est prolongé jusqu’au environ de 17h00, lorsque l’obscurité était tombée.
Selon les témoins allemands, il n’y avait pas seulement des cris et des sanglots, l y avait aussi des gens qui disaient des paroles apaisantes aux enfants.
A la fin du premier jour, il y avait 13.000 morts.
 
Friedrich Jeckeln ( tout a gauche ) lors de son procés en 1946 a Riga


Le ghetto en lui-même a été également un lieu d’assassinat de masse ce 30 novembre.
Selon un témoin Letton, la rue Ludzas, dans le centre du ghetto, était pleine de cadavres. Leur sang coulait dans les caniveaux. Dans les maisons, il y avait aussi d’innombrables personnes qui avaient été tuées.
Le lendemain, le 1er Décembre, il y avait des flaques de sang gelées dans la rue.
Jeckeln semble avoir voulu continuer le massacre le 1er Décembre mais il ne l’a pas fait.
Les massacres n’ont repris que le 8 Décembre 1941.
Il neigeait et les juifs pensaient que le pire était passé. Pourtant, des colonnes ont été formées et ont défilé hors de la ville comme pour le 30 Novembre, mais avec quelques différences :
Les bagages étaient abandonnées dans le Ghetto et non en bordure de la foret, comme cela avait été le cas le 30 Novembre.
Au moins deux policiers Lettons qui avaient participé au massacre du 30 Novembre ont refusé de participer à nouveau au massacre du 8 Décembre.
La marche était rapide et brutal. Beaucoup de gens ont été piétinés à mort avant d’arriver devant les fosses.
Des mitrailleuses étaient positionnées dans la neige près du bois, il y avait entre 60 et 80 soldats allemands.
Les mitrailleuses avaient pour but d’empêcher les évasions.
Parmi les 12.000 personnes contraintes de quitter le ghetto de Riga ce jour-là, trois personnes seulement ont survécues : Frida Michelson, Elle Madale et Matiss Lutrins.
Michelson a survécu en faisant semblant d’être morte.

Elle Madale a prétendu être un Letton.
Matiss Lutrins, un mécanicien, a persuadé un conducteur de camion letton de le cacher lui et sa femme sous un camion de vêtements des victimes qui repartait pour Riga, sa femme a cependant été trouvée et assassinée par les SS.
Simon Dubnow, un écrivain et historien juif allemand bien connu, a été assassiné ce 8 décembre.
Dubnow avait fui Berlin en 1933, lorsque les nazis avaient pris le pouvoir. Il s’était réfugié à Riga.
Le 8 Décembre 1941, trop malade pour marcher vers la forêt, il a été exécuté dans le ghetto. Ironie de l’histoire, il aurait été assassiné par un de ses ancien élève allemand !

La marche depuis le Ghetto vers le lieu du massacre
 

Dubnow aurait dit aux juifs avant le massacre :  » Si vous survivez, n’oubliez jamais ce qui se passe ici, donner des preuves, écrire et réécrire, maintenez en vie chaque mot et chaque geste, chaque cri et chaque larme ! « .

Certains Juifs qui étaient invalides et d’autres qui travaillaient au nettoyage du Ghetto avaient pu échapper aux meurtres de masse du 30 Novembre et du 8 Décembre.
Le 9 Décembre 1941, les nazis ont commencé un troisième massacre, cette fois dans le Ghetto. Ils ont fouillé tout le Ghetto et tué tous ceux qui s’y trouvaient.
Le Ghetto après le massacre

Ensuite, ils ont attendu les juifs qui étaient aux travaux forcés, ils les ont fait entrer dans des bus puis les ont emmené dans la forêt de Bikernieki, au nord-est de Riga, où ils ont été assassinés et enterrés dans des fosses communes. Environ 500 personnes ont été tuées durant cette opération.
Le 9 décembre au soir, il n’y avait pratiquement plus aucun juif vivant dans la région de Riga, plus de 25.000 personnes venaient de se faire assassiner en trois jours !

Malheureusement, d’autres massacres ont eu lieu en Lettonie durant le Shoah :



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Cela s’est passé au cours d’une rencontre pas moins exceptionnelle : le Président de l’Etat, Reouven Rivlin, a accueilli un forum d’un genre nouveau, réunissant Juifs et musulmans, homme de religion et hommes politiques, afin de voir comment calmer les gestes de violence effectués au nom de la foi…

Du côté musulman étaient présents le responsable des cours de justice musulmane et le conseiller en matière de religion d’Abbou Mazen.

Le rav Yossef a déclaré : « Nous vivions en paix voici 70-100 ans. C’est tellement important. Nous devons tout faire pour revenir à une telle situation. » Il a évoqué la mémoire de son père, Grand rabbin d’Egypte, se rendant chez le roi Farouk à chaque fête avec les autres responsables religieux.

« Mon père a été le premier à fixer que, selon la Halakha, il est permis de rendre des territoires si cela peut permettre d’arriver à la paix », a-t-il ajouté.

Quant à ce qui se passe en Syrie, il a demandé aux hommes de religion musulmane de sortir en un appel s’opposant au « génocide d’Alep ». « A proximité d’ici, quand nous nous réunissons, des gens sont tués au quotidien, des femmes, des enfants, par voie d’armes chimiques et biologiques, par des engins explosifs jetés sur eux. » Des millions d’exilés, des centaines de milliers de personnes sont jetés dans la famine. Ce ne sont pas nos proches, mais ce sont des humains qui connaissent une sorte de shoah en réduit ! Le rav a ajouté : « Le peuple juif a connu voici 70 ans une shoah terrible, avec des millions de Juifs assassinés, des millions d’autres qui sont restés des migrants, que nul ne voulait accueillir. La bête nazie a tué ces millions, et le monde l’a vu, tout en restant silencieux. Nous, à titre de Juifs qui avons connu cela sur notre peau, n’avons cessé depuis lors de crier : pourquoi le monde s’est-il tu ? Je veux profiter du présent forum pour dire : à titre de Juifs, nous n’avons pas le droit de nous taire. D’ici doit sortir l’appel : on ne peut pas se taire face à un génocide, ni en Syrie, ni nulle part ailleurs, ni envers quelque peuple que ce soit, même si cela ne sont pas nos alliés. »

Kountrass

Le Grand rabbin sefarade : « En Syrie se passe une Shoah. Nous n’avons pas le droit de nous taire »

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Jenny Tonge, la parlementaire britannique et d'autres intervenants écoutent durant une rencontre anti-Israël à la Chambre des Lords le 25 octobre 2016, pendant qu'un membre du public accuse les juifs d'avoir contrarié Hitler au point de commettre le génocide de la Shoah. (Crédit : capture d'écran Facebook)

Israël a condamné la rencontre « honteuse » qui s’est tenue à la chambre des Lords à Londres cette semaine. Au cours de cette rencontre, un membre du public a reçu un tonnerre d’applaudissements lorsqu’il a déclaré que les juifs étaient responsables de la Shoah.

La rencontre de mardi marquait le début d’une campagne de la Baronne Jenny Tonge, manifestement anti-Israël. Cette campagne vise à exiger du gouvernement britannique des excuses pour la Déclaration Balfour de 1917, qui avait affirmé le droit du peuple juif à un foyer national, dans ce que l’on appelait alors la Palestine.

Cette rencontre, qui a commencé par des allocutions de la part des organisateurs, a rapidement ouvert le débat. Selon le blogueur David Collier, qui était présent, un membre du mouvement militant anti-sioniste ultra-religieux des Neturei Karta a proféré une diatribe à l’encontre d’un rabbin américain sioniste qui aurait conduit Hitler à commettre ce génocide contre les juifs d’Europe.

Le membre du groupe Neturei Karta a commencé à comparer Israël à l’État islamique, soulignant que « l’État islamique est une perversion de l’islam exactement de la même façon que le sionisme est une perversion du judaïsme ».

Il a ensuite accusé Stephan Wise, un rabbin réformé américain et dirigeant sioniste décédé en 1949, d’avoir anticipé le nombre de victimes de la Shoah trois décennies avant même qu’elle n’ait eu lieu, mais également d’avoir conduit Hitler à commettre un tel génocide.

L’homme a déclaré : « l’un des plus grands rabbins sionistes américains, le rabbin Stephen Wise, un réformé, soi-disant rabbin, a parlé au New York Times en 1905, disant qu’il y avait six millions ; notez le nombre ; de raisons sanglantes et souffrantes qui justifiaient le sionisme ». Collier souligne que cette phrase est régulièrement citée par les négationnistes.

Il a ensuite accusé Wise d’avoir enragé Hitler en initiant un boycott économique de l’Allemagne aux États-Unis au point qu’il « voulait tuer des juifs, où qu’ils se trouvent ».

« Le boycott de l’Allemagne, le boycott économique de l’Allemagne, c’est ce qui a contrarié Hitler au plus haut point, au point de vouloir tuer systématiquement des juifs, où qu’ils se trouvent, à l’inverse d’un simple « Judenrein », un pays libre de juifs. L’un de nos rabbins a souligné que c’est ce qui a poussé Hitler dans ses retranchements. »

« Hitler est devenu fou après ce boycott. La Judée a déclaré la guerre à l’Allemagne. À Manhattan, 100 000 personnes ont participé au boycott économique de 1935. C’est le même rabbin hérétique qui en est à l’origine. »

Ces remarques ont déclenché les compliments de l’auditoire.

Ce participant a également déclaré que « si quelqu’un est antisémite, ce sont les Israéliens eux-mêmes ». Cette remarque a également déclenché des applaudissements.

Un porte-parole de l’ambassade israélienne à Londres a décrit cette rencontre comme « un évènement honteux, qui a offert une voix à des tropes racistes anti-juifs et anti-israéliens. »

Tonge, membre du parti Liberal Democrats, qui siège au Parlement en tant qu’indépendante après avoir quitté le groupe parlementaire du parti en 2012, suite à des propos anti-Israël, a déclaré la semaine dernière que l’antisémitisme grandissant en Europe est le reflet d’un « dégoût » de l’opinion publique au sujet de la façon dont le gouvernement israélien traite les Palestiniens.

Tim Farron, le chef du parti Liberal Democrats a déclaré mardi à la radio londonienne que les propos de Tonge étaient intolérables, et que des mesures ont été prises. Il n’a pas pu préciser de quelles actions il était question.

Un porte-parole du parti a déclaré à Jewish News que « Tonge n’accepte pas la discipline du parti à la Chambre des Lords et ne s’exprime pas au nom des Liberal Democrats sur les questions ayant trait au Moyen-Orient ».

« Si une plainte est déposée, nous mènerons rapidement une enquête approfondie. »

En 2012, après qu’elle a tenu des propos au sujet de la chute d’Israël au cours d’un évènement en faveur du boycott d’Israël, Tonge a démissionné de ses fonctions de whip (député chargé de veiller à ce que les élus de son parti soient présents et votent en fonction des consignes du parti), l’équivalent du Président de la Chambre des Représentants aux États-Unis, ou du coordinateur de groupe en France.

Jenny Tonge, la parlementaire britannique et d'autres intervenants écoutent durant une rencontre anti-Israël à la Chambre des Lords le 25 octobre 2016, pendant qu'un membre du public accuse les juifs d'avoir contrarié Hitler au point de commettre le génocide de la Shoah. (Crédit : capture d'écran Facebook)
Jenny Tonge, la parlementaire britannique et d’autres intervenants écoutent durant une rencontre anti-Israël à la Chambre des Lords le 25 octobre 2016, pendant qu’un membre du public accuse les juifs d’avoir contrarié Hitler au point de commettre le génocide de la Shoah. (Crédit : capture d’écran Facebook)

« Fais attention Israël. Israël ne va pas rester en l’état pour toujours », avait-elle lancé à l’époque.

« Un jour, les États-Unis d’Amérique en auront marre de donner 70 milliards [de dollars] à Israël pour soutenir ce que j’appelle le porte-avions américain au Moyen-Orient, c’est-à-dire Israël. Un jour, le peuple américain va dire au lobby israélien aux USA : ‘ça suffit’. Et Israël perdra son soutien et ils n’auront plus qu’à récolter ce qu’ils auront semé. »

Times of Israël 

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** FILE ** In this April 19, 1943 file photo, a group of Jews, including a small boy, is escorted from the Warsaw Ghetto by German soldiers. The family of a Polish social worker Irena Sendler who is credited with rescuing 2,500 Jewish children from the Nazis during the Holocaust says she has died. Sendler's daughter, Janina Zgrzembska, says her 98-year-old mother died Monday, May 12, 2008, morning in a Warsaw hospital. Sendler organized the rescue of Jewish children from the Warsaw Ghetto during Nazi Germany's brutal World War II occupation. (AP Photo)/Poland_Obit_Sendler_FRA110/FILER, B/W ONLY/0805121107

C’est une photo terrible. Menacée par les mitraillettes de soldats nazis, une foule de femmes et d’enfants sort d’un bâtiment, mains en l’air. Alors que la plupart des acteurs du cliché, pressés les uns contre les autres, se partagent la partie gauche de l’image, quatre soldats occupent la droite de la photo.

Mais c’est un petit garçon, au centre de la photo, au premier rang, qui attire le regard. En culotte courte, une casquette trop grande pour lui vissée sur le crâne et un manteau qui lui arrive jusqu’aux cuisses, il ne doit pas avoir plus de huit ans.

« De par sa position, au cœur de la photographie, le garçonnet crève littéralement le cadre composé par l’opérateur », souligne Frédéric Rousseau, dans « L’Enfant juif de Varsovie. Histoire d’une photographie ».

La peur se lit sur son visage. A côté de lui, une femme se retourne en direction de trois soldats nazis, postés à la sortie de l’immeuble. Peut-être a-t-elle reconnu celui dont on distingue parfaitement le visage, et qui, torse bombé de fierté, pointe son arme dans la direction de l’enfant.

Il s’appelle Josef Blösche, c’est un Waffen-SS « sinistrement connu dans le ghetto pour sa cruauté », soulignent Pierre Bellemare et Jérôme Equer dans « Histoire secrète des 44 photos qui ont bouleversé le monde ».

Présente dans de nombreux livres d’histoire du secondaire, cette photo, puissante, illustre l’horreur de la Shoah. Car tout est là : les arrestations arbitraires, les civils pris pour cibles, l’absence de clémence pour les femmes et les enfants (en regardant un peu plus attentivement, on note tout de même quelques hommes, fondus dans le groupe).

Tout, sauf la mort, les camps de concentration, les chambres à gaz… Mais les photos de corps squelettiques à Auschwitz sont évidemment plus difficiles à montrer à un jeune public.

Si la photo est devenue iconique, c’est probablement aussi en raison de son cadrage, resserré, qui ne permet pas d’identifier clairement le lieu de la prise de vue. Indatable, non localisable : la photo devient un symbole universel de la barbarie nazie. Voire de la barbarie en général.

Une photo issue d’un rapport des SS

Initialement, l’auteur de la photo n’avait pas du tout pour objectif de montrer l’horreur du nazisme. C’est même exactement le contraire ! La photo, prise à Varsovie, fait partie d’un rapport, commandé par Friedrich-Wilhelm Krüger, général des Waffen-SS dans l’Est, en poste à Cracovie. Rapport adressé au général Jürgen Stroop, responsable de la liquidation du ghetto de Varsovie, au printemps 1943.

« Ce sera un matériau précieux pour l’histoire, pour le Führer, pour Heinrich Himmler et pour les chercheurs qui se pencheront sur l’histoire du IIIe Reich, pour les poètes et les écrivains nationalistes, pour la formation des SS, et qui témoignera de nos efforts et des lourds et sanglants sacrifices consentis par la race nordique et la Germanie pour la déjudaïsation de l’Europe et du globe terrestre tout entier », explique à l’époque Friedrich-Wilhelm Krüger.

Intitulé « Es gibt keinen jüdischen Wohnbezirk in Warschau mehr ! » (« Il n’y a plus de quartier juif à Varsovie »), le rapport – 75 pages dactylographiées accompagné de 53 photographies – est produit en trois exemplaires : un pour Friedrich-Wilhelm Krüger, un pour Heinrich Himmler, le chef des SS, et le troisième pour les archives personnelles de Jürgen Stroop, qui pensait s’en servir pour ses propres travaux d’histoire, expliquera-t-il plus tard à ses deux co-détenus.

Première page du rapport Stroop (WikiCommons)

On y retrouve toutes les étapes de l’opération allemande : arrestations de groupes de juifs, exfiltrés de force de leurs « bunkers » après y avoir été enfumés, leur acheminement vers l’Umschlagplatz, d’où les personnes arrêtées était déportées à Treblinka, la mort des « parachutistes », ces juifs qui « se précipitaient sur le sol, sur l’asphalte et les pavés, du haut des fenêtres, des balcons et des greniers des maisons dont le rez-de-chaussée était en flammes », et que les soldats tuaient « en plein vol » et enfin la « destruction » du ghetto.

Les légendes en allemand des photos du rapport ne laissent aucun doute sur l’objectif de Jürgen Stroop, qui avait personnellement et soigneusement choisi chaque reproduction : glorifier les soldats allemands et montrer comment les sections de « la grande opération » ont maté les « bandits juifs ». Le rapport précise que 56.065 d’entre eux ont été arrêtés ou « détruits ».

La photo du petit garçon, n°14 du rapport, est la seule photographie de l’album à montrer des enfants dans une posture de prisonniers de guerre. Elle est légendée ainsi : « Mit Gewalt aus Bunkern hervorgeholt » (« Tirés de force hors de leurs bunkers »).

L’image, comme toutes celles du rapport, avait donc pour fonction première d' »illustrer la force d’âme d’un grand chef, Jürgen Stroop, ainsi que le dévouement admirable de ces troupes d’élite capables de surmonter l’inhumanité apparente de leur mission au nom de l’idéal nazi », résume Frédéric Rousseau.


Jürgen Stroop, entouré de soldats nazis dans le ghetto de Varsovie. A droite, on retrouve le soldat SS Josef Blösche (WikiCommons)

Une pièce à conviction

A la fin de la guerre, le « Rapport Stroop » devient… une pièce à conviction. Il est en effet commenté pendant le procès de Nuremberg. Plusieurs des photos qu’il contient sont retenues par l’accusation.

« La photographie de l’enfant, pourtant retenue avec dix-sept autres, ne fut finalement pas présentée devant le tribunal : les accusateurs alliés préféraient établir précisément l’ampleur des massacres plutôt que de solliciter l’émotion », explique « Le Monde ».


(WikiCommons)

A l’époque, la photo du petit garçon n’est pas connue du grand public. Il faut dire qu’elle ne correspond pas au régime mémoriel de l’époque, dominé, comme le rappelle « Le Monde », par « le mythe ‘résistantialiste' » : on préfère « les symboles martiaux, plus valorisants » et on critique au contraire, parfois durement, la supposée « passivité » des Juifs qui ne se sont pas révoltés et se sont « laissés conduire » aux chambres à gaz.

Or, le soulèvement du ghetto de Varsovie, mené par la population juive contre les forces d’occupation allemandes, entre le 19 avril et le 16 mai 1943, est justement l’un des actes de résistance juive les plus important. On préfère donc glorifier les combattants du ghetto et montrer des photographies d’hommes ayant pris les armes, plutôt que celle d’un enfant et de femmes, levant les bras en signe de soumission.

La photo réapparaît toutefois sporadiquement : dans le court métrage d’Alain Resnais, « Nuit et brouillard », en 1956 (à 2m30s), dans le film de Frédéric Rossif « Le Temps du ghetto » (1961), puis en couverture de « L’Etoile jaune » de Gerhard Schoenberner (1969).

Un non-sens pour Frédéric Rousseau puisque « les juifs du ghetto ne portaient pas d’étoile jaune, mais un brassard » blanc, que l’on distingue au bras de certaines femmes de la photo. « Chacun le sait. Mais visiblement cela n’importe plus. »

La photo devient un symbole

En effet… car progressivement, sous l’effet de recadrages successifs, l’enfant se détache du groupe, qui disparaît, tout comme les soldats.

« A l’évidence, au fil du temps et de ses apparitions, le petit garçon de Varsovie est devenu le témoin universel des victimes de la Shoah », « un symbole universel et l’un des emblèmes de la force brutale », relève Frédéric Rousseau dans son livre, qui analyse justement ce processus par lequel « un simple cliché inséré dans un rapport militaire est devenu l’une des images les plus emblématiques de la Shoah ».

Pour l’historien américain Richard Raskin, qui s’est également penché sur la photo dans son livre « A child at gunpoint : a case study in the life of a photo », paru en 2004, d’autres éléments expliquent pourquoi la photo est devenue une telle icône :

« Le cliché est net, ne rebute pas au premier abord, comme certains autres d’enfants mourant. On peut donc la regarder longtemps. Alors on voit qu’elle porte en elle les termes du conflit : on y voit des Juifs contre des nazis, des femmes et des enfants civils contre des soldats, des armes contre des êtres sans défense, l’assurance contre la peur et, finalement, des bourreaux contre des victimes. »

Renaud Février