Non-assistance à Sarah Lucie Halimi z’l©

Non-assistance à Sarah Lucie Halimi z’l©

Comment, après le meurtre de Sarah Lucie Halimi, empêcher que la situation des citoyens juifs de la France ne se détériore encore davantage?  Réactions et manque de réactions étrangères, médiatiques et autres.

Consécutivement au rendez-vous accordé au Grand Rabbin de France, Haïm Korsia, au Président du Consistoire, au Président du FSJU et au Directeur Général du CRIF et du SPCJ par Monsieur François Molins, Procureur de la République de Paris – réunis avec des personnes chargées de l’enquête concernant le meurtre de Sarah Halimi – le CRIF a fait publier un communiqué, le 7 avril 2017.

Du moins implicitement, ce communiqué n’est pas sans soulever certaines questions liées à l’enquête officielle, ainsi que concernant «le silence publique, médiatique, politique», dénoncé par Shmuel Trigano, presque absolu (la couverture tardive dans quelques organes de la presse française, après la marche blanche, ne compensant guère ce déficit d’informations).

« Il a été expliqué de façon très claire que « l’enquête en cours a pour but de parvenir à la manifestation de la vérité et déterminer si la circonstance antisémite doit être retenue » -l’enquête officielle se bornera-elle à tirer des conclusions définitives sur le caractère du crime, basée sur une analyse approfondie des motivations du tueur?    Et si, en effet, le meurtre de Madame Halimi finit par être jugé antisémite de façon concluante, est-ce que certains représentants officiels de la communauté juive se contenteront de cette reconnaissance officielle de la haine antijuive de l’assassin, tout en s’abstenant de remettre en question le comportement de certains agents/fonctionnaires de la police parisienne dans cette affaire?  (Sans parler de certaines décisions douteuses prises par la préfecture de la police de Paris – comme celle d’autoriser la manifestation organisée le premier avril par le PIR, laquelle réclamait la «séparation du CRIF et de l’Etat», tout en vilipendant les Israéliens et leurs amis.)

« Le temps de l’enquête est long car il impose d’entendre tous les témoins, notamment les membres de la famille qui sont dans la semaine de deuil en Israël et qui seront entendus à leur retour, de saisir et exploiter tous les éléments d’indice sur le lieu du crime, toutes les analyses des échanges avec la Police et autres communications, toutes les investigations dans le passé de l’auteur des faits.»  – affirmation incontestable, à première vue.

Et pourtant, parmi les «informations vérifiées et avérées» – avec lesquelles il ne faut pas confondre les «informations supposées, imaginaires, voulues ou encore déniées», susceptibles de créer «une confusion qui dessert la recherche de la vérité», avec des détails factuels qui restent à élucider – il y a celle qui constate la présence de policiers au deuxième étage de l’immeuble, qui ne sont pas intervenus, même après les cris désespérés, bien audibles, de la victime qui habitait au troisième étage.    À la différence du communiqué émis le 7 avril par le BNVCA (Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme), le CRIF ne mentionne pas explicitement cette information.  Ni le Congrès Juif Européen non plus – communiqué du 13 avril.  Autocensure en période préélectorale?   De courte durée – en attendant les résultats?

Dans le rapport de la DILCRA (Délégation interministérielle à la Lutte contre le Racisme et l’Antisémitisme), intitulé «Un an de lutte contre l’antisémitisme et le racisme.  Bilan de la première année du plan 2015 -2017», on lit (Édito – page 3): « … l’indice longitudinal de tolérance en France marque en 2015 une nette progression.  Les derniers chiffres du ministère de l’intérieur sur le bilan des actes racistes et antisémites au premier trimestre 2016 corroborent ce constat: en baisse de 35% sur les douze derniers mois, et de 80% par rapport au premier trimestre 2015.»    Et l’éditorialiste/les éditorialistes de poursuivre: «Il faut bien sûr mettre ces chiffres en perspective: un seul événement peut raviver les tensions et inverser de nouveau la tendance» – comme en témoignent, par exemple, l’agression violente commise à Bondy, le 21 février 2017, et l’assassinat horrible de madame Halimi.  (Dans le même ordre d’idées, il y a peut-être lieu d’évoquer l’incident où des «jeunes» se sont attroupés pour insulter, menacer et tenter d’agresser les personnes qui participaient à la marche blanche).

Il est bien possible que, dans un nombre de cas individuels, des initiatives et programmes éducatifs organisés sous l’égide de la DILCRA ont produit des résultats positifs et se sont même avérés susceptibles, à une échelle relativement restreinte, de favoriser une amélioration de relations intercommunautaires dans certaines localités.  N’empêche que, si le conseil scientifique de la DILCRA compte parmi ses membres des collaborateurs/collaboratrices excellents – tels que Marc Knobel et Pierre Birnbaum – certaines des associations soutenues par la celle-ci – MRAP, LDH, etc. – ne manquent pas d’activistes et de représentants qui continuent de se livrer à des activités plus que douteuses.  Autant d’activités qui sont promotrices d’un antiracisme à géométrie variable, sinon d’un «antiracisme antijuif » (pages 23-31).  (Le rapport évoque la campagne de communication «rassembleuse et positive» lancée le 28 novembre 2015 par «quatre associations historiques de lutte contre le racisme» – c’est-à-dire, Licra, SOS Racisme, Ligue des droits de l’homme et MRAP, page 8 –  lesquelles allaient plus tard s’associer aux poursuites injustes dirigées contre Georges Bensoussan.)

Dans un climat socio-politique de plus en plus empoisonné, confronté à une crise sur le plan  constitutionnel qui ne cesse de s’approfondir, comment croire à une évolution positive de la norme que représente depuis des années l’impunité, relative ou absolue, des antisémites violents?     Qu’est qui est plus «typique» dans un système de justice à géométrie variable, la peine relativement sévère prononcée à l’encontre de l’agresseur potentiellement meurtrier d’un enseignant juif – sept ans de prison pour « l’ado radicalisé qui avait tenté d’assassiner un enseignant juif » , titre du Parisien du 2 mars 2017 – ou bien la peine dérisoire de quatre ans de prison, dont 18 mois avec sursis, imposée en décembre 2015 à un multirécidiviste violent qui avait essayé d’assassiner un rabbin de Marseille?

Ce ne sont que de rares organes de la presse non juive qui ont couvert l’assassinat de Madame Halimi (le Daily Telegraph étant jusqu’ici le seul journal britannique à tirage national à le mentionner, dans le contexte d’un article traitant de la dérive verbale de Marine Le Pen, ainsi que des élections présidentielles).  Si on constate une couverture assez détaillée dans la presse israélienne et dans plusieurs journaux juifs, il y lieu de déplorer l’absence de détails en ce qui concerne l’inaction des policiers.  En ce qui concerne le Forward – dont l’orientation ressemble de plus en plus à celle de Haaretz quand il s’agit de accuser l’État hébreu d’être responsable de tout ce qui ne va pas avec les Arabes palestiniens – ce n’est que dans un article consacré à une prétendue complaisance manifestée envers Marine Le Pen par la rédaction du site Europe-Israël que Élie Petit, ancien vice-président de l’UEJF, mentionne ce crime affreux, tout en «oubliant» de rendre compte des menaces et insultes antijuives dirigées contre la marche blanche.

À l’exception de ceux qui font partie de l’admirable Centre Simon Wiesenthal, aucun haut fonctionnaire des organisations internationales qui ont pour mission de lutter contre l’antisémitisme ne s’est prononcé sur les événements des graves qui ont rythmé la période préélectorale.  Pourquoi persiste-t-il, le silence de l’American Jewish Committee?  Le CRIF, les citoyens juifs de la France, soumis à des pressions monstrueuses, ont maintenant besoin de soutiens renforcés et d’interventions fréquentes et soutenues de la part de ces dernières.

P.S.  Pendant ces dernières années des membres de la minorité chinoise ont souvent eu de bonnes raisons de se plaindre de la protection insuffisante assurée par les forces de l’ordre –  même si les agressions, les cas d’intimidation et de harcèlement raciste, les crimes dont ils ont été victimes, souvent de la part de «jeunes issus de la diversité», sont moins nombreux que ceux dont prend acte le BNVCA.   Le militantisme au sein des communautés chinoises a fini par s’agrandir – comme, par exemple, à la suite de l’agression mortelle commise contre le  couturier Chaolin Zhang, à la mi-août 2016, ou bien après l’intervention d’agents de police, pénétrés de force dans l’appartement de Shaoyo Liu, mort par suite d’une «bavure », réelle ou supposée, produite le 26 mars 2017.

Il est  trop tôt de savoir si l’intervention du gouvernement chinois en leur faveur produira des résultats favorables.  Exemple à méditer, pour les responsables des instances juives françaises?

Par ©Paul Leslie

 

 

 

5 commentaires

  1. Effectivement beaucoup de représentants de la Comunauté Juive s’empressent de déqualifier de crimes antisémites des crimes antisémites. Un décalage terrible avec la communauté.

  2. Comme la police française n’a plus le droit de se défendre convenablement, elle préfère se mettre à l’écart lorsqu’un individu assassine monstrueusement une femme Juive, ou dans le cas d’autres communautés.
    Oui cela s’appelle « non assistance à personne en danger » , mais ne vous inquiétez pas pour passer sous silence le comportement de la police, on nous dira pour nous faire plaisir : soit il était fou , soit il était antisémite, suivant la tendance politique du moment lors des résultats de l’enquête.

  3. Minables juifs de l’Establishment, aussi indignes mais sans excuses, comme en reçurent un peu, Sous les SS et la Guerre oppressive européenne meurtriers..! des Judenräte et autres Polices juives!
    Une Politesse et Prudence (sic) coupables qu’ils paieront au prix fort car la passivité post-NKVD et -Shoah à l’égard des « Collaborateurs » est finie et inexcusable surtout; la punition contre tous ces
    Juifs Traîtres sera terrible…(Pas seulement Physique !!!)
    Pour le moment, la JUSTICE française Démocratique et Républicaine et Socialiste Modérée .(sic!) juge comme celle de Weimar…! :
    18 mois avec sursis, pour tentative d’assassinat public par un multi-récidiviste violent…!
    C’est pire qu’inquiétant! Caril ya ces antécédents qui devraient l’alarmer?
    Le monde non-juif semble aussi, notons-le! aussi veule et pusillanime !!!!!!! la Droite, les Centres et les autres… jouent tous, double et triple jeu avec aussi peu d’art que de courage.

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