Le cinéaste Philo Bregstein en quête de ses racines juives©

Le cinéaste Philo Bregstein en quête de ses racines juives©

Spinoza excommunié, peinture de Samuel Hirszenberg (1907)

Photo de Philo Bregstein, prise à Yaffo (Jaffa) par le photographe ©Andrej Aron.

 

Un cinéaste hollandais à la recherche de ses racines juives

Manfred Gerstenfeld interviewe Philo Bregstein

 

« Mon père, Marcel Bregstein, était un Professeur de Droit Civil très apprécié. Plus tard, il est devenu Recteur de ce qui était, à l’époque, l’Université Municipale d’Amsterdam. Mon père m’a forcé à étudier le Droit. En tant que Juif, c’était un assimilationniste convaincu. Il est mort à a suite d’une chute de la fenêtre d’un hôtel à Palerme, en Sicile, en 1957.

« J’ai achevé mes études de Droit en 1957. Après cela, j’ai commencé à écrire des romans. En 1962, j’ai obtenu une bourse pour étudier la direction et la rédaction de scénario de films, de la part du Centro Sperimentale di Cinematografia (CSC) à Rome. J’ai obtenu mon diplôme en 1965.

Philo Bregstein est né en 1932 à Amsterdam. Il a vit à Paris depuis 1979.

« Nous sommes restés dans notre maison tout au long de la Seconde Guerre, parce que mes parents avaient conclu un mariage mixte. Il y avait aussi d’autres Juifs qui se cachaient à notre domicile. Pendant longtemps, je croyais que nous étions naturellement protégés, grâce au mariage mixte de mes parents. C’était cependant devenu évident que la réalité était plus compliquée. Mon père devait fréquemment partir se cacher ailleurs . Puis, mon frère et moi sommes allés nous installer ailleurs.

« En 1943, mon père a dû partir participer au travail obligatoire près d’Amsterdam. Ce n’est qu’après que j’ai compris que pour diverses raisons, il bénéficiait de privilèges. Puisqu’il était né en 1900, il était au-dessus d’une certaine limite d’âge. Les jeunes gens ayant contracté un mariage mixte devaient aller en camp de travail et ont ensuite été envoyés dans des camps de transit à Westerbork et même plus tard, à l’Est.

« La famille chrétienne de ma mère n’était pas indemne d’antisémitisme. Ils étaient opposés à son mariage avec un Juif. De la même façon, es parents de mon père ne voulaient pas qu’il se marie avec une goya. Mon frère et moi avons, tous deux été baptisés en tant que Hollandais de l’Eglise Réformée avec l’évidente motivation cela pourrait nous protéger contre les Allemands. La famille non-juive du côté de ma mère a beaucoup aidé mon père durant le temps de la guerre. Il pouvait toujours partir se cacher grâce à eux, quand cela s’avérait nécessaire.

« Après la guerre, différentes familles juives sont demeurées auprès de nous, durant la période d’intervalle  où ils sont sortis des camps de concentration, mais ne pouvaient pas revenir vers leurs maisons. Leurs enfants m’ont transmis beaucoup de choses, quant aux expériences qu’ils avaient vécues. Au cours de ma période étudiante, nous ne parlions jamais de la guerre. De cette façon, j’ai réprimé tout ce qui concernait la guerre et ma famille durant de longues années.

« Le choc du réveil est survenu au moment où j’ai lu un livre de Jacques Presser qui a écrit l’histoire des persécutions des Juifs Hollandais par les occupants nazis. Il est paru plus tard en traduction anglais sous le titre de : Ashes in the Wind: The Persecution and Destruction of Dutch Jews. [Cendres dans le vent. La Persécution et la Destruction des Juifs de Hollande]. En 1969, j’ai pu approcher Presser et lui ai proposé de tourner un film sur sa vie.

« En 1975, on m’a demandé de préparer un film sur la communauté juive d’Amsterdam, à l’occasion des 700 ans de la ville. Ensuite, j’ai enregistré presque 80 interviews pour lesquelles j’ai été guidé par l’historien Salvador Bloemgarten. Après cela, à partir de ce matériel, j’ai préparé le livre avec Bloemgarten, qui a, plus tard, été traduit en anglais, intitulé : Remembering Jewish Amsterdam [Souvenirs de l’Amsterdam juive].

« Entre 1971 et 1973, j’ai réalisé un film sur le chef d’orchestre Otto Klemperer, quqi s’est aussi débattu avec la question qui obsédait Presser : Comment le peuple allemand, issu de la terre des poètes et des penseurs, a t-il pu se fourvoyer dans les abysses du Nazisme? ». J’ai eu les plus grandes difficultés à obtenir les droits de ce film. Je les ai finalement obtenues en 2013.

« Klemperer est une personnalité fascinante. C’était un Juif assimilationniste qui,  suivant l’exemple de son mentor, Gustav Mahler, est devenu Catholique Romain. En 1947, il est revenu au Judaïsme. Plus tard, il a dirigé des orchestres en Israël et il a accepté par solidarité la nationalité israélienne.

« Au début des années 1980, j’ai lu les quatre parties de l’histoire de l’antisémitisme de Léon Poliakov avec la même fascination que pour le livre de Presser. En 1, j’ai rencontré Poliakov à Paris. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu une lettre de sa part, dans laquelle il me demandait d’être son collaborateur pour l’écriture de l’histoire de l’antisémitisme d’après-guerre. Poliakov est la première personne à avoir entrepris une recherche systématique sur l’endoctrinement à la haine contre les Juifs au cours de ce siècle.

« Durant longtemps j’ai cru que je n’avais pas ou peu de famille juive du côté de mon père. En 1991, je me suis mis à la recherche de mes racines juives en Lituanie et j’ai écrit un livre à ce sujet. Depuis lors, je travaille sur un livre concernant ma famille de Lituanie qui a émigré partout dans le monde. J’ai aussi découvert un certain nombre de membres de cette famille juive qui ont été tués au cours de la guerre en Lituanie. J’ai enregistré les détails de leurs vies à Yad Vashem.

« De cette façon, j’ai découvert l’histoire juive et, simultanément, le Judaïsme. En tant qu’athée, je considère toujours le Judaïsme comme étant mes racines. Le rejet subi, s’agissant de savoir si je suis Juif, parce que seul mon père était Juif, m’a toujours contrarié. En 1986, lors du Festival du Film Juif de San Franscisco, on m’a présenté comme étant « Le cinéaste juif Philo Bregstein », ce qui m’a apporté une grande satisfaction. J’ai commencé à m’intéresser encore plus au Judaïsme. Il s’avère que le Judaïsme n’est pas seulement la source du Christianisme et de l’Islam, mais qu’il a posé les bases de la totalité de notre éthique occidentale ».

Manfred Gerstenfeld.

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.

5 commentaires

  1. Il n’est pas obligatoire pour être juif de ne pas être athée.
    Se sentir juif, depasse le fogme de la religion, c’est un sentiment d’appartenance très fort qui remonte du fond des âges et se perpétue ….Be dor va dor

  2. RUTH DISAIT : Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu

    Etre juif c’est déjà se reconnaitre appartenir a un peuple

  3. Vous n’avez rien compris au judaïsme …
    Tous les jours nous récitons kadosh, kadosh, kadosh YKWK SEBAOT, melo col aharetz kevodo…
    Dieu remplit la terre de sa gloire … Dieu est d’abord en nous.

    Et puis YKWK n’a t il pas aussi créé le mal tel qu’il est dit : ossé shalom ou boré raâ.

    Enfin meditez RUTH
    Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu;

  4. Je ne comprends pas pourquoi Philo Bregstein, qui est athée, tient tellement à être reconnu comme Juif. En effet, le Judaïsme n’est pas une religion mais un contrat d’alliance avec Dieu. Or puisque Philo Bregstein est athée, il ne peut pas être Juif. La Judéité, dans la Bible, n’est absolument pas d’abord une question d’ADN mais d’abord une question d’engagement humain avec le divin, c’est-à-dire d’alliance.
    En fait, un vrai Juif, pour Dieu, est quelqu’un (homme ou femme) qui est passé par ce que la Bible appelle « LA CIRCONCISION DU COEUR » pratiquée par Dieu Lui-même ! Et ce, depuis l’établissement de la Nouvelle Alliance scellée par le sang de Jésus répandu à Golgotha pour le pardon de nos péchés. La destruction du temple de Jérusalem l’a confirmé puisque le judaïme ne pouvait dès lors, et définitivement, plus être pratiqué selon les rituels donnés par Moïse au Sinaï…
    A noter que le Messianisme n’est pas une religion issue du Judaïsme mais la « Nouvelle Alliance » par laquelle Dieu se révèle à l’homme (sens générique) qui s’engage avec Lui par la FOI, à la suite de Jésus, Messie d’Israël et Sauveur… Pas d’autre berger divin que le Berger d’Israël, Celui qui a donné sa vie pour nous racheter de la mort…

    • Moi non plus je ne comprends pas pourquoi Philo Bregstein, qui est athée, tient tellement a être reconnu comme Juif !? Or je suis chrétien confessant.

      Récemment, je me souviens être descendu en ville un samedi jour d’affluence afin d’inviter les gens à venir écouter l’évangile de Jésus-Christ Fils de Dieu et je m’étais promis de ne pas perdre une seule minute avec un athée tellement j’avais en mémoire le temps perdu à discuter contester postillonner inutilement avec plusieurs d’entre eux au cours des 30 dernières années. Je montai donc à l’église prier et supplier Dieu de me remplir d’assurance afin de ne pas rougir. Et j’ajoutai : « Ne permets pas que je perde pas une seule minute avec un(e) athée. » Puis, je descendis la rue principale comme à mon habitude, une invitation en main pour un maximum de personnes…Je rencontrai alors 2 hommes, que j’invitai avec quelques mots aimables. Or l’un des 2 me dit : je suis athée…!

      Et bien, Madame Israël, à votre intention et vous allez m’en blâmer peut-être ? Mais je me mis à l’écouter parler (je mis ma main sur ma bouche, ou plus sûrement, Dieu, le Seigneur, mit Sa main sur ma bouche). Et au fur et à mesure qu’il parlait des raisons de sa « non croyance » je me mis à être « ému de compassion ». Je n’ai jamais oublié cette expérience. En effet, je suis rarement ému de compassion. Je n’ai jamais oublié non plus la prière que je faisais monter devant Dieu quelques minutes plus tôt, ni « Sa main sur ma bouche », ni « Son autre main sur mon oreille ». Avant de le quitter, je lui disais simplement : A demain !

      Merci, Madame AnderHuber, pour votre exposé à l’attention de Mr Bregstein, qui, j’espère, le lira pour en tirer parti. C’est votre désir je le crois. Que Dieu donc l’exauce et que par la compassion de Christ cet homme devienne celui qui parlera avec compassion de Celui qui persuade l’athée comme le chrétien.

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