L’Allemagne KO debout: la France au zénith

L’Allemagne KO debout: la France au zénith

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Hier à l’issue de la demi-finale de l’Euro 2016, la France a vaincu la fatalité qui la poursuivait depuis 58 ans en battant l’équipe championne du monde, l’Allemagne. Cela a fait chavirer tout le pays. Pourquoi ?

Prouesses athlétiques, buts spectaculaires, holas et chants de supporters… Personne ne conteste la place d’un Mondial de football dans l’industrie du sport et du divertissement. Mais le foot ne jouerait-il pas également un rôle méconnu en contribuant au bien-être de nos sociétés ?

Selon certains chercheurs, le football serait pour commencer un exutoire pacifique, un substitut socialement acceptable aux formes d’agression tribales traditionnelles.

« Cela vous permet de soutenir votre pays sans être violent à l’égard de qui que ce soit. D’une certaine manière, ça remplace la guerre », résume David Ranc, chercheur français spécialiste de l’identité collective dans le football.

« C’est une manière non-violente de résoudre un conflit (…) et de prendre parti, sans que l’enjeu soit réellement important », ajoute-t-il. Mais les violences actuelles commises atour des stades de la compétition et dans les villes d’accueil du tournoi nous ont littéralement écœuré. La victoire hier de l’équipe tricolore contre le onze albanais a réchauffé les cœurs.

Un désir d’appartenance

A l’approche du Mondial au Brésil, les supporters sont d’ailleurs déjà en train de s’équiper de pied en cap, tels une armée médiévale se préparant à courir sus à l’ennemi: perruques à la place des heaumes, maillots en guise de cottes de mailles, écharpes et maquillage au lieu d’étendards.

Ferveur nationaliste, manifestation d’un chauvinisme exacerbé ? Pour les experts interrogés par l’AFP, ce comportement est surtout révélateur d’un désir d’appartenance profondément ancré chez l’être humain.

« L’identification à une équipe sportive peut aider les gens à mieux se figurer qui ils sont, leur donner le sentiment d’appartenir à quelque chose plutôt que de mener une existence isolée », estime Eric Dunning, sociologue du sport à l’Université britannique de Leicester.

« Cela peut contribuer à donner du sens », dans des sociétés qui paraissent très impersonnelles et en mutation rapide.

Au point de prendre des accents presque mystiques chez certains.

« Les fans d’une équipe de football forment une communauté de croyants qui se distinguent par des comportements caractéristiques de la religion », assure à l’AFP Gunter Gebauer, sociologue à l’Université libre de Berlin.

Par exemple, il n’est pas rare qu’un supporter transforme sa chambre à coucher en chapelle entièrement dédiée au football, « les saints étant les joueurs de son équipe, qu’il vénère en accomplissant des pèlerinages ».

Pour Eric Dunning, le sport supplée certaines fonctions sociales qui étaient autrefois d’ordre exclusivement religieux.

« Il pourrait répondre à certains besoins qui, pour un nombre croissant d’individus, ne sont plus satisfaits dans nos sociétés sans cesse plus laïques et scientifiques », écrit-il dans son livre « Sport Matters » (« Le sport, c’est important »).

Partager des émotions fortes, même des sentiments hostiles entre équipes adverses ou des déceptions en cas de défaite: les matchs de football réunissent des fans issus de pays et d’horizons différents autour d’une même passion et sont donc riches en lien social, affirment les spécialistes. Le slogan officiel choisi pour le Mondial-2014 est d’ailleurs « Tous au même rythme ».

Les bouffées de violence des hooligans et autres extrémistes ? Elles restent minoritaires en comparaison des dizaines de millions de spectateurs qui suivent ces rencontres chaque jour dans le monde, soulignent-ils.

« Lorsque vous étudiez la violence dans le football, ça touche des gens qui ont perdu pied socialement, (…) des gens marginalisés, ostracisés, ceux qu’on qualifie de classe populaire. Cela tient beaucoup au climat social », dit-il.

L’un des principaux éléments rassembleurs dans ce sport est sa faculté de créer des héros. « Toutes les histoires qui circulent dans le sport ne sont pas que des pures inventions. Des individus qui n’avaient rien initialement parviennent à la gloire et à la fortune par leurs propres moyens, ce qui leur permet de jouer un rôle dans une société qui leur serait autrement restée inaccessible », note M. Gebauer.

Tous ces facteurs ont bien sûr contribué à la popularité du foot. Mais ce serait oublier la vitesse du jeu et les prouesses qu’il autorise, l’enthousiasme que suscite un match, et la possibilité d’y jouer quasiment n’importe où, avec un ballon et des règles très simples.

« Bien sûr, d’autres sports ont l’une ou l’autre de ces caractéristiques. Mais le foot est sans doute le seul à les réunir toutes », explique Eric Dunning.

(Avec AFP)

Histoire du football

C’est en Angleterre que le football va naître et se développer, tout comme le rugby, les deux sports découlant à peu de choses près des mêmes bases, avant que des règles ne soient progressivement instaurées, amenant la création de deux sports distincts, en 1848 et en 1863.

Il faut dire que les premiers matchs de foot se disputaient selon des règles pour le moins floues, surface du terrain, nombre de joueurs par équipe, remise en jeu, possibilités ou non de prendre la balle à la main, jusqu’en 1863 chaque équipe avait ses propres règles. Avant de disputer un match, de longues palabres étaient souvent nécessaires et chaque mi-temps parfois disputées selon des règles différentes…

A partir de 1863, la création – toujours en Grande-Bretagne – de la Football Association va donner le coup de sifflet d’un formidable essor pour le football, même si les règles actuelles n’ont été instaurées que progressivement (le gardien pouvant par exemple se saisir du ballon avec les mains dans l’intégralité de sa moitié de terrain jusqu’à la fin du XIXe siècle…). Des lois du jeu qui – à quelques petits aménagements près – vont rester inchangées par la suite, facilitant la compréhension des pratiquants et spectateurs.

Les compétitions internationales de football sont organisées depuis longtemps : la première Coupe du monde a eu lieu en 1930, en Uruguay (en Amérique du Sud).

Les raisons de son explosion à l’aube du XXe siècle tiennent à plusieurs facteurs.

 En premier lieu, l’immense influence de l’Angleterre sur le monde à cette époque qui va exporter ses sports et notamment le football ; le voisin français, contaminé lui aussi, va faire de même dans ses zones d’influence.

Une facilité de la pratique qui fait que presque tout le monde peut jouer au foot, d’autant plus que la violence est théoriquement absente de celui-ci, contrairement au rugby le cousin, les risques de blessure sont minimes. Surtout que ce sport ne coûte rien, une paire de chaussures, un ballon pour 22 acteurs, un champ ou une plage et c’est parti !

 L’aspect gabarit est certainement une raison essentielle à la capacité du football à attirer autant de participants, c’est un sport dans lequel on peut briller en étant petit, maigre, lent, bref sans prédispositions physiques… Impossible au basket, au rugby, au volley, au hand, difficile au tennis, en natation, ou en athlétisme ; bien sûr dans chacun de ces sports on trouve des champions aux mensurations moyennes, mais si peu et généralement dotés d’une technique exceptionnelle. Il y a seulement quelques dizaines de demi de mêlée de mois d’1m85 au rugby, idem au basket, tous sont des surdoués ayant compensé une taille moyenne par des aptitudes exceptionnelles. Les footballeurs professionnels de moins d’un 1m80 sont des milliers !

Pelé le roi du Foot

La finale de l’Euro rassemblera 80 000 personnes le 10 juillet au Stade de France, à Saint-Denis, au nord de Paris. Il y aura aussi des centaines de millions de téléspectateurs, partout dans le monde, qui regarderont cette finale en direct.

 Dans certains coins de la planète, d’autres sports rassemblent un monde fou au stade ou devant la télévision. Par exemple, en Nouvelle-Zélande, on adore le rugby. En Inde et au Pakistan, on ne jure que par le cricket, un sport qui ressemble un peu au base-ball. Le Super Bowl, la finale du championnat de football américain (qui ressemble un peu au rugby), rassemble chaque année environ 100 millions de personnes devant le petit écran, c’est-à-dire un Américain sur trois.
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1 COMMENT

  1. Ce qui m’impressionne, dans ces manifestations sportives , qui réunissent, AUTOUR DE POSTES DE TELEVISION GEANTS, dans le monde, DES CENTAINES DE MILLIONS DE PERSONNES, c’est que les sportifs ne sont QUE LES DEUX EQUIPES qui s’affrontent, sur un terrain.
    Toute la masse des spectateurs SE PREND pour des sportifs;
    C’est donc le triomphe de la passivité sur l’action.

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