Israël : « missions-suicide » des commandos de la Marine©

Israël : « missions-suicide » des commandos de la Marine©

Guerre des Six-Jours : les « missions-suicide » des commandos de la Marine Israélienne

Les commandos du Shayetet 13, l’unité des opérations spéciales de la Marine israélienne, ont été envoyés en profondeur sur le territoire ennemi, il y a 50 ans, au cours de la guerre des Six-Jours –sans cartes, ni renseignements ni suffisamment de temps pour un retour en toute sécurité ; ces missions ont échouées et certains se sont faits prendre et envoyés en captivité ; un demi-siècle après ces opérations ratées, les commandos racontent ces missions hardies, mais mal planifiées.

 

Le Shayetet 13 (« Flottille 13 »), l’unité des opérations spéciales de la Marine, a été expédiée au début de la Guerre des Six-Jours dans une série de missions téméraires  profondeur derrière les lignes ennemies, et qui comprenaient des offensives secrètes sur des ports en Syrie et en Egypte.

Ces missions peuvent, rétrospectivement, à présent, être appelées des missions-suicide, puisque, en dépit du courage exceptionnel démontré par les soldats, ces missions héroïques ont spectaculairement échoué et que certains de ces combattants ont même été capturés du fait d’erreurs évidentes de renseignements et de navigation.

(Photo: Naval Museum)

Cinquante ans plus tard, les commandos se sont retrouvés au Musée de l’Immigration Clandestine et de la Marine, à Haïfa. Même si leur âge moyen se situe au-delà de 80 ans, leur nature rude et particulièrement robuste est encore clairement visible.

Ils plaisantent au dépends les uns des autres, en se rappelant de ces moments et des tortures atroces qu’ils ont subies en captivité et font remarquer que, même si ces missions ont échoué, elles démontrent jusqu’à quel point les marins du Shayetet 13 étaient capables d’aller pour défendre leur pays.

 

‘Il n’y avait aucune chance que nous puissions revenir’

 

Le 1er juin 1967, le sous-marin israélien Tanin (« Crocodile ») a été expédié pour mener une mission de sabotage dans le port egyptien de la Marine à Alexandrie, sous les ordres du Major Abraham Dror.

Abraham Dror (Photo: Naval Museum)

 

Dror commandait 60 membres d’équipage, qui comprenait 8 commandos du Shayetet 13 et 1 médecin de la Marine. Dror a raconté les longues journées à attendre l’ordre d’attaquer, passées sous la mer à l’intérieur de l’étroit sous-marin.

« Chaque fois que nous le pouvions, nous remontions à la surface  por recharger nos batteries électriques et laisser les commandos pratiquer la natation et étirer leurs muscles », raconte t-il.

 

Le 5 juin, après une attente longue et frustrante, ils ont reçu l’ordre d’attaquer le port d’Alexandrie. Cinquante ans après de moment fatidique, le commandant de l’unité de combat du sous-marin, le Capitaine Eitan Lipschitz raconte la « mission-suicide ».

 

Eitan Lipschitz (L) et Abraham Dror (Photo: Assaf Kamar)

 

« Selon nos calculs, il nous fallait neuf heures nocturnes pour s’extraire du sous-marin, entrer secrètement dans le port et revenir en toute sécurité, mais nous étions en juin, le mois aux nuits les plus courtes – et nous n’avions pas la moindre chance de revenir à temps ».

« J’ai décidé de garder cette information pour moi, de façon à ne pas entamer le moral des fusiliers-marins. J’ai pris le kit de soins d’urgence étanche, en ai sorti la morphine et j’en ai mis sur certaines cigarettes  et sur des allumettes, pou, au moins, avoir quelque chose à fumer avant qu’ils ne me fassent prisonnier et m’électrocute les c. »

(Photo: Naval Museum)

(Photo: Naval Museum)

 

Al’intérieur du sous-marin, le Capitaine Dror ne savait rien du sort des combattants qu’il avait envoyé au combat. Malgré le danger que cela représentait pour le sous-marin et son équipage, Dror a décidé de prendre le risque de foncer vers le point de rendez-vous près de la plage, un acte héroïque qui lui a valu la médaille de la bravoure.

 

Lipchitz et ses combattants se sont fait capturer par les forces armées égyptiennes et ils ont été détenus durant plus de sept mois, subissant d’horribles tortures durant le temps qu’ils ont passé là. « J’ai traversé l’enfer au cours de ma captivité, mais je ne leur ai rien dit. Pas un traitre mot », affirme Lipschitz.

 

 » Nous ne disposions même pas d’une carte »

Sous le commandement du Lieutenant-Colonel Yitzhak Kat, L’INS Yafo (« Jaffa ») a été envoyé attaquer Port Saïd en Egypte. Ils étaient prêts à utiliser des torpilles pilotées, un type de sous-marins qu’on pouvait chevaucher et pouvant transporter deux nageurs et de lourdes munitions sous forme de mines navales

La torpille pilotable (Photo: Assaf Kamar)

(Photo: Naval Museum)

 

Le Premier-Lieutenant Yitzhak Shamir a raconté le jour où il a reçu l’ordre déconcertant d’attaquer le Port : « Nous étions persuadés que nous allions attaquer le port de Tartous en Syrie et, brusquement le commandant de la flottille nous a demandé d’aller attaquer Port Saïd en Egypte. Nous n’avions même pas de carte de cette zone.

Yitzhak Shamir (Photo: Assaf Kamar)

 

« Even though the commandos practiced and learned the features of the Syrian port, they were sent on a mission in Egypt with no knowledge of the area. »

« Même si les commandos avaient pratiqué et appris par cœur les caractéristiques du port syrien, on les a envoyés en mission en Egypte sans aucune connaissance du terrain ».

 

 » Tout ce qu’on avait, c’était une carte des années 1800″

L’INS Noga, commandé par le Major Ze’ev Ariel et deux bateaux de pêche réquisitionnés ont été expédiés au nord pour attaquer les ports syriens en utilisant un bateau pneumatique propulsé.

Le bateau pneumatique propulsé (Photo: Naval Museum)

(Photo: Naval Museum)

 

Le Major Amnon Ben Zion, qui commandait la force d’intervention et de frappe, déclare alors : « J’ai brusquement reçu un message disant qu’on m’envoyait à Baniyas. J’ai sous le choc ! Nous ne disposions d’aucun renseignement sur cet endroit, pas de carte, rien du tout ! La seule chose que nous avions, c’était une carte maritime britannique avec un petit croquis de Baniyas datant des années 1800 ! ».

Malgré cela, les commandos ne se sont pas laissés dissuader de faire leur devoir. « J’avais trois bateaux pneumatiques. Nous étions guidés par le bate, qui naviguait avec nous pour nous montrer le chemin. Nous percevions les lumières des maisons sur le rivage. J’ai écrit leurs coordonnées et caractéristiques sur un paquet de cigarettes que j’ai caché sous ma veste de sauvetage de façon à empêcher qu’il soit trempé », explique Ben Zion.

(Photo: Naval Museum)

 

« Nous nous dirigions vers le rivage sans même savoir que la direction de navigation était fausse », ajoute t-il.

 

 

‘ Ils nous ont envoyé droit dans le mur –dans un piège-‘

 

Du fait d’erreurs  opérationnelles, entre autres le « coulage accidentel » de l’USS Liberty, la Marine et dses commandants étaient fortement ébranlés. Shamir est encore très en colère à propos de l’échec de cette mission risque-tout.

 

« On éprouvait de la frustration, pas de la colère,plutôt de la frustration. On a souri et on s’est dit : « Mince, ils nous ont envoyés droit dans le mur ! »

Cinquante ans après cette opération ratée, la voix calme de Ben Zion tente de masquer sa colère contre les architectes de l’opération. Le résultat des recherches de mon fils, qui a interviewé le Président Ezer Wiezman qui était, à l’époque le Chef du Directorat des Opérations, c’est qu’on a découvert que personne, à l’Etat-Major ne savait que nous opérions en Syrie. Personne ne le savait ».

Assaf Kamar|Publié le :  15.04.17 , 23:21

ynetnews.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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