Chroniques New Yorkaises VIII par Maurice-Ruben HAYOUN©

Chroniques New Yorkaises VIII par Maurice-Ruben HAYOUN©

Survol de New-York par la Patrouille de France/image site ambassade

Le Professeur Maurice-Ruben HAYOUN est un auteur prolifique et des plus ouverts sur son temps. Il peut aussi bien nous parler d’Emmanuel Levinas, du Golem de Gustav Meyrink comme nous donner son sentiment sur la politique nationale et internationale. Ici même, sur JForum, il nous a ainsi livré de très beaux textes.

Autre exemple de sa capacité d’adaptation, il profite de son séjour à New York pour écrire plusieurs chroniques, que nous avons le plaisir de retranscrire ici.

Voici la huitième de ces chroniques (pour lire les sept premières : Chroniques New Yorkaises : Pessah à New YorkChroniques New Yorkaises II par Maurice-Ruben HAYOUN©Chroniques New Yorkaises III par Maurice-Ruben HAYOUN©Chroniques New Yorkaises IV par Maurice-Ruben HAYOUN©Chroniques New Yorkaises V par Maurice-Ruben HAYOUN©), Chroniques New Yorkaises VI par Maurice-Ruben HAYOUN© et Chroniques New Yorkaises VII par Maurice-Ruben HAYOUN©


La campagne présidentielle française vue de New York

En cette avant-veille de fin de la fête de Pessah, j’avoue que je n’ai regardé la télévision qu’à travers l’ordinateur de Clara Lise : BFM TV, qui se répète sans cesse, I24News en français, qui se répète tout autant, un peu aussi la chaîne israélienne mais en anglais, qui est un peu mieux. Pour autant, je ressens une nécessité d’être sevré. Les nouvelles à la télévision sont une véritable drogue. Et d’ailleurs, cette rupture de près de deux semaines, ici à New York, loin de mes habitudes, de mes manies, m’ont ouvert les yeux sur notre pays, la France et sa place dans le monde…


Pourquoi donc suis-je conduit à me montrer très sévère face une élection, certes cruciale, mais absolument différente de toutes les précédentes ? C’est tout simplement à cause d’une inflation d’un type très particulier : l’inflation du discours qui tente de masquer l’indigence de la pensée, l’absence de toute analyse approfondie.

Alors, pourquoi donc suis-je conduit à me montrer très sévère face une élection, certes cruciale, mais absolument différente de toutes les précédentes ? C’est tout simplement à cause d’une inflation d’un type très particulier : l’inflation du discours qui tente de masquer l’indigence de la pensée, l’absence de toute analyse approfondie.

Les journalistes arrivent tous les mains dans les poches, un peu comme des professeurs qui viendraient donner un cours sans l’avoir du tout préparé. Comment voulez vous que les étudiants ou les auditeurs soient transportés, aient l’impression d’apprendre, d’avancer, bref de ne pas perdre leur temps…?

On m’a toujours dit que je me situais dans la très bonne moyenne des cerveaux, et pourtant plus j’écoute ces commentateurs, moins je comprends de quoi ils parlent.


Les journalistes commencent par enterrer un candidat ou une candidate et ensuite ils expliquent que tout s’inclut dans la marge d’erreur, et, comme l’heure tourne, ils dissertent ensuite sur d’éventuels rebondissements. Quand ils ont fini, vous êtes dans le désarroi le plus total.

Exemple : ils commencent par enterrer un candidat ou une candidate et ensuite ils expliquent que tout s’inclut dans la marge d’erreur, et comme l’heure tourne ils dissertent ensuite sur d’éventuels rebondissements. Quand ils ont fini, vous êtes dans le désarroi le plus total.

Alors quelle solution pour bannir cette logorrhée, ce supplice intellectuel, cette roche tarpéienne ?  Fermer la chaîne en question une fois qu’elle n’a plus rien à dire !! Mais là, tout s’écroule. Je regarde parfois le matin le visage des jeunes journalistes qui disent vouloir tenir l’antenne durant trois bonnes heures… Les pauvres ! Ils répètent à longueur d’heures les mêmes histoires de chiens écrasés.

Ces télévisions en continu ne pourront pas tenir longtemps. Et les rediffusions éternelles et incessantes vont tuer ces télés : notamment I24News en français, dont j’ai maintes fois salué l’existence mais qui me déçoit de plus en plus, notamment dans sa partie dite culturelle qui ressemble plutôt à des plateaux gastronomiques. Mais que faire ? On prend ce qu’on veut bien nous donner.

Après ces amabilités dont chacun voudra bien tirer ce qu’il voudra bien en tirer, je fais un bref passage en revue des candidats et surtout de la situation générale :

a) L’abdication de François Hollande a entièrement faussé le débat. Personne ne veut parler de son bilan, nul ne veut s’en réclamer, le candidat de son parti, le PS, était l’un des frondeurs en chef, bref, rien n’est comme avant.

Et ce candidat frondeur n’a pas le soutien de son parti : l’ancien Premier Ministre va ailleurs, les députés en masse migrent vers un candidat style OVNI (ni droite ni gauche). Bref, cette décision de M. Hollande a fait de lui la véritable languette compensatrice de la balance électorale. Sans être là, il pèse pourtant sur tout.

Passons aux candidats.

b) Marine Le Pen, qui tenait tout le monde à distance, a reculé d’au moins trois points. Plusieurs raisons à cela, même si ses idées s’enracinent dans l’opinion.

Sa volonté de quitter l’institution européenne ainsi que l’Euro inquiète une partie de son électorat traditionnel, notamment les classes populaires et les retraités. Elle a fait de gros progrès, elle s’est imposée dans le débat politique nationale, ce qui n’est pas rien, mais le plafond de verre est là, tant qu’elle refusera d’avoir des alliés en vue de transformer l’essai du second tour.

Donc, je ne suis même pas sûr qu’elle sera la première au premier tour, ce qui était pourtant garanti.

c) François Fillon semblait être élu avant même que ne commence la campagne, quand la vraie campagne de calomnies l’a laminé pensant deux mois au moins. Cet homme, doté de qualités d’hommes d’Etat, aurait pu renoncer tant les attaques étaient fortes.

Il a été abandonné par les plus proches de ses lieutenants, il n’a pas été épargné par ses propres amis ; pourtant, il est reparti à l’assaut, a réorganisé son armée, a maintenu son socle et pourrait bien nous réserver une bonne surprise.

Mais sa situation a montré que notre pays était devenu plus dur, plus cruel et peu scrupuleux.

Pendant toutes ces semaines, ce candidat aux sérieuses références (malgré ses imprudences anciennes : on est en France pas aux USA !!!) n’a pas pu faire campagne et chaque fois qu’il était interrogé c’était au sujet de ses soi disant affaires.

Je passe aussi charitablement sous silence l’attitude d’une certaine justice qui pouvait presque donner l’impression qu’elle se laissait instrumentaliser.

d) Jean-Luc Mélenchon est la révélation de cette campagne.

C’est lui qui a fait le show, mais je doute que ses admirateurs deviennent ses électeurs.

Jamais il ne sera au second tour, jamais il ne pourra attirer les électeurs avec le programme qui est le sien.

Et les gens qui vont à ses meetings se rendent comme au théâtre. Je dois dire qu’un jour, au club de sports tout en m’entraînant, j’ai suivi la quasi-totalité de son discours ; j’étais étonné de moi-même.

Mais voila, il agissait comme un collègue, il était en piste au lieu d’être engoncé en costume cravate, enchaîné à un pupitre… Il avait bien présenté son affaire et avait travaillé chacune de ses formules chocs. Or, le travail récompense toujours : quand vous vous préparez bien, vous captez l’attention de vos auditeurs. Les gens n’aiment pas les discours d’analphabètes. Et Mélenchon est loin d’en être un.

e) Emmanuel Macron est un cas à part.

Je n’arrive pas à m’expliquer son succès auprès de ses admirateurs. Par contre, je dois bien féliciter son directeur de communication qui lui a prescrit la bonne ordonnance.

Mais quel parcours ! Banquier chez Rothschild, ce qui sous ma plume est loin d’être un reproche ou une injure, secrétaire général adjoint auprès du très sympathique Jean-Pierre Jouyet, ministre pendant un bref moment, il découvre avant tous les autres que le roi est nu.

Il a réussi à circonvenir celui qui avait circonvenu tous les autres. Quel coup de maître ! Sans aucune base électorale, il s’impose en quelques semaines en tête des sondages. Il est vrai qu’il y est arrivé, indirectement, grâce aux attaques ad hominem visant François Fillon.

Gagnera t il ? Les Français, vieux peuple de paysans au solide bon sens, enverront ils au palais de la présidence un homme non encore quadragénaire ? J’aimerais bien voir.

Mais je viens de la vieille école : les Français ne se font pas d’illusions sur l’éthique de leurs hommes politiques, mais ils n’aiment guère les traîtres et les ingrats ; or François Hollande, malgré tous ses défauts, fait ici figure de victime. Sauf si, magnanime, entre les deux tours il clame son choix en faveur de son ancien conseiller…

f) Fais-je preuve de cruauté en ne parlant de ce gentil Benoît Hamon qu’en sixième position ? M.M. Hollande et Cazeneuve ont fait le service minimum : le premier l’a reçu pour la forme, le second lui a rendu visite en lui rappelant cruellement qu’il devait réunir son camp. Alors qu’il savait que c’était mission impossible. Je prie qu’il ne descende pas plus bas que les 5% car à la crise morale le PS ajouterait une crise financière de grande ampleur.

Les petits candidats auraient dû s’abstenir mais je me réjouis qu’ils aient pu réunir leurs parrainages.

Bonne chance à tous.

Maurice-Ruben HAYOUN

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Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève

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