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Moshé

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De Barack Obama à Donald Trump: une transition des plus «inhabituelles»

Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc ni très fin politologue pour imaginer ce que diront les historiens, dans quelques décennies, du passage d’Obama à Trump. Il faudra du temps pour que le jugement porté sur l’actualité brûlante échappe enfin aux journalistes et tombe dans le creuset de la critique historique. Mais on peut déjà dire que cette transition, cette passation des pouvoirs, ne ressemble à aucune autre. Et que rien n’aura été épargné au nouvel occupant de la Maison-Blanche.

L’élection de Trump s’est faite contre vents et marées et a contrarié bien des plans, notamment élaborés par le clan Obama qui se voit contraint de changer de stratégie pour faire face à une situation que nul n’avait imaginée. Faisons une brève rétrospective pour mieux comprendre ce qu’il faut bien appeler la hargne du président sortant.

Tout a été fait pour discréditer, compromettre, salir, noircir Donald Trump. La chose la plus grave, je m’en tiens ici aux tentatives avant l’élection, fut la publication d’un enregistrement sonore où le candidat tenait des propos de vestiaires ou de corps de garde, concernant les femmes et la stratégie pour parvenir à ses fins avec elles. Ces propos furent publiés par l’un des plus prestigieux organes de presse des USA. Et cela n’a pas suffi pour barrer la route au vainqueur, prouvant ainsi que les grands organes de presse n’ont plus la confiance du citoyen ou de l’électeur moyen outre-Atlantique.

La seconde énormité, tout aussi inefficace, est due à l’ex future première dame des USA qui a laissé passer une rare occasion de se taire ; dans un passage à la télévision, elle a publiquement exprimé ses craintes concernant nos filles (our girls) si un tel homme parvenait à succéder à son mari. Et même cela n’a pas suffi puisque l’accusé a tout de même été élu. On se pose une question : est-ce que cette dame sera présente lors de la passation des pouvoirs au côté de son mari, le président sortant ? La décence l’interdirait, mais qui sait, le monde politique ne respecte pas les mêmes règles que la nature humaine ordinaire…

Après, l’élection de Trump, Barack Obama ne s’est pas calmé, tant sa déception, voire son amertume, était grande. Il a d’abord commencé par trahir Israël au Conseil de sécurité de l’ONU en s’abstenant, favorisant ainsi l’adoption d’une résolution condamnant gravement Israël. Est ce qu’une telle vengeance est digne d’un grand homme d’Etat ? Ignorait-il que de nombreuses organisations, gouvernementales ou non vont s’en saisir pour assigner l’État juif devant les juridictions internationales ? Ou bien, l’a-t-il fait en connaissance de cause pour se rappeler au bon souvenir de son ennemi juré, Benyamin Netanyahou ? Je l’ignore, mais le successeur a bien senti que son prédécesseur a tout fait pour le gêner, restreindre sa liberté de mouvement pour appliquer son propre programme et a donné son accord à la majorité républicaine au Sénat et au Congrès pour détricoter le fameux Obamacare…

Le 20 janvier 2017 risque de nous réserver bien des surprises. Mais essayons de percer au jour les intentions profondes qui guident B. Obama dans ces offensif tous azimuts en ces ultimes instants; car, d’habitude, traditionnellement, le partant part sur la pointe des pieds, s’abstient de gêner les premiers pas de son successeur et est même taxé de canard boiteux (lame duck) par la presse ; il gère ces dernières semaines sans prendre d’initiative majeure, bref il veille à ne pas gêner le nouveau venu à la Maison-Blanche. Obama a fait tout le contraire. Et il ne le cache pas, comme s’il ne parvenait pas à maîtriser son esprit revanchard et à le faire savoir.

Si je voulais introduire un peu d’humour dans cette affaire, somme toute, assez médiocre et digne des cours de récréation, je parlerais d’intentionnalité propre à Husserl, le père de la phénoménologie, ou de Levinas qui parle de conscience non intentionnelle, bien que ce soit le contraire chez Obama… qui a déployé une véritable visée dans cette affaire qui le touche au plus profond de lui-même. Alors, de quoi s’agit-il, qu’est-ce qui explique une telle rage ? Examinons ces interminables adieux du sortant, et notamment le tout dernier qu’il a prononcé à Chicago, la ville où tout avait commencé.

Laissons de côté l’autosatisfaction, l’autocélébration, alors que le bilan, notamment en matière de politique étrangère, est très mince, voire même négatif, puisque, rien qu’au Proche Orient, Obama s’est brouillé avec tous les alliés traditionnels des USA, a trahi Israël, son meilleur allié sur place et a été exclu par Poutine de la négociation sur la Syrie. Reconnaissons lui, tout de même, une légère embellie économique. Et concentrons nous sur un aspect passé quasi inaperçu dans ce discours d’adieu, un discours au cours duquel Obama a rendu hommage à sa femme, un hommage, certes, mérité, mais trop appuyé pour ne pas cacher ou révéler autre chose de plus important que le respect d’un mari pour son épouse.

L’élection de Trump a ruiné les espoirs de Barack Obama qui avait fait le calcul suivant : comme l’ancien président Bill Clinton a tout fait pour favoriser l’élection de sa femme Hillary à la Maison-Blanche, ce qui lui aurait permis d’y revenir et d’y rester de nouveau, Barack Obama voyait bien, sa propre épouse, après la parenthèse Clinton, revenir dans le bureau ovale, et lui avec elle ! Mais voilà, tous ces plans ont échoué et Obama va devoir penser à autre chose. Pour lui-même, la partie est finie, the game is over ; il va falloir trouver autre chose, mais quoi ?

En ces tout derniers jours qui sont particulièrement durs à vivre, Donald Trump a eu raison de tout, y compris du dernier assaut de ses ennemis : la note de synthèse d’un rapport étrange auquel les grands chefs du renseignement US ont conféré de la crédibilité en se donnant la peine de le synthétiser et de le faire parvenir au sortant et au nouvel arrivant… Comment justifier pareille chose ? Comment expliquer une telle initiative sinon par une intervention venant de très haut et visant, par dessus tout, à compromettre le nouveau président en le salissant lors d’une ultime tentative ?

Acculé, impuissant face à une offensive sur tous les fronts, Obama a aussi voulu restreindre la marge de manœuvre de son successeur dans son rapprochement avec Vladimir Poutine. Le dirigeant russe n’est, certes, pas l’homme le plus vertueux que la terre n’ait jamais porté, mais il est là, a imposé sa loi en Syrie, a annexé la Crimée, suscité des mouvements séparatistes dans d’autres régions de l’Ukraine, et commis un certain nombre d’autres actions sur lesquelles on doit jeter le manteau de Noé.

Mais à quoi sert la diplomatie, sinon à parler avec des gens infréquentables ? On ne pratique pas la diplomatie avec ses  amis, avec des gens bien sous tous rapports.

Avec Donald Trump, l’avenir du monde est gros de tant d’incertitudes mais voilà un homme qui veut tout changer, à commencer par le pouvoir exorbitant de l’establishment politique. IL veut rompre avec cette tradition qui consiste à se faire élire et une fois élu à ne pas respecter ses promesses. Après tout, on possède dans notre beau pays un ancien président qui a magnifiquement illustré cet insupportable cynisme (les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent !) Cette pratique politique touche à sa fin.

Le peuple US a donné raison à Trump, car il n’attend plus rien des partis traditionnels, c’est l’ancien monde qui disparaît, cet ancien monde que Barack Obama a la malchance d’incarner. Car il disparaît avec lui.

Maurice-Ruben HAYOUN

Jeudi soir, j’ai visionné à maintes reprises ce passage où François Fillon, sur une grande chaîne de télévision nationale, se déclare chrétien.

A lire les meilleures plumes journalistiques mais aussi à entendre les commentaires de quelques hommes politiques, y compris de droite, j’avais presque cru que le candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle avait fait, au sens propre du terme, une véritable « profession de foi » chrétienne à la face du pays tout entier.

En d’autres termes, qu’il aurait clamé et proclamé sa foi chrétienne militante, un peu comme le font certains représentants de l’athéisme militant.

C’était assez incroyable, d’autant qu’ayant observé de près ses faits et gestes durant les cinq années qu’il a passées à l’hôtel de Matignon, aucun indice ne laissait présager un tel changement.

En observant la mimique de l’ancien Premier Ministre, j’ai vu qu’il avait, tout en prononçant la petite phrase qui fait débat, porté sa main à sa poitrine, au niveau du cœur, comme pour souligner sa profonde sincérité… Ce dernier geste, personne n’a voulu en tenir compte.

Et toute la presse, écrite, parlée ou télévisuelle a emboîté le pas aux commentateurs qui y voyaient une impardonnable atteinte à la laïcité, érigée depuis quelque temps au rang de véritable religion avec ses dogmes, ses interdits et ses rites…

Sans solliciter le texte le moins du monde, il semble bien que François Fillon pensait à tout autre chose en rappelant qu’il est chrétien. Il faisait simplement allusion à un christianisme social qui florissait de l’autre côté du Rhin au milieu du XIXe siècle, et que les théologiens protestants avaient considérablement développé (Sozialchristentum).

François Fillon voulait dire qu’en raison de ses convictions intimes, jamais, au grand jamais, il ne brutaliserait les plus faibles, jamais il ne pratiquerait une politique antisociale. Rien d’autre. Et nous pensons que s’il avait pu s’imaginer une telle frénésie médiatique, il aurait, non pas, dissimulé ses convictions que chacun connaît, mais il aurait ajouté un commentaire destiné à éclairer les commentateurs.

Mais certaines questions se pressent sur nos lèvres car elles s’imposent à notre esprit : depuis quand est-il honteux de se dire chrétien en France ? Surtout lorsqu’il est question, non pas de la dogmatique chrétienne, mais du contenu social des Evangiles, dans le strict prolongement du Décalogue hébraïque. Le fait que ce soit l’auteur de ces lignes qui le rappelle ne manque pas de sel…

Résonnent encore à mes oreilles la question du défunt souverain pontife, lors des JMJ : France, qu’as-tu fait de ton baptême ? Après tout, la France est, nous dit-on, la fille aînée de l’Eglise. D’autres iraient jusqu’à rappeler que la France est laïque depuis un siècle mais chrétienne depuis le baptême de Clovis…

Toute notre littérature, nos moralistes, se sont abreuvés à ces mêmes fontaines. Dans un autre pays que la France, la remarque très personnelle et très sincère de Fr. Fillon, serait passée entièrement inaperçue. Il est vrai que l’Hexagone présente un profil très particulier.

Je me souviens de la phrase-choc de mon regretté collègue Bruno Etienne : La France est un pays catho-laïque!

Notre pays est parvenu à la paix religieuse; la loi de 1905 a mis fin à un insupportable cléricalisme mais elle n’a pas jeté par dessus bord les racines chrétiennes de la France.

On se souvient du contentieux franco-allemand à Nice du temps de Jacques Chirac et de Lionel Jospin quand nos amis allemands voulaient mentionner les racines religieuses et spirituelles de l’Europe (geistig-religiös) ; ils se heurtèrent à un niet définitif de la part des deux têtes de l’exécutif…

Le Je suis chrétien de Fr. Fillon a été mal interprété. Nul n’est partisan d’une ingérence religieuse dans la politique française mais on a parfois tendance à pousser très loin la haine de soi, car l’héritage chrétien ou judéo-chrétien de ce pays a imprégné toutes les strates de la vie sociale : je reste persuadé que c’est exactement ce que voulait dire Fr. Fillon.

Il y a de nombreuses années, le grand rabbin Jacob Kaplan, membre de l’Académie des Sciences Morales et Religieuses, avait donné une communication sur l’origine biblique de la Déclaration des droits de l’Homme. IL y trouvait la source dans le Décalogue et aussi, par voie de conséquence, dans les Evangiles.

Dans son recueil intitulé A l’heure des nations, le philosophe français Emmanuel Levinas rappelle dans un débat avec un évêque allemand, Mgr Hemmerlé, l’idéal de charité chrétienne prônée par les Evangiles : fermer sa porte à son frère humain venu implorer aide et assistance, revient à renvoyer Dieu…

Un dernier point : le juriste allemand qui s’était assez compromis, du moins au début, avec les Nazis, Carl Schmitt avait publié au début des années vingt un recueil de quatre conférences, qu’il intitula, Politische Theologie (traduite en 1988 aux éditions Gallimard).

En gros, il y démontrait la genèse religieuse du politique : la quasi-totalité des thèmes de la vie en société, disons toute la socio-culture d’un pays, baigne dans cette source archaïque (au sens grec originel et non pas suranné ou passé de mode) qu’est sa culture religieuse.

L’assurance-maladie, la solidarité entre les classes sociales, la préservation de la vie, l’institution judiciaire, bref tout ce qui illustre la profonde unité de l’humanité, y compris le droit d’asile et l’accueil, sous certaines conditions, des étrangers en détresse, tout ceci surgit d’un fonds religieux. Et le législateur civil a su réinsérer tous ces idéaux dans un milieu plus ouvert.

Levinas, déjà cité plus haut, parle en se fondant sur l’Etoile de la rédemption de Fr. Rosenzweig de notions pré-philosophiques qui gisent au fondement de la philosophie politique elle-même.

Parler de ses attaches religieuses, sans en faire toutefois le ressort exclusif de son action politique, n’est pas une obscénité. Loin de là.

Maurice Ruben HAYOUN

Emmanuel Levinas : Sur l’Alliance Israélite Universelle et son idéologie :
Le livre de A.H. Navon et l’Inspiration religieuse de l’AIU (1935)

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Les années trente ne furent pas de tout repos pour Emmanuel Levinas ; dès les premiers mois suivants l’arrivée d’Adolf Hitler à la chancellerie du Reich, il perçoit nettement la montée des périls sans pouvoir imaginer l’étendue de la barbarie à venir. Il cultive alors un genre quasi journalistique dans lequel il excelle, tant ses analyses sont solidement étayées. Et l’article consacré à Navon, auteur d’une histoire de l’Ecole Normale Israélite Orientale dont il fut la spiritus rector durant de longues années, de même qu’une autre présentation dédiée à l’idéologie de l’institution qu’il servira pendant des décennies, en font évidemment partie.

Le tout fut écrit entre 1933 et 1939. L’article sur le livre de Navon, quels qu’en soient les mérites intrinsèques, ressemble fort à une commande, à une préparation du terrain afin de parvenir un jour à la direction de l’ENIO où Levinas a commencé par être un simple surveillant. Ce qui n’enlève rien à la démarche légitime d’un jeune homme, reçu docteur par l’Université de Strasbourg, de préparer au mieux son avenir.

L’auteur couvre d’éloges celui qui dirigea l’institution avec distinction et autorité de 1911 à 1935. L’évocation des premières années de l’AIU est chaleureuse : les premiers pas remontent à la création à Tétouan de l’embryon du système scolaire. Cette première création sera suivie de tant d’autres mais toujours avec très peu de moyens, à Tanger, Fez, Volo, Damas et Bagdad. On notera qu’il s’agit principalement de villes arabes ou musulmanes, car l’Alliance se présentait comme le vecteur de la culture française dans ces pays du tiers monde, entendant poursuivre l’œuvre civilisatrice de la France.

 Au fond, si l’on s’en tenait au monde réel, ces excroissances n’auraient jamais pu survivre, mais comme l’écrit Levinas, acte de foi que le destin récompense : belle formule ! La bienveillance du baron Maurice de Hirsch va donner à l’institution naissante l’occasion de pérenniser son œuvre de bienfaisance. Peu de temps après elle s’installe pour toujours rue Michel-Ange vers laquelle afflueront des centaines de candidats..

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Levinas relève dans ce livre de Navon sur l’ENIO une initiative de génie :  puiser les instruments de la régénération dans la matière à régénérer.  En termes clairs ; former ici en métropole des éléments dont les plus brillants seront renvoyés d’où ils viennent,  sur place, pour former à leur tour d’autres candidats… Cela avait l’avantage de ne pas brusquer les gens et de favoriser une évolution sereine : c’est que les enfants des cités d’Afrique du Nord ou du Moyen Orient passaient en quelques mois ou en quelques années d’un univers à un tout autre univers, celui de la culture européenne et d’une société parisienne aux mœurs policées.

La même année, en 1935, Levinas fit paraître un texte plus théorique, intitulé «l’inspiration religieuse de l’Alliance.» Comme on le notait supra, ces années-là ne furent pas de tout repos pour la conscience juive d’Europe. Hitler siégeait à la chancellerie de Berlin depuis 1933 et les lois raciales allaient entrer en vigueur. Et dès les toutes premières lignes, Levinas souligne que les Juifs sont atterrés par ce qui se passe et par ce qui s’annonce dans le pays voisin. Ce n’est pas encore le terrible constat de Léo Baeck, l’histoire millénaire du judaïsme sur les bords du Rhin a vécu, mais Levinas sait avec certitude que les pires lendemains sont à craindre.

Il parle clairement de l’antisémitisme hitlérien qui, par son racisme biologique, a mis la conscience juive dans une situation sans précédent. Levinas a pris conscience du danger que représente le national-socialisme et ses lois raciales pour les Juifs allemands. Il ne pouvait cependant pas deviner que le nazisme se lancerait à la conquête de toute l’Europe pour y mener le plus grand génocide de tous les temps, la Shoah… Il a recours à des phrases terribles : le sort prophétique d’être juif devient une fatalité. On ne peut plus le fuir. Le juif est inéluctablement rivé à son judaïsme.

Les Juifs n’ont plus une Histoire dont ils seraient les acteurs, ils n’ont plus qu’un destin, un fatum auquel ils ne pourront pas échapper : il y a là une allusion  claire aux lois raciales de Nuremberg. Plus loin Levinas écrira que Hitler ne permet pas qu’on le déserte le judaïsme… Des millions d’êtres humains seront ravalés au rang de sous-hommes, victimes d’un horrible arbitraire. Mais ce ne sont là que des phrases introductives au sujet d’une actualité brûlante qu’on ne peut pas feindre d’ignorer ; ce qui retient l’attention de Levinas, c’est la voie que le judaïsme d’Europe et de France doit suivre pour survivre et aussi, se développer.

Et dans ce dispositif l’Alliance a toute sa place. Levinas va donc expliquer et justifier le chemin suivi par l’AIU depuis soixante-quinze ans. Ce qui est en cause, c’est l’antisémitisme, cette haine gratuite du juif, qui est, dit-il, indigne de réfutation. Cette idéologie inhumaine qui s’est emparée de toute l’Allemagne ne repose sur aucun fondement sérieux. Levinas le redira dans son compte-rendu d’un texte de Jacques Maritain  paru en mars 1938, une date à laquelle le sort des Juifs est déjà scellé, même si, dans leur écrasante majorité, ils l’ignorent encore. Certains d’entre eux, très peu, hélas, envisagent de partir tant qu’il est encore temps, notamment en Palestine mandataire ou dans de lointains pays comme la Chine.

Cet antisémitisme remet en question le choix fait par une grande majorité des Juifs d’Europe et aussi par la plus ancienne des institutions juives de France, l’AIU qui, par sa branche éducative, a œuvré en faveur d’une intégration des Juifs dans la cité. L’Alliance a considéré le judaïsme comme une communauté religieuse et non comme une communauté nationale, c’est-à-dire un peuple différent du peuple hôte. Il importe ici de ne pas commettre d’anachronisme ; cela ne signifie pas que l’Alliance combat le sionisme, on sait que l’historien Heinrich Grätz, le père de l’historiographie juive moderne, participera à un voyage en Terre sainte, organisé justement par l’AIU…

 Le choix de l’institution est dicté par l’urgence, et ce qui presse le plus, c’est l’octroi des droits civiques aux Juifs et leur admission en qualité de citoyens à part entière. Levinas l’énonce très clairement : La doctrine de l’Alliance ne reconnaît pas au judaïsme de lot oolitique propre. Il tempère cette attitude en faisant état des critiques dont cette attitude a fait l’objet : les partisans du nationalisme, c’est-à-dire les sionistes y voient une trahison (sic) tandis que les antisémites la dénoncent comme une hypocrisie…

Levinas se livre une nouvelle fois à une critique globale de cet irréligieux XIXe siècle (sic), coupable d’avoir opté pour une assimilation pure et simple, en se fondant de l’adoption par tous les pays d’Europe de l’Ouest, ou presque, des idéaux de 1789, prônant la liberté, l’égalité et surtout la fraternité du genre humain. Les partisans de cette utopie ou de cette illusion ont cherché à assurer la survie de la religion ancestrale en en faisant un vague monothéisme éthique, comme, par exemple, Hermann Cohen dans ses Écrits juifs ou plus encore, par l’érudit Julius Gutmann qui commençait son grand livre Die Philosophie des Judentums (Munich, 1933) par la phrase suivante : Le judaïsme est un monothéisme éthique (Das Judentum ist ein ethnographie Monotheismus). Les réflexes du juif de l’Est (Ostjude) de Levinas, qui conteste le choix de  l’assimilation par les Juifs occidentaux (expression très récurrente sous la plume de l’auteur dans tous ses écrits), n’ont pas disparu et sont même ravivés par l’évolution de la situation politique en Allemagne.

Ces idéologues de l’assimilation font fausse route. Levinas dit qu’ils méconnaissent le véritable esprit de la doctrine (la Tora). On doit rejeter cette idéologie de la facilité et de l’abandon : Que le catéchisme de l’Alliance ne soit pas celui du moindre effort ni celui de la déjudaïsation, son histoire est là pour le prouver. L’Émancipation, une valeur que Levinas accepte, mais sous réserve d’inventaire, ne doit pas émanciper le juif de son judaïsme ; ce serait alors un leurre de soi, voire un reniement, deux attitudes qu’un jeune Allemand, promis à un si brillant avenir dans une branche méconnue de la science du judaïsme, la kabbale,  allait dénoncer avec force. Nous pensons évidemment à Gershom Scholem et à son autobiographie, De Berlin à Jérusalem. Et pour Levinas, cet affranchissement ne se fait pas au détriment du sentiment religieux : la piété originelle transmise par le foyer familial dans sa Lituanie natale anime encore le jeune trentenaire qui se refuse à troquer son identité juive contre le plat de lentilles d’une culture européenne qui ne respecte pas ses promesses ni n’est demeurée fidèle à ses idéaux.

Employé de l’AIU qui lui permet de vivre et de nourrir sa petite famille, Levinas s’identifie peut-être un peu trop à une idéologie que les années de guerre et surtout la Shoah vont faire voler en éclats par la suite. Il écrivait, en 1935, dans ce texte sur l’inspiration religieuse de l’Alliance la phrase suivante : L’Alliance accepte le fait central, le fait fondamental de l’histoire juive : la sortie du Ghetto n’est pas devenue oubli de la diaspora. En d’autres termes, quitter le ghetto n’est pas synonyme de départ, d’abandon des pays où les Juifs vivent  depuis près de deux millénaires. Ce qui est une façon polie de renvoyer dos à dos les antisémites et les sionistes. Mais cette diaspora tient à une essence religieuse indispensable car sans idéal de reconstruction nationale du peuple d’Israël sur sa terre ancestrale, le judaïsme doit avoir un autre contenu, une autre essence, le sentiment religieux.

Cet attachement-là, cette ferveur religieuse, les Juifs ne sauraient en faire l’économie, sauf à se vouer à une disparition pure et simple. L’entité religieuse du judaïsme est la condition de la survie en diaspora : oublier l’essence religieuse du fait de la diaspora, c’est trahir l’essence même de l’histoire juive, renier un partage difficile mais admirable par les ressources d’amour et d’abnégation auxquelles il fait appel. C’est clore trop tôt l’Histoire Sainte (sic). Il n’est pas sûr que Levinas eût écrit la même phrase une décennie plus tard, en 1945, alors que l’Europe n’était plus qu’un immense champ de ruines et surtout un gigantesque cimetière juif. À ce moment-là, Levinas n’aurait jamais pu parler d’un sacrifice sans réserve de sa nationalité. La diaspora, poursuit-il, est une résignation active, les Juifs ne doivent pas rester repliés sur eux-mêmes, ils doivent œuvrer aux côtés des peuples au sein desquels ils vivent.

Sous les coups de boutoir d’un zèle convertisseur chrétien déployé avec une incroyable assiduité, de nombreux Juifs, y compris des rabbins, notamment libéraux, et des présidents de communautés françaises, considéraient que l’adoption par les États chrétiens des principes du Décalogue et des prophètes sonnait le glas de la mission morale du judaïsme. Mais Levinas ne souhaite pas préparer les obsèques du judaïsme ; il précise qu’il lui reste une partie religieuse à jouer : elle lui assurera le renouveau de sa signification et de sa pureté originelles…

La sécularisation qui a étendu sa domination sur toute l’Europe a favorisé la naissance de deux idéologies très différentes : l’assimilation, d’une part, prônée dès 1912, par exemple, par Ernst Lissauer, et le sionisme qui plaidait en faveur du sentiment national. Et voici ce qu’en conclut Levinas à la fin de ce texte si dense : Deux voies dans lesquelles l’Alliance s’est toujours refusée d’entrer. Elle resta fidèle à une  vocation plus antique. En proclamant que le judaïsme n’était qu’une religion, elle demanda aux Juifs plus, et non moins, que le nationalisme juif, elle leur offrit une tâche plus digne que la judaïsation.

Par la suite, Levinas va évoluer vers une attitude plus favorable au sionisme et à un soutien indéfectible à l’État d’Israël qu’il défendra de toutes ses forces. Jeune trentenaire, il est resté fidèle, dans une situation politique donnée, aux enseignements de rabbi Yohanan ben Zakkaï qui, quittant par un célèbre subterfuge une Jérusalem assiégée par les Romains, alla dire à Titus que son judaïsme de Yavné ne serait plus qu’un culte religieux et quittait l’arène politique mondiale.

Levinas reste aussi fidèle aux conceptions de Rosenzweig qui, depuis sa thèse sur la philosophie politique de Hegel, se méfiait de toute structure étatique.

Maurice Ruben HAYOUN

L’autisme, outil de la puissance en Israël

La seule France compterait près de 400 000 personnes présentant un trouble du spectre autistique. L’autisme, dont les formes sont des plus diverses, demeure pourtant mal connu, la culture de masse propageant généralement une image bien éloignée de la réalité, à l’exemple du célèbre personnage de Rain Man. Un autiste de type Asperger ne présente par exemple ni retard dans l’acquisition du langage, ni retard intellectuel, qui peut s’avérer surdoué dans une minorité de cas. L’altération des interactions sociales, la difficulté à assimiler les codes sociaux, à comprendre les intentions de l’autre, à saisir le sens de ses expressions, comme le caractère restreint des activités et des intérêts, pèsent certes lourdement sur la destinée de tous les autistes. Mais quelle signification le corps social peut-il conférer à une telle singularité, et réciproquement ?

Si 1 % des autistes sont socialement intégrés en France par l’exercice d’une activité professionnelle, les forces de défense israéliennes conduisent depuis plusieurs années l’intégration d’éléments autistes au sein du programme Roim Rachok (« voir loin, prévoir »).

Sélectionnés en raison même de leur singularité cognitive, de leur tendance à l’obsession, à la répétition, au perfectionnisme, de leur capacité à s’isoler de l’environnement pour se livrer intégralement à une unique activité, ceux-ci servent au sein de l’Unité des Renseignements 9900, spécialisée dans la cartographie et l’analyse de photographies, comme au sein du Corps de l’Armement. En d’autres termes, leur tendance à se focaliser sur un détail, par exemple lors de l’analyse d’une image satellitaire d’un ensemble d’immeubles dans la bande de Gaza, est tenue pour une source d’efficience militaire.

Le rapport aux « minorités radicales », à l’exemple des autistes, découle ici secondairement de l’adoption d’un regard bienveillant. Il découle moins encore d’une idéologie humanitaire tendant à la survalorisation de toutes les formes de handicap, incluant finalement les déviances volontaires et militantes. Le rapport aux véritables minorités, radicales, est l’une des manifestations de la nature même d’Israël. Etat aux territoires et au statut discutés, Israël réalise par nécessité la synthèse précaire entre le pragmatisme, le culte de l’efficience, l’affirmation sans complexe d’une idéologie dont la base demeure ethno-confessionnelle, et le souci de ses différentes composantes communautaires au sein d’une véritable démocratie pluraliste.

De ce point de vue, Israël se présente et comme une parcelle de la Silicon Valley, et comme une pousse moyen-orientale du nationalisme romantique européen de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, susceptible de cultiver une revendication territoriale assumée et de produire une série à succès comme pilpelim tseoubim (« poivrons jaunes »), mettant en scène une famille dont le fils est autiste. Une famille qui, comme il se doit, ne réside pas dans un appartement banal de la banlieue de Tel-Aviv mais dans un moshav, une communauté agricole coopérative, l’État mettant à disposition des fermes la terre qu’elles exploitent. Un symbole évident puisque les moshavim, originellement promues par les sionistes socialistes, n’abritent aujourd’hui que 3% de la population israélienne – l’autisme concernant 1% de la population. Faut-il y voir l’idée que l’existence de chaque Israélien, y compris le plus fragile, importe intrinsèquement à l’État comme accomplissement de l’idéologie sioniste ? Il n’y a qu’un pas à franchir pour le conclure.

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Si certains autistes sont donc sélectionnés par l’armée israélienne en raison même de leur singularité, de leur appartenance à une « minorité radicale », il est possible d’y percevoir une manifestation remarquable de l’actuelle « idéologie israélienne ». La manifestation d’une adaptation du sionisme confronté à l’impératif de l’efficience pour la survie, tandis que les neurosciences et la génétique connaissent un important développement. L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, par laquelle il est possible d’observer l’activité cérébrale, permet déjà de distinguer les cerveaux de personnes autistes de ceux d’individus moyens. Un champ de recherche en train de s’ouvrir, alors que progresse la compréhension des origines, en particulier génétiques, des différentes formes d’autisme. En 2012, une recherche menée au sein de l’Université de Jérusalem a pu montrer que les mutations et variations les plus fréquemment observées chez les autistes se situent dans des groupes de gènes spécifiques, les mêmes variations s’observant au sein des familles touchées par un ou plusieurs cas d’autisme. A court terme, deviendrait possible un dépistage précis et massif, sinon systématique, s’inscrivant dans un large contexte, dépassant la simple dimension médicale.

Il est certes possible de postuler que l’intérêt pour les singularités dont la diverse société israélienne est porteuse ira croissant au sein de l’Etat hébreu. Il est possible de spéculer sur les répercussions de nouvelles découvertes, sur leur exploitation au sein du système d’éducation et du complexe défensif israélien, lequel inclut indirectement de nombreux pans des activités civiles conventionnelles. Il convient cependant de relativiser les moyens matériels dont dispose l’État hébreu, en dépit de son dynamisme. Si Israël consacre plus de 4 % de son PIB en Recherche/Développement, contre 2,2 % pour la France, son PIB demeure près de 10 fois inférieur à celui de la puissance hexagonale. Mais la mentalité et « l’idéologie française » dominantes permettent-elles seulement d’envisager l’autisme en certaines de ses formes, comme un outil de la puissance ? La disproportion des moyens n’a ici d’égale que la disparité des présupposés et des objectifs.

Benjamin Wirtz

On a déjà rappelé ici même que la révolte de mai 68 avait quelque peu mis à mal les enseignements éthico-religieux de deux  grands maîtres philosophes de l’université française qui avaient réinséré l’idée de Dieu dans leur enseignement. Un étudiant gauchiste allant jusqu’à dire qu’il ne s’asseyait pas sur les bancs de la faculté de philosophie pour écouter les prêches d’un rabbin  et d’un pasteur.

Dans l’excellent recueil publié par Levinas en 1982 sous le titre évocateur  L’au-delà du verset : Lectures et discours talmudiques, on lit aux pages 107 à 122 une excellente leçon (dédiée justement à Paul Ricœur pour ses soixante-cinq ans), intitulée Du langage religieux et de la crainte de Dieu.  Et ce texte, si profond et si séminal, est tout sauf de la littérature d’édification, car Levinas y scrute les replis les plus intimes du langage religieux, notamment lorsqu’il s’adresse à Dieu ou porte sur Lui. En effet, comment tenir un discours philosophique, discursif sur Dieu ? On peut tout juste adresser un discours à Dieu ; cela s’appelle une prière et a donné naissance dans toutes les religions à une liturgie. Mais voilà, tout discours humain s’adressant à la transcendance ou portant sur elle est intrinsèquement inadapté ou manque, au moins partiellement, sa cible.

La tradition talmudique qui s’est donné pour mission d’interpréter de manière intelligible la Révélation et ses documents (en l’occurrence les vingt-quatre livres de la Bible hébraïque) n’a pas été aveugle au sujet des insuffisances du discours humain, notamment appliqué à Dieu, donc, aux limites infranchissables de toute langue. C’est pour cette raison que les érudits des Écritures ont frappé la formule suivante qui circonscrit précisément le domaine de l’exégèse : La Tora s’est exprimée dans le langage des hommes… Et ce canon exégétique est mentionné presque une vingtaine de fois dans le Talmud de Babylone.

Que faut-il en entendre ? Cela : que les inconséquences, les contradictions et les inadéquations de la Tora portant sur Dieu et sur l’essence divine en général ne lui, sont pas imputables mais affectent simplement notre médium linguistique, dont nous sommes tributaires et qui est le seul dont nous disposons. La question a dû se poser et c’est pour cela que la tradition s’est chargé d’y répondre. Cette même tradition a érigé un autre principe exégétique en vue de préserver le contenu positif de la Tora, les commandements, les prescriptions et les interdits, d’un recours excessif à l’interprétation allégorique. Laquelle vidait la Bible de son contenu comme le fit Saint Paul avec sa tendance foncière à l’antinomisme. Le principe s’énonce ainsi : Aucune référence scripturaire, aucun verset biblique ne peut être privé de son sens littéral ou obvie.

La longue citation talmudique adroitement choisie par Levinas dans cet hommage à son collègue Ricœur se trouve à la fois en Berachot 33b et en Meguilla 25a. Elle montre précisément les limites du langage religieux et traite aussi de l’amour et de la crainte de Dieu. Comme d’habitude, le style lapidaire et très ramassé du Talmud nécessite une lecture patiente et attentive. Il s’agit de trois interdits ou de trois usages que les maîtres désapprouvent dans le domaine liturgique. L’homme qui récite ses prières, donc l’orant peut en rajouter, pensant bien agir et trouver l’agrément de Dieu, alors, qu’en réalité, il offense, par son attitude arbitraire, plus ou moins gravement, l’essence divine.

Un verset du Deutéronome (22 ;6) énonce une loi assez incompréhensible : Si, tu rencontres en ton chemin un nid sur un arbre ou à terre, de jeunes oiseaux ou des œufs,  sur lesquels est posée la mère,  tu ne prendras pas la mère avec la couvée ; chasse la mère et prends pour toi les oisillons. Si tu agis ainsi, tu seras heureux et tu verras tes jours se prolonger. Les exégètes se sont largement interrogés sur l’arrière-plan de ce commandement et le Talmud cite une explication qu’il rejette, car elle s’énonce ainsi : Seigneur Dieu, jusqu’où n’atteignent pas tes sentiments miséricordieux… Le Talmud n’hésite pas à dire qu’il faut faire taire un tel commentateur. Pourquoi on le verra plus bas.

La deuxième inconvenance (terme que Levinas semble affectionner tout particulièrement) à éviter consiste à  rappeler le nom divin pour les bienfaits accordés.

Enfin, la troisième interdiction porte sur la répétition d’une formule de reconnaissance et de gratitude,  (modim anahou lakh, modim anahnou lakh) insérée dans le corps de la liturgie quotidienne, appelée les dix-huit bénédictions (Shemoné esré).

Ces trois exemples sélectionnés par le Talmud, mettent en lumière les limites du langage religieux où des demi savants, croyant bien faire, se fourvoient entièrement. Avec sa sagacité habituelle, Levinas résume la problématique qui nous occupe : Qu’est donc la piété par laquelle le parler-à-Dieu ou la prière est possible en vérité ? Voilà, le thème de notre texte si formaliste en apparence.

Dans ce cas, le plus déroutant car il porte sur le nid d’oiseau, on peut penser que les talmudistes n’ont pas voulu opposer le principe sacro-saint de la justice à un sentiment plus trivial, et typiquement humain, celui de la préférence. Ce qui est frappant, c’est le caractère apparemment anodin de ce texte derrière lequel un regard scrutateur et intelligent décèle de graves problématiques. Certes, on pourrait donner une interprétation plus terre à terre : la mère donnera naissance à d’autres oisillons, ce qui démultipliera la faune et donc les ressources de la consommation humaine : s’emparer de la mère, c’est pourvoir à l’immédiat, au court terme, et non au long terme. Mais les talmudistes n’ont que faire de cette explication économico-écologique.

Après le nid d’oiseau, il y a autre chose que Levinas nomme à l’aide d’une belle formule, les impossibles louanges. Ce qui nous ramène au cœur du sujet. La question porte sur l’existence ou la proscription des louanges de Dieu dans le langage religieux en tant que tel. On en a presque le vertige, car comment l’homme pourrait-il communiquer avec Dieu (si tant est que cela soit possible) sans adresser la moindre louange à celui qu’il considère, à tort ou à raison, comme son créateur ? Et rav Hanina partage cet avis et ordonne donc de proscrire.

En voici l’arrière-plan : Deutéronome 10 ; 17 met dans la bouche de Moïse, les attributs divins suivants : le Dieu grand, vaillant et redoutable. Et cette triple formule a été reprise dans les premières lignes des Dix-huit bénédictions déjà citées plus haut. Mais voici que rav Hanina, encore lui, entend prier l’un de ses voisins qui croit servir l’honneur de Dieu en surajoutant à ces trois attributs une multitude d’autres… Le sage attend que son demi-savant de voisin ait fini sa prière. Il ne l’interrompt donc pas, mais lui dit fermement sa façon de penser : il corrige les vues erronées de son voisin par la parabole suivante : pour bien montrer que le langage religieux ne parviendra jamais à transcender certaines limites, il dresse la comparaison suivante : imagine un roi de chair et de sang qu’on louerait pour ses milliers d’écus d’or avec la somme correspondante mais en écus d’argent ! Contrairement à ce que tu penses, tu  n’exaltes pas Dieu avec tes ajouts et tes hyperboles, tu le réduisEt le sage de conclure ainsi : même les trois attributs divins (grand, vaillant, redoutable) n’auraient jamais été repris par la prière s’ils n’avaient pas été prononcés par Moïse, notre maître…

Cela rappelle un passage du Guide des égarés de Maimonide lorsque cet auteur parle des attributs divins ; il reprend la même image talmudique, en passant du métal le plus précieux, l’or, à un autre qui l’est bien moins, c’est-à-dire l’argent. Maimonide désapprouvait cette accumulation de superlatifs, car tous les attributs devaient se confondre avec l’essence divine. Faute de quoi, cela porterait atteinte à l’unité divine absolue. Il avait donc adopté, comme ses partenaires chrétiens, la fameuse via negativa : Dieu est bon, non pas par la bonté, mais en vertu de son essence exclusivement, Dieu est sage, miséricordieux, omniscient, omnipotent, le tout non point par des attributs qui se surajouteraient à son essence mais per se (en soi).

Ce folio talmudique analysé par Levinas arrive à la même conclusion, mais sans transiter par la spéculation philosophique. D’ailleurs, ni dans le corps du texte ni dans les quelques notes en bas de page, Levinas ne mentionne pas Maimonide. Je reprends donc la sage conclusion de Levinas : N’étaient les nécessités de ces institutions, n’était le petit nombre d’hyperboles admises, n’était l’autorité de ces maîtres, les louanges de Dieu comme langage religieux seraient intolérables.

Passons enfin à l’autre texte qui proscrit de rappeler le nom divin pour rendre grâce de ses bienfaits. Rav Hanina, toujours lui, est partisan de l’interdiction, car cela pourrait donner lieu à des vues hétérodoxes : si on remercie Dieu pour le bien, quid du mal ? Irait-on jusqu’à l’attribuer à une autre instance suprême, sombrer dans le dualisme manichéen ? Les sages s’en réfèrent  à deux versets du livre de Job (1 ;21) : Dieu avait donné, Dieu a repris, que le nom de Dieu soit béni… Un autre verset tiré du même livre, est encore plus explicite : nous accepterions de Dieu ce qui est bien et nous n’accepterions pas ce qui est mal ?

Tout en étant conscient des déficiences du langage dans sa relation à Dieu et dans la relation des hommes à Dieu, les sages conçoivent que ce médium serve à définir les deux attitudes religieuses les plus courantes : la crainte ou l’amour de Dieu. C’est un thème majeur de la théologie juive, car il est resté présent à toutes les époques depuis les spéculations talmudiques et se retrouve aussi bien chez Maimonide que chez ses commentateurs. Un sage talmudique, Rabbi Sim’on tient à l’idée que celui qui respecte les interdits, retient sa nature propre s’acquiert autant de récompense que celui qui a accompli un commandement positif. Citons Levinas :  L’humain commence là où cette vitalité en apparence innocente mais virtuellement meurtrière est maîtrisée par des interdits La civilisation authentique… ne consiste-t-elle pas à retenir le souffle de la vie naïve et à rester « pour la postérité et jusqu’à la fin de toutes les générations ? » Car pour notre philosophe, l’éthique n’est pas un simple corollaire du religieux, mais représente l’élément le plus originel de la transcendance.

Selon rav Hanina, c’est la crainte de Dieu qui vaut le plus, nonobstant tout ce que l’on peut dire de l’amour. Mais la crainte, elle-même ne vient pas de Dieu qui en a pourtant besoin ; or, il ne peut la recevoir que de l’homme. Un verset connu d’un traité talmudique, Pirké Abot, véhicule cette pensée de manière fort éloquente : tout dépend du ciel, hormis la crainte du ciel. En bon philosophe qui a lu Kant, Levinas y voit une réaffirmation du principe de l’autonomie du sujet moral qui ne se voit pas imposer la crainte de Dieu, ce qui serait de l’hétéronomie…

C’est peut-être là tout le secret de la relation à Dieu et du discours religieux…

Maurice Ruben HAYOUN

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France's Interior minister Manuel Valls and Chief rabbi of France Gilles Bernheim and Joel Mergui President of the central Consistaury inaugurate of the Big Synagogue of Mulhouse and reveals a commemorative tablet further to the fire.Mulhouse East of France the 2/09/2012

Après le retrait de François Hollande, Manuel Valls a-t-il encore une chance? Réflexions sur le parcours d’un jeune homme pressé…

À l’évidence, le temps politique, le temps partisan, n’a rien à voir avec le temps philosophique ou discursif. On le savait depuis Socrate et ses dialogues platoniciens. On ne raisonne pas dans le domaine politique, à nul leader de parti n’incombe la charge de la preuve, il suffit d’agir, de frapper vite et fort.

De l’actualité brûlante de ces pratiques, Manuel Valls vient de nous fournir une nouvelle fois la preuve. Sitôt parti de l’hôtel de Matignon, il réunit autour de lui, le même soir, un peu plus de cent cinquante parlementaires PS. Les mauvais esprits pensent que ces braves gens ont peu de chances de survivre au raz-de-marée qui les attend lors des élections législatives  et de mauvaises langues n’hésitent pas à le répéter un peu partout…. Ils voient en Manuel Valls la seule planche de salut et s’y accrochent.

Est-ce que Manuel Valls a la moindre chance d’être élu président de la République en mai 2017 ? Je ne vais pas prophétiser même si dans ma confession, on parle volontiers de l’inhérence prophétique, c’est-à-dire de l’infaillibilité du message divin qui transite par le truchement d’un substrat humain, en l’occurrence le prophète. Il faudrait un énorme miracle pour que cela se produise. Vous voyez, on nage dans le vocabulaire religieux.

Mais examinons un peu les événements récents, sans remonter au temps où ce jeune immigré espagnol faisait la queue à la préfecture de police de Paris pour sa carte de séjour. Quelle revanche pour le futur ministre de l’Intérieur ! Cela vous requinque un homme, même si plus tard il sera Premier Ministre !

Manuel Valls a fait plier le président Hollande deux fois : Une fois pour remplacer Jean-Marc Ayrault à Matignon et la seconde fois pour le remplacer, lui-même, à l’Elysée. Dans les cas, il a réussi son coup. Mais continuera-t-il à avoir la baraka ? Si l’on peut comprendre la démoralisation du président et sa volonté, par lassitude, découragement, voire écœurement, de se retirer du jeu, on ne voit pas très bien comment le PS va se ranger derrière M Valls pour la bonne raison que sa personne et surtout son programme s’écartent tant de la voie tracée par la rue de Solférino. On a bien vu que l’actuel premier secrétaire penchait vers le Premier ministre démissionnaire, mais cet homme n’est peut-être pas l’homme le plus persévérant, ni le plus constant de France…

Et puis il sait, lui, parfaitement bien, ce que donnent les sondages. Et enfin, Valls a en face de lui, ses anciens ministres, décidés  à le combattre férocement : c’est pourquoi la première chose à faire est de passer victorieusement les primaires. Or, rien n’est moins sûr. Ils sont presque sept à se présenter, et tous sont contre lui, il y a même un risque de regroupement au second tour, entre deux à quatre candidats, ce qui serait fatal à M. Valls.

Enfin, il y a J-L Mélenchon, Emmanuel Macron et aussi, sur un autre plan, car non déclaré, l’animosité foncière de Martine Aubry. Personne n’oublie que le candidat veut en finir, une fois pour toutes, avec les trente-cinq heures. Et il n’a peut-être pas tort. Mais la maire de Lille laissera-t-elle détricoter son œuvre sans broncher ? J’en doute fort.

Et puis il y a Macron qui a trompé tout le monde sur ses intentions, ses projets et ses visées. Fr Hollande a prouvé, dans ce cas précis, qu’il n’était pas le diable calculateur et machiavélique que l’on croyait. Il a accordé sa confiance à quelqu’un qui l’a trahi… Mais il ne faut pas écarter l’hypothèse suivante : Hollande a fait venir Macron au gouvernement pour le mettre en concurrence avec Valls dont il avait (lors de sa fameuse décoration), discerné les ambitions présidentielles à peine dissimulées.

Le drame du pouvoir. Dans toute cette affaire, ce qui me gêne le plus (mais c’est peut-être mon penchant pour la philosophie idéaliste), c’est le piétinement des valeurs morales. On a assisté à une ligature, un empêchement du président de se représenter en faisant flèche de tout bois. Et je pense que les Français, peuple animé d’un solide bon sens paysan, ne l’oublieront pas. Même si le président actuel n’avait pratiquement aucune chance de redresser la barre. Inconstance, versatilité de l’opinio communis : Fr. Hollande remonte dans les sondages…

Manuel Valls sait-il que les Français ont la mémoire longue ? Probablement. Certains pensent qu’il veut, dans un premier temps, s’assurer du parti et repartir à l’assaut de la présidence, en 2022. D’autres pensent qu’il redoute l’avance de Macron qu’il considère comme son véritable challenger. D’où son empressement …

La politique, c’est très compliqué.  Mais les abus accumulés durant si longtemps ont conduit les peuples à se défier de leurs élites. L’effet Trump se fera sentir partout.

Mais la démocratie, telle qu’on l’a connue jusqu’ici, y gagnera-t-elle ? Ce n’est pas si sûr…

Maurice Ruben HAYOUN

mrh-petit-a

À des heures qui ne sont ni du jour ni de la nuit…

En étudiant de nouveau le recueil séminal d’Emmanuel Levinas, L’au-delà du verset, qui regroupe de nouvelles études talmudiques ainsi que d’autres textes plus théoriques, notre attention est retenue par une conférence, la première, intitulée Le modèle de l’Occident est fondé sur le traité Mena hot (fol. 99b-100a).

Fidèle à son habitude, Levinas commence par confesser sa faiblesse en science talmudique et sa gêne de s’exprimer devant des auditeurs qui en savent bien plus que lui. C’est trop de modestie, car même si ce ne fut pas un talmudiste émérite, ses commentaires philosophiques lui confèrent une indiscutable légitimité en la matière.

Le sujet ici porte sur la pérennité, la constance prescrite par Exode 25 ;30 et selon lequel les deux pains de proposition (léhém ha-panim) doivent être posés devant Dieu toujours… (le-fanaï tamid). Les sages s’interrogent sur cette notion de permanence et constatent qu’il y a un changement des pains le matin et le soir. Les sages concluent que l’essentiel est que la table ne passe pas la nuit sans pain.  Notez bien qu’il est question ici du jour et de la nuit, car cela est indispensable pour  comprendre ce qui va suivre.

La Guemara donne alors la parole à Rav Ami qui introduit une nouvelle notion de permanence qui s’en réfère à un verset du livre de Josué lequel recommande d’étudier le livre de la Torahh de jour comme de nuit. Devons nous comprendre, dit-il,  que si quelqu’un se contente d’étudier un chapitre le matin et un chapitre le soir, il a accompli l’injonction contenue de ce verset de Josué qui stipule : que ce livre de Torah ne quitte jamais (lo yamouch séfer ha-Torahh hazé mipikha) tes lèvres. Un autre sage élargit le périmètre en disant que si un homme se contente de réciter le schéma’ Israël le matin et le soir, il a correctement accompli le commandement en question (que la Torah de Dieu ne quitte jamais tes lèvres).

C’est alors que ce folio talmudique arrive à ce qui lui tient à cœur, sans même ménager le moins du monde la transition. On parle d’étude de la Torahh, une étude perpétuelle comme il existe une prière perpétuelle. Ce qui veut dire, en principe, à l’exclusion de toute autre chose. Et c’est à cet instant précis que la Guemara pose la question qui lui tient à cœur.

Pour ce faire, elle donne la parole à un dénommé Ben Dima qui est tout de même le fils de la sœur de Rabbi Ishmaël, le grand maître qui a posé le premier canon herméneutique de l’Ecriture. Et voici verbatim ce que dit ce personnage :

  Un homme comme moi qui a appris toute la Torahh, qu’en est-il pour lui de l’étude de la sagesse grecque ? Son oncle Rabbi Ishmaël lui cite en guise réponse le verset suscité de Josué : que ce livre de la Torah ne quitte jamais tes lèvres et que tu la médites de jour comme de nuit (Josué 8 ; 1) 

Et le sage oncle de poursuivre en ces termes : trouve-moi une heure qui ne soit ni du jour ni de la nuit et alors tu peux étudier la sagesse grecque…

On voit que derrière la notion de permanence, de continuité insécable, se cachait toute autre chose ; même les pains dits de proposition qui devaient se trouver en permanence  devant Dieu NUIT ET JOUR ne sont pas pris dans leur sens obvie. Il s’agit de la force nourricière de la Torahh, de sa capacité à nourrir son homme, comme la sagesse (ha-khochma tehayyé ba’aléha) 

On va voir infra que le Talmud veut réaffirmer la prééminence de l’humain sur le matériel, la terrestre, la consommation. Certes, comme le fit remarquer ironiquement Voltaire, l’homme ne vit pas que de pain mais il en vit tout de même, mais la Torahh constitue encore la raison d’être du monde et de l’homme. Il ne faut pas que l’homme soit asservi à nature charnelle qui lui impose des devoirs auxquels il ne peut se dérober, sans mettre en péril son existence même.

Mais devons nous comprendre de la réponse de Rabbi Ishmaël que l’étude de la sagesse grecque est une pure perte de temps pour un Juif pieux ? C’est très improbable puisque la Guemara, elle-même donne la parole à d’autres sages qui tempèrent le jugement rigoureux de Rabbi Ishmaël. Un autre sage dit que ce verset de Josué n’est ni une obligation, ni un commandement, c’est simplement une bénédiction. Cette reclassification change tout, la perspective n’est plus la même. Pour asseoir sa nouvelle interprétation, le sage cite un autre verset de la Torah qui se lit en Exode 33 ;11 :  Mais Josué fils de Noun, son jeune serviteur, ne quittait pas l’intérieur de la tente. Le midrash nous donne l’interprétation suivante : Dieu lui dit : Josué, tu aimes tellement les enseignements de la Torahh que ce livre de la Torahh ne quitte jamais tes lèvres !

Résumons nous : le concept structurant de ce passage talmudique n’est autre que la permanence, la durée sans la moindre discontinuité. On commence par parler des pains de proposition, placés en permanence devant Dieu, remplacés le matin et le soir afin que la table ne soit jamais vide durant la nuit et on en arrive à l’étude de la Torahh qui devrait être pratiquée à toute heure du jour et de la nuit, ce qui pose le problème de l’exclusivité de la culture religieuse et pose, ipso facto la question du statut de la culture grecque. Or, on se rappelle que le titre de cette lecture talmudique de Levinas est : Modèle de l’Occident. Et sur quoi repose t il cet Occident ? Quelle est donc la culture qui gît à son fondement ? La culture grecque ! Il faut, dans ce prolongement, mieux cerner les rapports entre la culture juive et le monde moderne… Même la religion chrétienne, la foi de l’Occident, peut être considérée comme une excroissance de la culture grecque.

Faut-il s’en garder ? C’est là toute la question. Que signifie pour le judaïsme, la permanence,  le toujours ? Existe t il une cohabitation entre la Torahh et la culture grecque ? Peut-on cultiver les deux ? En d’autres termes, Israël peut il obéir à sa vocation religieuse tout en vivant dans un univers configuré par les concepts grecs (Socrate, Platon, Aristote, etc..) ?

Levinas considère que la présence de la question du savoir grec dans une telle discussion sur  la permanence de l’étude de la Torah de Dieu et que l’adjonction des pains de proposition n’est pas le fruit du hasard. Le pain est aussi ce qui aide l’homme à combattre la famine, à manger à satiété, mais il symbolise aussi la société de consommation, même s’il renvoie immanquablement à Joseph, vice-roi sauveur d’une Égypte pharaonique menacée  par la disette.

Voici la remarque de Levinas : Y a-t-il accord ou décalage entre  l’Occident préoccupé de consommation et la sensibilité religieuse du judaïsme, inscrite dans la structure du sanctuaire (les tables de marbre et d’or où sont posés les pains de proposition) ? 

Levinas note avec justesse que nous passons de la table des pains à la table de l’étude de la Torah, de la permanence des objets à la permanence de la Torah en nous, cette Torah qui ne doit jamais quitter nos lèvres…

Il s’agit encore et toujours de cette permanence qui se concrétise cette fois dans un contexte d’élévation spirituelle : dans l’étude et dans la liturgie. Dans le judaïsme, la maison d’études (Bet ha-midrash) prend le pas sur le Bet ha-Kenesseth, la synagogue, l’oratoire… Levinas préfère y voir, quant à lui, une fusion unique en son genre et qui ne se retrouve que dans le credo d’Israël où la valeur de l’étude revêt un caractère quasi sacré.

Mais revenons à la question fondamentale de Rabbi Ishmaël : puisqu’on ne peut pas trouver d’heure qui ne fasse partie ni du jour ni de la nuit, doit on exclure la sagesse grecque de l’univers juif ?

C’est peu probable, en tout cas, parfaitement irréaliste. Rabbi Ishmaël a probablement voulu répondre de manière radicale à la question un peu prétentieuse de son propre neveu. Peut-être dénonçait-il l’absence de toute référence à Dieu dans la sagesse hellénique. Peut-être dénonçait-il cette rhétorique trompeuse, cette sophistique contre laquelle, Levinas le rappelle, Platon, lui-même, luttait… Et pourtant, il était le plus beau fleuron de la sagesse grecque.

Il ne faut pas oublier qu’au moment où Levinas prononçait cette conférence, les relents de mai 68 étaient encore très forts en France et dans l’Europe qui ne vivait pas sous l’emprise de l’URSS, on ne jurait que par l’humanisme, mais un humanisme typiquement hellénique, détaché de toute attache divine. Pour Levinas, c’est tout le contraire de l’humanisme de la Torah. On retrouve aussi une constance de la pensée de ce maître : ce n’est pas l’ontologie, science grecque, de l’être qui compte, la vraie philosophie première, c’est l’éthique, la relation à l’autre homme, la prise en compte de son visage qui nous implore de ne pas l’écraser, de le laisser vivre, voire même d’être responsable de lui, de devenir son otage. Même si je trouve comme Paul Ricoeur que c’est un peu excessif et hyperbolique…

Cela me fait penser à une question posée dans la Zohar, la Bible de la mystique juive apparue vers le milieu du XIIIe siècle avec Moïse de Léon (ob. 1306). À la question de savoir qu’est Dieu (et non pas qui est Dieu ?) le Zohar répond : c’est la Torah.

Au fond, les Juifs aiment la Torah plus que tout. Plus que Dieu lui-même qui la leur a donnée…

Maurice-Ruben HAYOUN

mrh-petit

Que l’on veuille bien le reconnaître ou pas le résultat de cette primaire a fait l’effet d’une bombe. Des forces jusqu’ici contenues par la tyrannie des médias et l’étouffoir des instituts de sondage se sont violemment libérées, faisant voler en éclats le cadran qui les maintenait prisonnières. Et de vrai, nul ne sait ce qui va se passer lors des vraies consultations électorales, je veux dire la présidentielle de 2017 et dans son sillage les élections législatives.

Donc, la première leçon à tirer est celle de l’afflux des électeurs pour un choix qui n’est qu’un préliminaire. Des heures durant, dans le froid sous la pluie, un dimanche de fin novembre que les familles passent généralement bien au chaud, les gens se sont déplacés pour voter. Et ils n’étaient pas moins de quatre millions. Un record !

Et comment ont-ils voté, tous ces gens ? Leur premier objectif fut d’infliger un cinglant démenti aux enquêtes des sondeurs, un peu comme si l’écho de l’effet TRUMP se faisait sentir même dans une vraie fausse élection. Car, répétons le, il ne s’agissait que de préliminaires, les choses sérieuses n’arrivant que bien plus tard, dans environ 7 mois.

Certains commentateurs à courte vue nient tout effet Trump ; ils se trompent comme ils se sont trompés si souvent. Je pense que la profession de sondeurs, et même de commentateurs de la chose politique, va connaître une mutation à nulle autre pareille. Et cela pose le problème de la relation des élites et du peuple. Ce petit peuple auquel les journalistes et les commentateurs dictaient avec arrogance dans quelle direction il devait se diriger a secoué le joug insupportable de la bien-pensance et du politiquement correct pour donner libre cours à leur propre penchant.

Attention ! Je ne minimise pas le danger d’un tel comportement. On a besoin des élites. Il est de bon ton de critiquer l’ENA et les énarques. Mais que les énarques fassent grève une seule journée en France et le pays cessera de tourner rond, normalement. Depuis Platon et Aristote, depuis la plus haute Antiquité grecque, on a eu recours aux élites. La seule chose, c’est qu’Aristote n’a pas écrit que La politique, il a aussi rédigé l’Ethique à Nicomaque et l’Ethique à Eudème. Et élus et élites ont eu tendance à l’oublier. Il faut retrouver le sens de l’intérêt général. La politique doit cesser d’être un métier. Il y a dans ce pays des gens qui font de la politique depuis près de cinquante ans, et rien d’autre. Que voulez vous ? À la longue les gens veulent s’en débarrasser.

Il est un autre enseignement à tirer de ce scrutin qui fait couler tant d’encore, même ici en Israël où le journal télévisé a montré Nicolas Sarkozy et François Fillon, se répondant en quelque sorte, l’un à l’autre. Cet enseignement, c’est le désir brûlant d’une alternance. Certes, ce sont les opposants au gouvernement actuel qui ont voté, ce n’est donc pas une surprise qu’ils souhaitent un changement. Ce qui me frappe, c’est leur nombre.

Enfin, le troisième enseignement de ce scrutin, c’est que l’on va vivre un véritable saut dans l’inconnu. Il est évident que c’est F. Fillon qui va l’emporter et rien n’indique qu’Alain Juppé, symbole de l’ancien système, ira jusqu’au bout. Il a commis une erreur en disant dès la première phrase de son discours dimanche qu’il continuait le combat, ce qui signifie que la pensée contraire l’a un peu effleuré tout de même.

Enfin, on se trouve devant deux ou trois inconnues : François Hollande pour lequel j’implore un peu de justice, quelle que soit sa décision, n’a rien dit sur ce qu’il pense faire. Quant à Marine Le Pen, allons nous vivre avec elle ce que l’on vient de vivre avec A. Juppé, c’est-à-dire une dégringolade lors du vrai scrutin ? Et j’en viens au dernier point, Emmanuel Macron…

La France est trop conservatrice, trop traditionaliste pour nommer un quadragénaire à la présidence. En outre, il faut de l’argent, et pour en avoir, ainsi que des parrains, il faut un parti. Et il n’en a pas vraiment. Ce n’est pas « En marche » qui pourra y suppléer.

Dans le livre de Daniel, modèle classique de toute apocalypse juive (le voyant de Patmos s’en est lui-même inspiré), on met en garde contre celui qui voudrait déchiffrer les carnets de la Providence. Qui pouvait prédire, même au matin du 9 novembre, la victoire de Donald Trump ? Personne, pas même le principal intéressé.

Le problème qui se présente à nous derrière cette élection de dimanche est toujours le même : la France peut elle se réformer ? Les Français cesseront ils enfin de descendre dans les rues et de bloquer toutes réformes alors que le pays en a un besoin vital ?

C’est un philosophe, donc un non-politique qui le dit et le répète. Consentons enfin aux sacrifices nécessaires et cessons  d’être, comme le disait le grand constitutionnel, un agrégat inconstitué de peuples désunis. Redevenons, comme sous le général de Gaulle, une France unie ou presque. Car jusqu’à présent c’est une partie du pays qui a gouverné contre l’autre…

Maurice-Ruben HAYOUN

mrh-petit

Jean-Pierre Jouyet, ils ont fait la Révolution sans le savoir. Le libertinage contre la terreur (Albin Michel)

Ceux qui eurent le privilège de croiser un jour Jean-Pierre Jouyet, inspecteur des finances, ancien patron de la Caisse des dépôts et Consignations et aussi ancien ministre des Affaires européennes, savaient dès les premiers instants qu’il était l’incarnation, l’essence même de la subtilité et de la nuance ; en le lisant comme je viens de le faire, ils découvriront qu’il dispose aussi d’une belle plume et qu’il sait édifier sans jamais ennuyer.

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Ce qui retient durablement l’attention de l’ actuel secrétaire général de la présidence de la République, jusqu’à lui arracher des considérations de grande sagesse et parfois de gravité, sur le sens de l’Histoire, sur la responsabilité des gouvernants de ce pays, sur l’animosité quasi historique, pour ne pas dire perpétuelle, qui oppose les groupes sociaux les uns aux autres qui le constituent, c’est cette volonté de comprendre ce siècle dont la dernière décennie a donné la Révolution avec ces années d’une terreur inimaginable où l’on guillotinait comme d’autres se promenaient, mangeaient ou dormaient…

Jean-Pierre Jouyet s’interroge : aurait-on pu éviter toute cette mare de sang, tous ces massacres que la Révolution dut perpétrer pour soi-disant défendre et pérenniser ses rares conquêtes ? C’est ce que l’on peut lire au début de ce chapitre VII, si dense et même digne de grands moralistes ou de philosophes de l’histoire. En lisant ces quelques lignes je n’ai pu m’empêcher de penser à Hegel et à sa philosophie de l’Histoire, mais aussi à cet absolutisme qui caractérise aussi bien la totalisation conceptuelle du savoir du philosophe d’Iéna et de Berlin que le jusqu’auboutisme sanguinaire de ceux qui ont fait régner la terreur, jusques et y compris dans leurs propres rangs…

Ce qui frappe dans ces moments tragiques de l’Histoire, c’est le faible nombre d’acteurs, le dévoiement de celles et ceux qui incarnent l’idéal le plus pur (…)  avec en arrière-plan cette énigme jamais résolue : la logique de l’Histoire se veut-elle implacable, ou l’homme, par précipitation ou égarement, la précipite-t-elle dans d’indicibles horreurs ? Sans doute, concoururent-ils, en 1793, à passer d’une révolution au totalitarisme.

On l’a compris Jean-Pierre Jouyet se demande s’il eût été possible de faire l’économie de la Terreur au cours de laquelle la Révolution, ou ce qui en tenait lieu, a dévoré ses propres enfants. Hegel, quant à lui, ne pensait pas différemment, lui qui parle d’une ruse de l’Histoire qui s’ingénie, à notre insu, à nous mener dans la direction que l’on croit avoir soi-même choisie en toute liberté.

Eu égard aux fonctions qu’il occupe depuis plus de deux ans, incomparable point d’observation d’un État qui n’a jamais entièrement quitté la monarchie, Jean-Pierre Jouyet ne peut s’empêcher de dresser maintes comparaisons entre son siècle de prédilection, le XVIIIe siècle, et l’histoire immédiate qui se déroule sous ses yeux, chaque jour que Dieu fait…

Qu’aurait été le cours de l’Histoire si la sagesse de Barnave avait convainc ?. Quel bénéfice retirerait notre France si les différents candidats à la présidence retenaient ces sages principes ?

L’Histoire ou la Providence, mieux encore son absence totale en décida autrement : l’homme fut arrêté, condamné et guillotiné alors qu’il n’avait que trente-deux ans.

D’autres considérations désabusées (mais non blasées) de l’auteur le font apparaître à la fois comme un mémorialiste et un moraliste (dans le sens le plus noble de ce terme, hélas, galvaudé). Ces révolutionnaires qui se muèrent en despotes sanguinaires sont pourtant ceux qui rédigèrent les principes qui nous régissent aujourd’hui encore : ils ont écrit des constitutions, rédigé des déclarations de droits et même, peut-on dire, bâti la République…

Mais cet idéal commun ne leur évitera pourtant pas l’autodestruction. Telle est la principale leçon de notre XXIe siècle, sans doute tout aussi fanatique qu’il y a  deux cents ans.

Lisant ce stimulant petit ouvrage le crayon à la main, j’ai relevé en deux endroits différents, d’une part, le nom du lieutenant général de police La Reynie, et d’autre part de Bossuet, l’inoubliable évêque de Meaux. Il y avait à cette époque-là un sage et érudit Oratorien du nom de Richard Simon. Bien que moine, notre Oratorien (un ordre auquel Jean-Pierre Jouyet n’est pas vraiment indifférent) s’intéressait à la critique biblique qui a toujours senti le fagot  dans tous les milieux religieux, qu’ils fussent juifs (Spinoza) ou chrétiens. Richard Simon commit l’erreur de faire passer un manuscrit de son livre Histoire critique du vieux Testament à Bossuet qui subodora l’hérésie dans tout cela ; il chargea alors La Reynie de confisquer tous les ouvrages disponibles de cette Histoire critique… afin de les détruire… Un seul exemplaire réussit à échapper à l’hécatombe et servit à la reproduction anastatique de Rotterdam, un siècle plus tard. Mais, comme le déplorait Renan, cette plaisanterie de si mauvais goût a infligé à nos recherches bibliques plus d’un siècle de retard sur nos voisins hollandais et surtout allemands !

Mais ce qui fait aussi le grand intérêt de ce livre, c’est qu’il ne se limite pas à examiner de manière stérile le passé, il en transfère les enseignements à ce que nous vivons hic et nunc. Il ne s’agit pas de se cantonner à l’archéologie de la science politique ou historique, comme des épigraphistes déchiffrant de vieilles pierres tombales, mais d’une confrontation bien vivante, pleine d’énergie et d’esprit, avec la situation présente. Et dans ce contexte, il faut bien reconnaître que Jean-Pierre Jouyet manie l’humour avec talent. Il n’hésite pas à parler des personnalités politiques actuelles, distribue des bons et des mauvais points mais jamais de coups de griffes… L’homme est trop fin, trop subtil, trop bien élevé pour cela. À la lecture de certaines pages, fort croustillantes, surtout lorsqu’il est question des égéries, des courtisanes, des favorites et de la gent féminine en général, je n’ai pu m’empêcher d’esquisser un sourire, parfois même plus…

Car les femmes ont joué un rôle plutôt considérable pour faire reculer la terreur. C’est bien connu : faites l’amour, pas la guerre. Mais là, d’après tout ce que j’ai pu lire et apprendre dans ce livre, certains n’avaient vraiment pas besoin d’encouragement dans ce domaine. Aucune moralité, même chrétienne, aucune règle ne ralentissait les ardents transports des unes et des autres. Certes, le XVIIe siècle a aussi connu le libertinage érudit et d’autres le libertinage tout court. Et cette distinction donne une nouvelle opportunité à Jean-Pierre Jouyet de montrer son sens de la nuance: parlant de DSK il dit sagement  que le libertinage n’est pas la débauche : quelle serait l’opinion des maîtres Oratoriens sur ce point ?

Mais revenons à la problématique principale du livre : pouvait on, à l’époque, épargner à la France cette Terreur qui l’a tant affaiblie, perverti sa réputation de pays des droits de l’homme et jeté sur les routes de l’exil des dizaines de milliers de ses fils, partis proposer leurs services à des souverains plus ouverts et plus éclairés ? Jean-Pierre Jouyet n’est pas loin de le penser et espère, en tout cas, que l’on tirera profit de l’histoire passée. Il juge assez sévèrement les derniers moments de la monarchie qui n’a pas su se réformer, s’amender à temps. Allusion subtile à ce que nous vivons actuellement dans ce beau pays ?

Au fond, la question se pose : contrairement à tous les autres pays d’Europe qui sont des démocraties aussi avancées que la nôtre, tout en n’ayant jamais connu une Révolution si coûteuse et si ravageuse, nous avons suivi une pente nettement plus rude avec un résultat sensiblement équivalent. Habitué des réunions européennes de Bruxelles, Jean-Pierre Jouyet se gausse de cet esprit français si répandu qui entend se présenter comme un modèle, un paradigme à imiter.

Il reste un dernier point à évoquer : les manœuvres de déchristianisation effectuées par des révolutionnaires qui avaient pourtant été formés par le magistère. Je ne parle pas seulement  des prêtres qui firent allégeance à la Révolution, fondèrent une famille ou rejetèrent la foi dans laquelle ils avaient été élevés, mais de simples citoyens, soucieux de ne pas nager à contre-courant…

Parlant dans sa conclusion de Bonaparte, Jean-Pierre Jouyet loue son sens politique et sa prompte réactivité :

Mais comme toutes les grandes figures françaises, il sut saisir la chance dans l’Histoire (à défaut d’être celle de l’Histoire). Est ce moral ? Mais la moralité a-t-elle quelque à voire avec l’Histoire ?

Non, évidemment. Mais je reprendrai un terme de Martin Heidegger qui traite de ce sujet : quel sort nous est réservé ici-bas et pouvons nous agir, peser sur ce qui semble être une destinée ? Heidegger dit que nous sommes geworfen (jetés, projetés) dans un monde dont nous ne savons encore rien. C’est presque la loi d’airain du déterminisme, mais Levinas n’est pas d’accord. Si Heidegger semble penser que nous n’avons pas une histoire mais un destin, Levinas opte, quant à lui, pour le dialogue avec notre prochain, notre indéfectible solidarité avec lui, au point d’en être l’otage.

N’allons pas si loin, mais réaffirmons avec force notre capacité à agir sur les événements.

Maurice-Ruben HAYOUN

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UNESCO
MANIFESTATION JEUDI 27 OCTOBRE à 18h00
 Devant le Quai d’Orsay

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Quelques associations appellent à une manifestation devant le Quai d’Orsay le jeudi 27 octobre à 18H00 suite à la résolution adoptée en seconde lecture à l’UNESCO qui pour dénoncer la politique israélienne a pousser encore plus loin sa critique en niant tout lien entre le Peuple d’Israël et sa terre.

C’est une longue histoire de délégitimation d’Israël avec sa terre. Le royaume d’Israël qui du temps de sa grandeur sous les Rois David et Salomon allait bien au-delà des frontières actuelles a connu bien des déboires du fait du schisme entre le royaume de Judas avec Jérusalem pour capitale et le royaume d’Israël au nord.

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Ce territoire pris le nom de Judée, après la chute du royaume d’Israël puis au premier siècle de notre ère, après la chute du second temple par les Romains, ces derniers entreprirent de nommer ce territoire du nom de Palestine en résonance avec le territoire des Philistins.

Rome voulait ainsi effacer Israël de la carte. Il est remarquable que leurs héritiers 20 siècles plus tard en fassent de même.

Le nom attribué au peuple d’Israël et à ses descendants changea également en partis puisque l’on a cherché à créer une dichotomie artificielle entre le Peuple d’Israël et sa religion en parlant de religion juive, de peuple Juif et des Juifs et à classer le « judaïsme » comme une religion sans relation avec la terre d’Israël.

Le judaïsme n’est malheureusement pas une religion au sens où nous l’entendons pour le christianisme, et pour l’islam entre autres. La religion d’Israël, ne concerne que pour les hommes et les femmes descendants de la lignée d’Israël ou ceux qui en acceptent totalement l’héritage par conversion, et qui vivent en terre d’Israël.

Une très grande partie des lois se rapporte ainsi à la terre d’Israël, à son mode de gouvernance, et la Torah fixe outre des lois religieuses, des lois civiles, agraires, et institutionnelles qui ne peuvent se pratiquer que sur la terre d’Israël. De plus la pratique religieuse de la prière individuelle, si elle est tolérée, doit se faire dans un cadre collectif pour lui assurer sa plénitude.

Revendiquer au nom du peuple Juif ce qui appartient au Peuple d’Israël participe à cette confusion, et montre combien même parmi les nôtres, nous continuons de facto à nous délégitimer nous-mêmes.

Le Peuple d’Israël doit une claire et nette revendication de cette terre comme étant notre terre, celle des descendants d’Israël (Jacob) ainsi nommé par Dieu, qui est la source des Tributs que Dieu fit sortir d’Égypte pour les implanter sur la terre qui leur revient de Droit Divin.

Le Rav Kook et ses disciples ont su donner corps à cette revendication en s’installant en Judée Samarie souvent à l’encontre du gouvernement israélien qui n’a pas su assumer cette revendication de manière claire et nette. Les accords d’Oslo furent des accords funestes, et nous conduisent à la situation actuelle. La gauche laïque, les orthodoxes qui sont des Juifs sans terre se rejoignent souvent pour dénoncer cette revendication qui va à l’encontre des intérêts légitimes d’Israël.

Si nous dénonçons les termes d’occupants, de colons, de colonies, nous devons commencer par faire nous-mêmes attention à notre propre terminologie, en parlant du Peuple d’Israël, et d’Israélites afin de marquer notre lien indestructible avec cette terre. Ce n’est toujours pas le cas, même par les mieux intentionnés. Et remplacer Israélite par Juif dans ce combat est une grave erreur. Cette erreur est d’autant plus grave que l’on parle dans cet appel de l’histoire Juive et Chrétienne…. Ce qui en dit long sur le degré de confusion et si toutes ces associations ont approuvé ce texte, cela veut dire qu’en interne il y a encore du travail à faire.

Ceci étant il faut rester mobilisé sur cette grave affaire.

Moshé COHEN SABBAN

L’enchaînement des motions contre Israël n’est pas sans rappeler la période des années 70 où l’ONU adoptait les unes après les autres des résolutions contre l’Etat juif, et notamment celle contre le sionisme. La triste fatalité d’une majorité composée d’Etats aux régimes les plus tyranniques ne permet pas à Israël et aux pays qui le soutiennent de faire entendre leurs voix. Il est clair également que sur le terrain ces motions n’ont aucun effet sur la réalité politique ou culturelle. Il s’agit avant tout de faire progresser un peu plus la délégitimation d’Israël, du sionisme, et de la culture juive.

Le rappel de l’ambassadeur d’Israël Carmel Shama à Jérusalem et l’annonce de la rupture des relations du ministère des Affaires Etrangères avec l’UNESCO est la première réaction énergique d’Israël, qui jusqu’à présent s’était contenté de communiqués plutôt laconiques ou sarcastiques. Dans la presse israélienne le sujet est quasiment passé sous silence et s’il est évoqué, il ne fait jamais l’objet des titres ou des éditoriaux. La diplomatie israélienne a, depuis longtemps, abandonné la partie dans les grandes institutions internationales en estimant qu’elle était incapable d’inverser la tendance et concentre son activité sur le développement de relations commerciales, de coopération scientifique, de collaboration militaire avec les grandes puissances émergentes.

Le paradoxe de cette situation c’est que des pays avec lesquels Israël entretient des rapports économiques et sécuritaires étroits votent toutes les motions visant à long terme à nier son droit à l’existence. La Chine, par exemple, achète des produits israéliens, accueillent sur son sol des sociétés israéliennes, investit dans l’industrie et les infrastructures en Israël, mais votent systématiquement toutes les motions anti-israéliennes. Certes le commerce est important, mais l’honneur national ne l’est pas moins et on aimerait voir des dirigeants plus exigeants sur les fondements spirituels, historiques et culturels de la nation juive.

Même si les dernières résolutions de l’UNESCO atteignent le comble du ridicule, Israël ne peut pas se satisfaire d’une croissance économique et d’une augmentation de ses exportations vers une partie des pays qui votent ces motions. Lorsque la France et d’autres pays occidentaux préfèrent s’abstenir plutôt que de s’y opposer, ils ne se couvrent pas de gloire, mais cela veut dire aussi qu’Israël ne jouit plus dans ces Etats d’une reconnaissance inconditionnelle de son droit à l’existence.

Le gouvernement israélien actuel n’a pas de ministre des affaires étrangères et son directeur général vient de démissionner. Il serait grand temps que Netanyahou cesse de cumuler les portefeuilles, car l’adoption des dernières motions est aussi le révélateur d’un isolement politique croissant d’Israël, et, on le sait, le rôle des chancelleries est de convaincre en amont les hommes politiques, les intellectuels, les faiseurs d’opinions pour consolider la position d’Israël. Or l’absence d’un chef de la diplomatie est ressentie durement par les délégués israéliens et par les amis d’Israël.

Le refus de Netanyahou d’attribuer le poste de ministre des Affaires Etrangères à un des membres de son parti ou de la coalition n’est pas le résultat d’un choix stratégique visant à améliorer l’image d’Israël dans le monde, mais provient de sa volonté de neutraliser d’éventuels concurrents à son leadership, car l’attribution de ce poste prestigieux peut représenter un tremplin politique pour l’heureux élu.

A la veille de nouvelles échéances dans les grandes institutions internationales, il est urgent de donner à la diplomatie israélienne les moyens de défendre les intérêts vitaux de l’Etat du peuple juif.

Michaël Bar-Zvi  

Chronique du 27 octobre 2016 – Kaf He Tichri 5777

Pour dénoncer l’accueil froid, qui lui fut réservé en Israël et le mépris presque général de son Hébreu vieillot et périmé, Levinas a eu cette phrase qui pastiche l’adage de l’Évangile (nul n’est prophète en son pays) : On n’importe pas de prophètes à Jérusalem, sous-entendu : il y en a déjà tellement sur place. Et des prétendants supplémentaires ne seront pas bien accueillis…

Les Allemands eux-mêmes ont frappé un adage allant dans le même sens : Eulen nach Athen tragen… (Introduire des chouettes à Athènes). Ce qui signifie : faire œuvre superfétatoire…

La place de l’intellectuel dans la société ou la communauté, son rôle et son statut sont débattus depuis au moins l’Antiquité grecque chez Platon et Aristote, voire même chez les présocratiques. On considérera que le statut de l’intellectuel dans les sociétés organisées civilement est incarné par les élites philosophiques, religieuses ou juridiques puisque, comme le dit Platon dans La République, même une association de bandits a besoin de règles assurant le bon fonctionnement interne de leur groupe.

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La question sous-jacente dans le présent contexte oscille, en gros, entre deux extrêmes séparés par une tension polaire : ou bien l’intellectuel dirige la société et devient une sorte du Prince à la Machiavel, consolide son pouvoir et n’a plus rien à voir avec les valeurs qu’il était censé incarner au sein du groupe social afin d’améliorer l’état de nos sociétés et soumettre à l’éthique les relations entre les hommes, ou bien il se réfugie dans sa tour d’ivoire, volontairement ou involontairement  surtout s’il est en butte à des forces adverses peu enclines à partager le pouvoir avec lui et à permettre aux masses incultes d’être éclairées par l’intellectuel détenteur du savoir.…

Platon parlait du départ des dirigeants de la cité après une vie de bons et loyaux services. Les vieux dirigeants prennent leur retraite dans un lieu-dit l’île des bienheureux, mais avant de partir, ils s’assurent que la direction politique de leur cité est en de bonnes mains. Ils ne se désintéressent pas du sort de leurs concitoyens et ne se disent pas : Après nous, le Déluge !

Dans l’Antiquité juive, les choses se présentent un peu différemment ; il s’agit des Sages, donc, des intellectuels de l’époque, qui sont devenus des érudits des Saintes Écritures et qui, ayant atteint un âge avancé, enseignent la Tora aux tout petits enfants de leur pays. Le Talmud use d’une très belle formule en parlant des enfants de Bet Rabban qui n’ont jamais péché. Si l’on voulait faire l’étude d’un contraste, on pourrait dire que les Grecs se soucient de la politique pure tandis que l’antiquité juive illustre, une fois encore, que l’alphabétisation et l’éducation sont considérées comme un devoir religieux. La liturgie quotidienne reprend cette doctrine en disant : lilemod al ménat le lammed (étudier afin d’enseigner)

On va parler plus en détail d’un cas contemporain d’un homme, juif né en Lituanie, Emmanuel Levinas, qui, durant plus de trente ans, a dû se contenter de signer des notes de blanchisserie pour l’École normale d’instituteurs (ENIO) qu’il dirigeait et où il était hébergé, alors qu’il était déjà l’introducteur de la phénoménologie de Husserl et de Heidegger en France (mais qui le savait, à part une poignée de collègues et de spécialistes ?), qu’il avait soutenu sa thèse de doctorat sur la théorie de l’intuition chez ce même Husserl, et que dès 1935 il avait fait paraître un très beau texte intitulé De l’évasion. Sans même parler de sa thèse de doctorat d’Etat, dirigée par son ami Jean Wahl, soutenue, en 1961, et qui, par la suite, donna au philosophe juif de la rue Michel-Ange les clés d’une authentique célébrité mondiale.

Est-ce que ce délaissement, cette occultation du génie, cette méconnaissance d’un incontestable talent, sont des cas ou des faits isolés ? Non, point. La tradition talmudique si élogieusement remise à l’honneur par ce même Levinas regorge d’exemples où les Sages, les maîtres de cette époque, n’étaient pas toujours traités conformément à leur rang ni en rapport avec les mérites qu’ils se sont acquis au cours d’une vie entièrement mise au service de la Tora.

Quittons l’époque talmudique pour la période médiévale, la plus longue de l’histoire juive, puisqu’elle s’étend des croisades à la Révolution française, au cours de laquelle on commença à octroyer aux Juifs d’Europe, quelques droits civiques. Les communautés disséminées sur toute la surface du continent européen étaient organisées comme des petites républiques autonomes (selon le terme de Leo Baeck dans son essence du judaïsme, 1922 ; PUF 1992) mais pas toujours démocratiques…

À cette époque-là, les intellectuels étaient tous des leaders religieux, gardiens scrupuleux de la tradition, qui n’hésitaient pas à user des grands moyens, chaque fois que l’orthodoxie leur semblait menacée. Leur rôle n’était pas aisé : il leur incombait de maintenir unis un groupe d’hommes, de femmes et d’enfants menacés par l’arbitraire du seigneur ou du potentat local.

On peut évoquer le cas de Moïse Maimonide (1138-1204) qui a joui d’un immense prestige, largement mérité et qui s’est distingué comme le plus grand intellectuel de sa communauté, aussi bien de son vivant qu’après sa mort. Mais lui aussi dut exercer ses activités de médecin pour subvenir à ses besoins et assurer la subsistance de sa belle-sœur veuve et de sa jeune nièce, car son frère cadet David avait fait naufrage dans l’océan Indien. Et pour parvenir à cette situation de sage incontesté (ou presque car après sa mort il y eut trois contestations anti-maimonidiennes), Maimonide dut utiliser son entregent auprès de la mère du sultan, la sultane Validée, dont il était le médecin personnel et le confident.

En fait, dans le corps social, l’esprit, incarné par l’homme de science, de culture ou de religion, a toujours eu du mal à s’imposer. Et dans une minorité ethnico religieuse comme le judaïsme, tous revendiquent pour soi les premiers rôles et n’acceptent jamais qu’un membre de leur minorité devienne le chef de cette même minorité ou son porte-parole : le cas de Moïse lui-même, est assez emblématique à cet égard.

Il me revient en mémoire un passage du Zohar hadash (début du XIVe siècle) où une main anonyme a donné de l’époque messianique la curieuse définition que voici : ce sera l’époque où les sages, les érudits des Écritures ne dépendront plus des riches dirigeants de la communauté pour assurer leur subsistance ! Cette définition illustre à merveille le malaise des sages ou des intellectuels dans la vie sociale où ils n’occupent pas toujours la place qu’ils estiment leur revenir de droit.

Quand on parle de la place de l’intellectuel dans les communautés juives historiques, on ne peut pas contourner le cas de Spinoza que Levinas appelait non point Benedictus (Barukh) mais Maledictus, en raison de ses virulentes critiques du judaïsme rabbinique d’Amsterdam au XVIIe siècle. On a donc affaire à un intellectuel juif contestataire qui accabla de ses reproches (parfois fondés) des communautés qui devaient relever un défi incroyable : le retour ambivalent des marranes dans la communauté juive d’Amsterdam. On peut donc comprendre, sans l’approuver intégralement, la terrible mesure d’excommunication prise à l’encontre de l’auteur du traité théologico-politique, ce qui n’est pas sans rappeler le triste précédent, un siècle plus tôt, d’Uriel da Costa…

Mais l’intellectuel, le philosophe (modérément apprécié par Levinas qui se considérait comme un Lituanien, un Ostjude, juif de l’Est) qui a, plus que tout autre, profondément influencé le judaïsme moderne, s’appelle Moïse Mendelssohn (1729-1786) ; admiré de l’Europe entière, figure de proue de l’Aufklärung berlinoise, éditeur avec une équipe de collaborateurs d’un Pentateuque traduit et commenté en allemand, mais avec des lettres de l’alphabet hébraïque, cet homme que l’Abbé Grégoire appelait avec respect Monsieur Moyses de Berlin n’a jamais vraiment été reconnu par sa communauté religieuse de son vivant.

Et sous cet aspect, les deux courbes, celle de Mendelssohn et celle de Levinas se rejoignent : touchés par une célébrité tardive (pour reprendre le titre d’une émouvante nouvelle du médecin viennois Arthur Schnitzler) qui leur valut enfin un peu de considération de la part de leurs coreligionnaires, ces deux intellectuels ont mené une existence marginale : Levinas était directeur d’une école juive, ne soutint sa thèse de doctorat d’état qu’en 1961 , à plus de cinquante-cinq ans ! Mendelssohn n’a jamais embrassé la carrière universitaire et devint comptable gérant associé dans une entreprise de soieries à Berlin, consacrant son temps libre aux muses, de même que Levinas consacrait le meilleur de ses veilles à son «travail en philosophie»… Ce n’est qu’en 1947, de retour d’une longue captivité en Allemagne, un pays où il ne remettra plus jamais les pieds, que son employeur, l’Alliance Israélite Universelle, consentit à le nommer directeur de l’ENIO, ce qui lui assura enfin le gîte et le couvert puisqu’il était logé dans l’immeuble de l’institution et prenait ses repas avec les élèves.

Un personnage célèbre a dit que nul n’est prophète en son pays… C’est une triste vérité qui se vérifie aussi de notre temps. Les institutions juives, dirigées en général par des Philistins de la culture mais qui avaient de grands moyens, se sont toujours méfiées de ces personnages inclassables qui n’appartenaient pas à leur milieu, et surtout qui venaient d’Europe de l’Est, n’avaient obtenu le statut de Français que par naturalisation et se targuaient d’avoir réussi à concilier au mieux leurs propres identités juives et la culture à la fois française et européenne.

Peut-être faudrait-il ajouter que Levinas a toujours fait preuve d’une délicatesse de violette (Rosenzweig parlait, en allemand, de la délicatesse de mimosa : mimosenhaft) ; il n’a pas recherché la compagnie des grands et des puissants, mais qui sait… Si ces derniers lui avaient entrouvert la porte, il se serait un peu rapproché d’eux. On raconte que lors de visites à Paris, de grandes personnalités internationales, une délégation juive fut constituée pour les saluer. Mais comme les dirigeants communautaires ne voulaient pas que Levinas leur fît de l’ombre, ils ne l’invitèrent pas, ce qui a suscité l’étonnement de ces mêmes visiteurs de marque qui s’étonnèrent d’une telle absence

La position d’un intellectuel comme Levinas comportait aussi une certaine méfiance envers les rabbins, sa biographe Marie-Anne Lescourret parle même d’anti rabbinisme. Il est vrai que le philosophe, pourtant juif pratiquant, se gaussait de certaines attitudes et plaidait sans relâche en faveur d’une religion d’adultes. Des paroles qui ne devaient pas combler d’aise les personnalités visées par une telle demande.

Le judaïsme d’un Levinas, en dépit des critiques sensées de Charles Mopsik et de quelques autres, ne pouvait pas correspondre en tout point à celui d’un rabbin de banlieue ou d’arrondissement : le premier scrutait en profondeur l’intentionnalité des paroles des Sages, faisait de la philosophie un élément ancré dans la religion et concevait le judaïsme bien au-delà d’une entité charnelle ou historique, tandis que le second est confronté à des problèmes communautaires qu’il doit régler hic et nunc.

En outre, la formation des rabbins à l’époque actuelle aurait tendance à laisser à désirer. Le rabbin, héritier et successeur du pontife (cohen) gère une situation, eu égard aux conservatismes d’une assemblée d’êtres divers et variés. Alors que l’intellectuel, assimilé au prophète, est animé d’une vision et se veut porteur d’un projet. Ahad ha-am (Asher Zwi Ginzberg) l’a très bien analysé dans un texte devenu classique (Cohen we-navi) .Léo Strauss disait que l’intellectuel est toujours en avance sur son temps. Il entrevoit des réalités qui se dérobent au regard du commun des mortels, ce qui explique qu’il soit généralement peu suivi, voire peu compris.

Pour Levinas, il faut bien relever que ce furent les milieux chrétiens qui contribuèrent les premiers et même très puissamment à sa notoriété. L’université religieuse de Bar-Ilan ne le fit docteur honoris causa qu’après l’université jésuitique Loyola de Chicago… Quant à l’Université hébraïque de Jérusalem, il vaut mieux jeter le manteau de Noé ! Et pourtant, même un pape philosophe comme Jean-Paul II recevait régulièrement Levinas dans sa résidence d’été de Castel Gandolfo et l’installait à table à sa droite, aux côtés de son collègue et ami Paul Ricœur.

Mais les vrais intellectuels savent que la reconnaissance pérenne arrive post mortem. Buber disait qu’on le reconnaîtrait dans deux siècles.

Sic transit gloriam mundi (ainsi passe la gloire dans ce bas monde).

Maurice-Ruben HAYOUN

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Rien ne va plus dans cette station, marquée à l’extrême droite. Les délires racistes et antisémites de son président, Henry de Lesquen, ont même fini par braquer ses très droitiers collaborateurs. Baston et purges.

Elle n’a sans doute jamais aussi mal porté son nom. Sur Radio Courtoisie, les débats ont habituellement lieu dans une atmosphère feutrée, entre des intervenants le plus souvent d’accord sur les méfaits du socialisme, de l’immigration ou de l’islam. Après tout, depuis sa création, en 1987, cette radio associative se veut le relais de «toutes les droites» – même si la tendance Jean-Marie Le Pen est nettement préférée à celle d’Alain Juppé. Mais, derrière les micros, se joue désormais une guerre sans merci. Un psychodrame qui a éclaté au grand jour en juin dernier, lorsqu’, Henry de Lesquen, accusé de nuire à son image par ses «déclarations publiques insupportables».

Il est vrai que, depuis le début de l’année, leur patron a «pété un câble», dixit l’un d’eux. Lesquen, qui s’est proclamé candidat à la présidentielle, a pris l’habitude de dérouler son délirant programme sur les réseaux sociaux : «racisme républicain», «réémigration» des étrangers, bannissement de la «musique nègre», démontage de la tour Eiffel… Mais ce qui transforme définitivement le clown Lesquen en triste sire, c’est son antisémitisme assumé. En avril, le patron de Radio Courtoisie va jusqu’à s’étonner dans un tweet de «la longévité des « rescapés » de la Shoah morts à plus de 90 ans».

« Il a fait de cette radio son jouet »

C’en est trop, même pour les très droitiers animateurs de Radio Courtoisie, qui craignent de ne plus pouvoir attirer des invités, mais redoutent aussi le courroux du CSA. L’autorité de l’audiovisuel a déjà mis en demeure la station pour des propos tenus par Lesquen en 2013. Et Radio Courtoisie, qui n’émet qu’en région parisienne et dans quelques villes en région, peut faire une croix sur l’octroi d’autres fréquences. «Un patron comme Henry de Lesquen jette le discrédit sur la radio. Il en a fait son jouet», se lamente Bernard Antony. Ce vieux compagnon de route du Front national, chef de file de la frange catholique traditionaliste, dirigeait une émission depuis 2007. Henry de Lesquen l’a viré en août. Au total, 15 frondeurs ont quitté la station pendant l’été. Une moitié de limogés, l’autre, de démissionnaires.

Même Jean-Yves Le Gallou, ex-eurodéputé frontiste devenu incontournable dans la «fachosphère», a fini par sauter de la barque. L’homme est pourtant un ami de quarante ans d’Henry de Lesquen, avec lequel il a cofondé le Club de l’Horloge, un cercle qui cherchait dans les années 70-80 à établir des passerelles idéologiques entre la droite et le FN. «Lesquen n’a jamais été très facile de rapport. Ça semble s’aggraver avec le temps», lâche Le Gallou. D’autres révoqués de Radio Courtoisie sont beaucoup moins tendres. Tous empruntent au vocabulaire de la pathologie psychique pour décrire Henry de Lesquen : «un fou», «un malade mental», «un pervers narcissique» désormais «bouffé par la haine». «Il n’y a plus rien de rationnel chez Lesquen. Il est obsessionnellement antisémite», tranche Bernard Antony.

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« Je m’en fous, j’ai du fric »

Pas de quoi émouvoir le patron de Radio Courtoisie, qui reçoit dans les petits locaux de la station, au rez-de-chaussée d’un immeuble cossu du XVIe arrondissement de Paris. «Les purges sont terminées», fanfaronne Henry de Lesquen. Mais il tient à rappeler que… «ce terme signifie l’élimination des excréments» ! Sa version des faits ? Une «cabale» montée contre lui par «le nazi antichrétien» Philippe Millau et «le pseudo-catholique» Guillaume de Thieulloy. Le premier est un ancien du FN et du Bloc identitaire qui a cofondé en 2014 la webtélé TV Libertés, sorte de pendant télévisuel de Radio Courtoisie. Le second anime différents sites dont «Le salon beige», blog de référence des catholiques identitaires. «Cette opération converge avec la campagne lancée par la Licracra [sic], qui veut me détruire», vitupère Lesquen. A l’en croire, non seulement ses dérapages répétés n’auraient rien de répréhensible, mais ils ne mettraient aucunement en cause la crédibilité de Radio Courtoisie : «Mes idées personnelles n’engagent que moi !»

«Idées personnelles» ou provocations délibérées ? Parmi les anciens de la radio, on n’en finit pas de se demander pourquoi le vicomte de Lesquen, énarque et polytechnicien, haut fonctionnaire passé par plusieurs ministères (Equipement, Finances…) et la Ville de Paris, a basculé dans l’outrance la plus ordurière. Plusieurs pointent une mégalomanie longtemps refoulée. «Il a le comportement d’un mec qui vient d’apprendre qu’il va mourir dans six mois !» s’exclame l’un. Un autre assure que le mariage de sa fille aînée avec un juif a été «l’élément déclencheur» de ses saillies antisémites…

Quoi qu’il en soit, les purgés restent impuissants. Lorsqu’il a pris les rênes de Radio Courtoisie, en 2006, Henry de Lesquen a soigneusement récrit les statuts. «L’association est verrouillée», claironne-t-il. Le conseil d’administration est à sa botte et, à 67 ans, il compte bien être reconduit dans ses fonctions l’été prochain. Par ailleurs, il n’a eu «aucun problème» pour remplacer les «félons». De fait, Radio Courtoisie tourne toujours : aux plages de musique classique succèdent les débats culturels, politiques et religieux ainsi que le «bulletin de réinformation» quotidien. Le budget (1 million d’euros par an) provient des dons et cotisations, même si plusieurs anciens soupçonnent Lesquen de recourir à sa fortune supposée pour boucher les trous. «Délire calomnieux», rétorque l’intéressé, qui admet tout de même avoir prêté plusieurs dizaines de milliers d’euros à Radio Courtoisie et met gratuitement à sa disposition un appartement. Au printemps, l’un de ses proches l’interrogeait sur les conséquences des enquêtes judiciaires ouvertes après ses propos. «Je m’en fous, j’ai du fric», lui aurait rétorqué Lesquen.

En attendant des jours meilleurs, les exclus de Radio Courtoisie se sont dispersés dans les médias de la «réinfosphère», cette nébuleuse en ligne d’extrême droite qui prétend contrecarrer la «propagande» du «système». Même si tous en parlent avec des trémolos dans la voix. «C’est un terrible gâchis, regrette Martial Bild, ancien élu Front national qui codirige TV Libertés après avoir longtemps collaboré à Radio Courtoisie. C’était une pierre précieuse pour la réinformation. Henry de Lesquen lui a porté des coups mortels en l’espace de six mois.» Et il n’est pas dit que son ego boursouflé s’arrête en si mauvais chemin.

Mariane

Accrédité à suivre Ségolène Royal pendant plus de dix ans, un journaliste de Sud Ouest sort un livre à charge dans lequel il égraine les petits travers de notre ministre de l’Écologie.

La princesse Royal, c’est le titre du livre témoignage que vient de sortir Patrick Guilloton, un ancien journaliste de Sud Ouest. Accrédité aux côtés de Ségolène Royal pendant plus de dix ans, notre confrère a rassemblé tous les petits travers de l’élue dans 331 pages dont Le Point vient de publier les bonnes feuilles. Nous y découvrons un personnage à double facettes, très attachée à l’image qu’elle renvoie à ses administrés du Poitou-Charentes, allant – même – jusqu’à mentir pour arriver à ses fins.

L’exemple le plus flagrant reste celui de Ségo­lène Royal et ses inces­sants déplacements entre Paris et le Poitou-Charentes. « Lorsqu’elle quitte son costume de députée, raconte Patrick Guillo­on, Ségolène Royal saute dans le TGV en direction du Poitou-Charentes, descend toujours du train par le wagon de seconde après avoir voyagé en première. » Une bonne façon de passer pour une élue simple et proche du peuple. Ce qu’elle n’est pas du tout selon le journaliste de Sud-Ouest. « C’est l’une de ses habitudes les mieux ancrées, ajoute notre confrère. Des centaines de Poitevins ont repéré le manège. »

Dans La princesse Royal, nous découvrons aussi l’interdiction faite aux journalistes de la photographier à table,  sa lettre improvisée à la va-vite pour féliciter François Gabart (un charentais, un « enfant du pays », qui remportait le Vendée Globe, en 2013, dont elle n’avait jamais entendu parler avant qu’on lui conseille de publier un communiqué) ou bien encore cette histoire de voiture de location de luxe payée par ses admi­nistrés… pour rien! Autant d’anecdotes qui, empilées, font de Ségolène Royal, un personnage bien plus complexe qu’on ne pouvait le penser.

Israël en passe de signer pour 3 nouveaux sous-marins allemands

Israël devrait signer sous peu un protocole d’accord avec l’Allemagne pour l’achat de trois sous-marins de guerre supplémentaires, pour un montant total de 1,2 milliard d’euros, a rapporté vendredi le quotidien israélien Maariv.

Le protocole devrait être signé le 7 novembre si aucun contretemps ne surgit d’ici là, dit le journal.

Les trois engins doivent remplacer à terme les sous-marins les plus âgés de la flotte israélienne actuelle, entrés en service à partir de 1999.

Ils appartiennent à la classe Dolphin, comme les cinq autres préalablement construits en Allemagne et déjà livrés par cette dernière. L’Allemagne doit encore livrer un sixième sous-marin dans le cadre de cette commande.

Les trois nouveaux sous-marins sont d’un modèle plus récent et plus perfectionné.

Interrogé par l’AFP, le ministère israélien de la Défense a décliné tout commentaire sur les informations du journal.

Tout ce que je peux dire, c’est qu’Israël envisage d’acheter de nouveaux sous-marins pour renouveler sa flotte à partir de 2027, a dit pour sa part un porte-parole du gouvernement allemand, Georg Streiter.

Des discussions ont lieu à différents niveaux sur une probable assistance et participation financière allemandes, a-t-il ajouté.

L’Allemagne a jusqu’alors supporté un tiers du coût de la construction des bâtiments, au titre de l’aide militaire à Israël.

Quand Israël avait pris livraison en janvier de son cinquième sous-marin, construit par ThyssenKrupp Marine Systems dans les chantiers navals de Kiel (nord de l’Allemagne), le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait présenté cette flotte comme une arme de dissuasion contre (les) ennemis d’Israël.

Selon des sources militaires étrangères, les sous-marins livrés par l’Allemagne peuvent être équipés par Israël de missiles de croisière nucléaires. C’est pourquoi la livraison de tels matériels dans une région en plein tumulte est un sujet de controverse en Allemagne.

Israël est considéré comme la seule puissance nucléaire militaire de la région, même s’il entretient l’ambiguïté sur la question.

Le magazine allemand der Spiegel citait en 2012 d’anciens hauts responsables du ministère de la Défense déclarant que Berlin avait toujours supposé qu’Israël équipait les sous-marins de têtes nucléaires. Les services de la chancelière Angela Merkel avaient dit alors que tous les sous-marins allemands livrés à Israël l’étaient sans arme.

Maariv fait état de vives critiques de la part de responsables de la sécurité et d’experts contre la décision israélienne de faire à nouveau affaire avec l’Allemagne. Les détracteurs désapprouvent une décision prise selon eux dans la précipitation, dit le quotidien.

Ils trouvent le prix (600 millions d’euros pièce) exorbitant, malgré un rabais de 30% sur la facture finale, écrit Maariv. Ils font la comparaison avec une récente vente de sous-marins français à l’Australie, référence apparente au contrat estimé à 34 milliards d’euros décroché en avril par le constructeur naval français DCNS.

DCNS avait été préféré à TKMS et un consortium emmené par Mitsubishi Heavy Industries et soutenu par le gouvernement japonais pour la construction de 12 sous-marins d’attaque australiens, la maintenance et la formation des personnels.

AFP

En 2015, près de 7.500 juifs français ont fait leur «alya» («montée» en hébreu) en Israël, ce qui fait d’eux le plus important contingent d’immigrants dans le pays. Un record lié aux attentats dans l’Hexagone. Mais pour les huit premiers mois de 2016, le chiffre est en baisse de 42%. Et les retours seraient nombreux. Il faut dire que les conditions de vie dans l’Etat hébreu ne sont pas faciles.
«Selon le ministère israélien de l’Immigration, plus de 90.000 Français juifs sont venus en Israël depuis la naissance de l’Etat juif en 1948», rapporte le journaliste René Backmann sur son blog. Et on évalue aujourd’hui à 150.000 le nombre de Franco-Israéliens qui y vivent.

Les aides pour faciliter leur installation sont nombreuses: billet d’avion payé, réductions fiscales… Au-delà, ces dernières années, la communauté française a vu ses effectifs croître en raison de l’augmentation des actes antisémites et des attentats dans l’Hexagone. Mais aussi de la mauvaise situation économique de la France. Résultat : la hausse a été forte pour atteindre, en 2015, le record de 7835 personnes qui ont fait leur alya.  

«Le profil des immigrants de la vague 2014-2015 est à l’image de la communauté française: on y trouve toutes sortes de milieux sociaux et professionnels. Alors que dans les années précédentes, on comptait en plus grand nombre des personnes avec des pratiques religieuses traditionnelles et aux motivations idéologiques fortes», observe Daniel Benhaïm, directeur del’Agence juive pour Israël, institution officielle israélienne en charge de l’immigration juive.

Adaptation difficile

Mais en 2016, la tendance s’est inversée: de janvier à août, 3452 juifs français sont venus vivre en Israël, soit une baisse de 42%. Et selon une extrapolation, il devrait y avoir environ 5000 départs pour l’ensemble de l’année 2016. Il faut dire que l’adaptation de ces immigrants à une nouvelle vie est tout sauf simple.«La liste des écueils est connue: barrière de l’hébreu, casse-tête pour trouver un logement (les prix de l’immobilier ont bondi de 55% à l’achat et de 30% à la location entre 2008 et 2013), difficultés à trouver un travail, (…) système social peu protecteur, indemnités de chômage faibles, parc HLM inexistant…», observe L’Obs.

A cela s’ajoutent des salaires moins élevés qu’en France (de l’ordre de 10-15%). Et un taux de pauvreté de 22% (14,2% en France), le 2e plus important des pays de l’OCDE. «On croit arriver dans un pays de culture européenne, on est habitué à l’Etat-providence français. Mais on se retrouve au Proche-Orient, dans un système très libéral», raconte un journaliste français resté 10 ans en Israël (et cité par L’Obs).

Autre problème: la reconnaissance des diplômes. Ainsi, avocats, experts-comptables, dentistes se voient contraints de repasser des examens difficiles s’ils veulent exercer dans leur nouveau pays.

Immigrés français récemment arrivés en Israël 20 juin 2015
Immigrés français récemment arrivés en Israël en train de suivre des cours d’hébreu à Jérusalem le 20 juin 2015

Retour
Conséquence: nombre de Français prendraient le chemin du retour («yerida»,«descente» en hébreu). Selon des sources officieuses, entre 15 et 20% des immigrants français repartiraient dans les cinq ans qui suivent leur arrivée. Et près de 5% achètent un billet d’avion retour dès la première année.

Selon l’Agence juive pour Israël, les données avancées de 15-20% rentrent dans la «moyenne des processus migratoires» de par le monde. Pour autant, il n’existe aucun chiffre officiel. «Ceci pour une raison technique dans la mesure où l’alya est un processus migratoire: le nombre de personnes obtenant la nationalité israélienne est très contrôlé. Mais quand on quitte Israël, on n’a aucune obligation de se signaler», explique Daniel Benhaïm. L’Agence dit donc n’avoir aucune donnée. Sans pour autant nier le phénomène. Pour ceux qui arrivent, «il y a forcément une transition difficile. Notamment en raison des différences culturelles avec la France».

«Tout processus migratoire connaît ses difficultés et ses réussites», poursuit Daniel Benhaïm. Parmi les immigrants de la vague des années 2014-2015, le taux de retour est «quasi-nul», dit-il. «Pour les années antérieures, il est encore trop tôt pour se prononcer.»
 
Mais tout le monde ne voit pas les choses de cette manière. «La question du retour soulève un double tabou: pour la communauté juive, qui voit cela comme un échec, et pour Israël lui-même, puisque c’est la preuve qu’il ne parvient pas à bien intégrer ses nouveaux arrivants», estime l’historienne Frédérique Schillo, citée par Le Monde. «Si on apprend que la formidable émigration française de ces dernières années se traduit par un échec, que dira-t-on? L’Agence juive pour Israël n’a aucun intérêt à en parler», affirme l’historienne. 

France TV Info

La Corée du Sud cherche à renforcer l’espionnage de la Corée du Nord après ses récentes menaces

La Corée du Sud envisage d’utiliser un satellite espion israélien afin de récolter des informations sur les installations militaires et nucléaires nord-coréennes dans le but de renforcer ses capacités de défense en réponse aux récentes menaces de Pyongyang, rapporte dimanche le Times of Israel.

Un responsable au ministère sud-coréen de la Défense a déclaré la semaine dernière que le pays est à la recherche de services de renseignements étrangers capable de fournir des informations sur les activités nord-coréennes, Séoul n’étant pas équipé d’un tel dispositif, a révélé mardi l’agence de presse sud-coréenne Yonhap News Agency.

Les récentes séries de tests nucléaires et de missiles de Pyongyang ont mis en alerte la Corée du Sud ainsi que la communauté internationale qui a fermement condamné ces menaces.

D’après une information parue samedi dans le journal Ynet, le satellite espion israélien « Ofek 11 » pourrait répondre à la demande de Séoul.

En effet, Israël et la Corée du Sud se situent sur une latitude similaire, entre 30 et 40 degrés au nord de l’Equateur. La trajectoire orbitale de « Ofek 11 » permettreait ainsi de diriger le système de surveillance vers la Corée du Nord.

« L’armée prévoit d’avoir son propre satellite de surveillance pas avant 2023, ce qui permettra à Séoul de surveiller de près les activités militaires nord-coréennes », a déclaré un responsable sud-coréen.

Pedro Ugarte (AFP/File)

Pedro Ugarte (AFP/File)
« A North Korean soldier stands guard in front of a rocket at the Sohae Satellite Launch Station in Tongchang-Ri on April 8, 2012 »

Séoul utilise aujourd’hui un système américain, mais hormis ses capacités d’espionnage, le satellite israélien offrirait des images des sites surveillés sous des angles différents de ceux proposés actuellement par les Etats-Unis.

La Corée du Sud souhaite également acquérir des missiles de croisière allemands « KEPD-350K » disposant d’un rayon de 500 kilomètres, et qui permettrait d’atteindre Pyongyang.

Par ailleurs, en août 2014, un haut responsable de la Défense israélienne avait déclaré à la radio de l’armée que la Corée du Sud faisait partie des nombreux pays intéressés par l’achat du système de défense anti-missile Dôme de fer.

Le directeur de la société Rafael, qui fabrique le Dôme de fer, Yedidia Yaarin, avait affirmé àReuters que le taux de réussite du système a suscité un vif intérêt à l’étranger.

Le système de défense anti-missile à courte portée a été très efficace notamment en 2014, interceptant des centaines de roquettes tiré par le groupe terroriste Hamas, visant les grandes agglomérations israéliennes.

Créée en 2001, la Fondation Corée du Sud-Israël pour la recherche et le développement industriels a financé un total de 99 projets R&D jusqu’à présent, dont 63 ont été achevés et 23 commercialisés.

Cette année, ce sont le fabricant sud-coréen Keva Drone Co. et l’israélien Aerodrome qui ont été choisis pour mettre au point ensemble un drone capable de se poser sur l’eau grâce à un matériel léger et résistant aux chocs. Les deux fabricants projettent également d’équiper le drone d’un capteur photo étanche.

De même, les deux pays ont décidé de développer un système de viticulture utilisant des mégadonnées en mettant en valeur les technologies de capteur sud-coréennes permettant d’analyser la croissance de vignes en temps réel et les technologies de gestion de vignes d’Israël basées sur les algorithmes.

«Pour développer de nouvelles industries, il est non seulement important de développer nos propres technologies mais aussi de mener de manière stratégique des projets de coopération avec les grandes puissances technologiques mondiales», a déclaré un officiel du ministère.

AFP

Comment le judaïsme est devenu une religion de fins lettrés…

Tel est le sous titre du livre de Maristella Botticini et de Zwi Eckstein, intitulé La poignée d’élus. Il s’agit d’un livre écrit par deux économistes et je dois avouer que sa lecture peut être éprouvante pour un philosophe. Mais consentir cet effort considérable est récompensé par tout ce que l’on apprend. Ce livre entend faire litière des hypothèses émises par une grande majorité d’historiens qui se demandaient pour quelles raisons la démographie des Juifs a connu les évolutions que nous constatons et comment cette culture religieuse a développé, au fil de deux millénaires, un appel presque abusif à l’intellect et à l’alphabétisation. Certes, toutes les réponses rapportées par ce livre si riche et si solide n’emportent pas nécessairement notre adhésion, mais sa consistance et ses analyses si fouillées sont à prendre au sérieux.

De quoi s’agit-il ? Il s’agit de montrer que les raisons précises expliquant l’abandon presque total des métiers liés à l’agriculture et aux sociétés paysannes ne s’explique ni par les tourments subis par l’histoire juive, ni par les persécutions, ni même par les interdictions ecclésiastiques privant les Juifs de la possession de terres et d’exploitations agricoles. La thèse centrale des auteurs, les deux professeurs d’économie, et aussi très versés dans les analyses démographiques, est que les Juifs ont, depuis les origines, investi dans le capitale humain portable, dans l’alphabétisation et dans l’éducation plutôt que dans le capital constitué par des domaines agricoles. Donc, les auteurs récusent la thèse en vogue depuis Cécile Roth selon lequel les Juifs ont soudain abandonné les travaux agricoles depuis la destruction de Jérusalem et la dispersion sur tout le globe terrestre, en raison de la législation d’exception qu’on leur imposait et surtout en raison de l’hostilité que leur témoignaient les autorités religieuses chrétiennes.

Pour nos deux auteurs, la raison majeure se trouve ailleurs, et notamment dans un facteur endogène exclusivement depuis la Bible et surtout grâce à l’interprétation de l’immense littérature talmudique, il est fortement recommandé aux Juifs d’apprendre à lire et à écrire à leurs fils afin de participer à une bonne intelligence de la Tora. Cette marque distinctive, exigée dans la Bible hébraïque, lue dans le Shéma Israël, a changé la donne : les paroles que je te recommande aujourd’hui, seront sur ton cœur, tu les enseigneras à tes fils, tu en parleras en t’asseyant chez toi et en cheminant le long de la route, à ton coucher et à ton lever… Pour appliquer cette recommandation biblique, le Talmud fait obligation au père d’enseigner à son fils à lire et à écrire. Forts de cette constatation, nos deux auteurs en tirent ce qu’ils nomment un avantage comparatif par rapport aux populations autochtones non juives, que ce fût en terre d’Israël ou en diaspora ; et cela explique que les Juifs étaient surqualifiés ou surdiplômés pour se contenter de travailler la terre. Du coup, les interdictions de l’église ou des potentats locaux n’expliquent plus cet exode rural des Juifs et leur migration vers des professions liées à la finance et à l’artisanat, sans oublier la médecine.

La deuxième thèse majeure de cet ouvrage tente d’expliquer comment ce judaïsme, amputé de son temple et de son culte sacrificiel, a fini par devenir une religion de lettrés, exigeant la maîtrise de la lecture et de l’écriture, plaçant la barre bien plus haut que dans les autres religions monothéistes où n’existe pas la nécessité d’un tel apprentissage ni d’une alphabétisation incontournable. Jusque-là la thèse se défend bien, car vous ne pouvez pas parler jour et nuit de la Tora à votre fils si celui-ci est un analphabète : il doit maîtriser ces données de base que sont l’écriture et la lecture. J’ajoute aussi que le Talmud fait obligation au père d’enseigner la natation à son fils, car, eu égard aux tribulations de l’Histoire, cela pourrait bien lui sauver la vie, un jour de détresse.

Pour expliquer ce virage considérable opéré par la culture religieuse juive, il faut s’en référer à la littérature talmudique qui érige une barrière presque hermétique entre les disciples des sages, talmidé hakhamim, de fins lettrés rompus à la dialectique interprétative et à la rigueur des règles herméneutiques, d’une part, et les incultes, d’autre part, appelés de manière significative le peuple de la terre, am ha-aréts, c’est-à-dire la paysannerie qui, cela se conçoit aisément, n’avait nul besoin de maîtriser ces fondements, ces marchepieds de la culture que sont la lecture et l’écriture.

Mais nos deux économistes n’oublient pas ce qu’ils sont et entendent interpréter toutes ces données historiques suivant des modélisations de leur discipline. Du coup, ils interprètent les fluctuations démographiques de la population juive dans le sillage de leurs théories : si dès l’époque de la chute du Temple, en l’an 70 et jusqu’en 1492, date de l’expulsion des Juifs d’Espagne, premier terme de l’aventure européenne du judaïsme, les Juifs ont presque entièrement délaissé les travaux agricoles et si certains, anciens paysans, se sont convertis au christianisme ou ont tout simplement refusé d’adhérer à la nouvelle tournure de leur religion d’origine, c’est parce qu’ils préféraient utiliser leurs fils comme ouvriers ou forces de travail et n’avaient pas les moyens de les envoyer suivre l’enseignement d’un maître ni de payer les fournitures… Cette conclusion nous paraît sujette à caution, surtout lorsqu’elle est fondée sur des projections nécessairement conjecturales de la population juive de chaque époque. Comment pouvoir dire que les juifs étaient quelques milliers ou quelques centaines de millions dans telle ou telle aire géographique ?

Revenons un instant sur le facteur endogène déterminant qui fit de la religion juive une religion de lettrés et donc le fruit d’une poignée d’élus : c’est-à-dire la séparation de la société entre ceux qui cultivaient la terre, le peuple de la terre (i.e. les paysans) et les aristocrates de la culture. C’est le Talmud qui a sacralisé cette différenciation, remettant les clés de l’interprétation et de la définition des normes religieuses entre les mains d’une seule et même classe, cette fameuse poignée d’élus. Comme ce sont les érudits qui ont écrit l’histoire, ils n’ont pas dépeint leurs antagonistes sous des couleurs séduisantes. L’exemple le plus souvent cité en raison de son caractère emblématique est la défense faite aux disciples des sages, donc, aux érudits des Écritures, de donner leur fille en mariage à un am ha aréts. Certains passages du Talmud vont même jusqu’à dire que les mœurs grossières de ces paysans font d’eux des bêtes sauvages se jetant sur des jeunes filles fines et délicates…

Mais cette image n’épuise pas le sujet et nous avons aussi connaissance des passages talmudiques où l’agriculture est plutôt bien vue et les agriculteurs portés aux nues, car ils contribuent à l’autosuffisance alimentaire des habitants de la terre d’Israël. Le Talmud nous parle d’un vieil homme surpris en train de planter deux arbres fruitiers. Le Talmud engage avec lui un dialogue fictif : pensez vous vivre assez vieux pour pouvoir profiter des fruits de ces arbres que vous plantez ? Réponse du vieillard : quand bien même ce ne serait pas le cas, je pense aux générations futures, car moi aussi j’ai bénéficié de la prévoyante bienveillance des générations passées… Belle image donc d’un monde paysan, généralement assez décrié et bel exemple de la solidarité des générations.

Il existe un autre passage talmudique, devenu célèbre, car il fut repris au XIIIe siècle par l’auteur de la partie principale du Zohar, Moïse de Léon (mort, en 1306) ; Rabbi Siméon ben Yohaï et son fils rabbi Eléazar doivent fuir dans une grotte de Judée pour se soustraire aux Romains qui les accusaient de propager en terre d’Israël, une propagande antiromaine… Sept années durant, le nombre sept ayant toujours eu une connotation symbolique dans le Talmud, ils vivent en anachorètes, sans jamais sortir de leur grotte si ce n’est pour manger des caroubes et se désaltérer à une source voisine. Au terme de cette réclusion septénaire, ils quittent la grotte et croisent un pauvre paysan juif qui laboure son lopin de terre. Nos deux anachorètes qui ont consacré toute leur vie à l’étude de la Tora s’indignent : comment un Juif, récipiendaire de la Tora, perd-il son temps à travailler la terre au lieu d’étudier la loi de Dieu ? Le Talmud nous dit qu’ils le fusillèrent du regard, c’est-à-dire qu’ils le maltraitèrent. Mais le plus important est ce qui suivre ; une voix céleste les rabroua en ces termes : je ne vous ai pas donné pour mission de détruire le monde que j’ai créé ! Retournez vite dans votre grotte ! Ici, le plateau de la balance penche nettement en faveur de la paysannerie.

Le second grand thème du livre examine pour quelles raisons les Juifs se firent une spécialité du prêt à intérêt, du commerce au long cours, des interdictions du prêt à intérêt entre juifs, de la législation ecclésiastique à ce sujet et, en gros, de l’entrée massive des Juifs dans le commerce et l’artisanat, la banque et la finance, la médecine, etc.… Grâce à leur tradition religieuse qui privilégie l’écrit et le raisonnement, les Juifs étaient favorisés pour tenir les livres de comptes, établir des contrats en bonne et due forme, disposer de réseaux familiaux et commerciaux, etc.… Cette tendance a aussi favorisé l’urbanisation des Juifs qui se sont développés dans la vie citadine à laquelle leur propre tradition religieuse les avait préparés. Car hormis les moines et les clercs, toute la population non juive était analphabète. Et parfois, les moines, eux-mêmes ignares, s’aidaient de petits calepins avec des desseins lorsqu’ils prêchaient devant leurs ouailles.

Les deux auteurs ont beau être des économistes, ils n’en recherchent pas moins des sources historiques primaires ; et en plus du Talmud, il existe la Gueniza du Caire où depuis le XIXe siècle, les historiens ont puisé à pleines mains, car on y trouve une quantité astronomique de lettres, de contrats, d’échanges épistolaires de toutes sortes. Ce qui permet de bien situer les choses.

Ce regard neuf posé sur le déroulement de la vie des communautés juives tant en Orient qu’en Occident s’arrête  provisoirement à l’expulsion d’Espagne qui marque une cassure dans les relations entre l’identité juive et la culture européenne.

Mais le meilleur hommage rendu à cette quête de sens et d’esprit, en un mot  de spiritualité et de religion élevée, fut rendu par un disciple d’Abélard, au début du XIIe siècle (cité en page 265, note 2 :

 Si les chrétiens éduquent leurs fils, ils ne le font pas pour Dieu, mais pour le gain, pour que l’un des frères, s’il doit être clerc, puisse aider son père et sa mère ainsi que ses autres frères … Mais les Juifs, par zèle pour Dieu et amour de la loi, adonnent aux lettres autant de fils qu’ils en ont, que chacun puisse comprendre la loi de Dieu. Un Juif si pauvre fût-il, , s’il avait dix fils, les adonnerait tous aux lettres, non pas pour le gain, comme le font les chrétiens, mais pour l’intelligence de la loi de Dieu, mais pas uniquement ses fils mais aussi ses filles…

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Maurice-Ruben HAYOUN

Mise en page 1

La poignée d’élus. Comment l’éducation a façonné l’histoire juive de l’an 70 à 1492. Albin Michel

 

Daniel Cohen est directeur du département d’Économie à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm, vice-président de l’École d’Économie de Paris et directeur du Centre pour la Recherche Économique et ses Applications (CEPREMAP).

Zvi Eckstein est professeur d’Économie à l’Université de Tel Aviv, doyen de la Arison School of Business et de la Tiomkin School of Economics, et directeur du Aaron Institute for Economic Policy du Centre Interdisciplinaire d’Herzliya en Israël.

Sylvie Anne Goldberg est directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, spécialiste de l’histoire du judaïsme. Elle est l’auteur, notamment, de La Clepsydre I, Essai sur la pluralité des temps dans le judaïsme (2000) et La Clepsydre II, Temps de Jérusalem, temps de Babylone (2004) et d’un livre d’Entretiens avec Yosef Hayim Yerushalmi, Transmettre l’histoire juive (2012) ; elle a aussi dirigé le volume collectif en hommage à Yosef Hayim Yerushalmi, L’histoire et la mémoire de l’histoire (2012), parus chez Albin Michel.

 

 

La Chine compte une minuscule communauté juive centrée autour de la ville de Kaifeng, dans l’Est. Une centaine de familles était jusqu’il y a peu une curiosité touristique mais elle est désormais sous pression des autorités, sommée d’effacer toute trace visible de son héritage historique. Des décisions qui font écho à la volonté de Xi Jinping, qui a récemment appelé à se prémunir « des infiltrations des puissances étrangères dans la société chinoise, par le biais de moyens religieux ».

Il est important de conserver ce patrimoine juif en Chine, ce qui montre la vivacité du judaïsme, même en terre relativement hostile.

France 24

Philippe de Villiers : « L’islamo-gauchisme est partout présent, là où on soigne les gens, là où on les éduque, là où on les distrait, là où on les nourrit »


La France est meurtrie par le terrorisme. Mais il y a plus grave : elle est en train de perdre son identité. Si l’on ne fait rien, selon Philippe de Villiers, la voix du muezzin couvrira le son des cloches de nos terroirs… À travers une mise en perspective vertigineuse, il rappelle comment, depuis les années 1980, notre pays a été lentement mais sûrement « islamisé ». Extrait de « Les cloches sonneront-elles encore demain ? », de Philippe De Villiers, aux éditions Albin Michel

 

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Les Compagnons de route

Chaque jour de plus en plus nombreux, les dhimmis s’exercent à la soumission du lendemain. Ils se comportent, conscients ou inconscients, comme les alliés objectifs de l’entreprise d’islamisation de la France.

Mais la mouvance de l’islam politique compte aussi sur d’autres soutiens, plus engagés encore, les compagnons de route.

Ils ne sont pas toujours connus du grand public, ils agissent dans la discrétion, tapis dans la haute administration, la haute finance ou le monde des cléricatures.

Les compagnons les plus assidus, les plus disciplinés, les plus actifs et les plus influents appartiennent aux cercles de la gauche radicale.

Michel Onfray a souligné avec force  : « La gauche est fascinée par l’islam comme elle l’était par les dictateurs au xxe siècle. En matière de religion, elle n’est hostile qu’au judéo-christianisme. » L’ultra-gauche est orpheline. Elle a aimé Staline, Mao, Castro, Pol Pot. Le rêve totalitaire s’est éteint. Elle cherche une autre vague de violence pour accoucher de l’histoire. Et comme elle a cocufié la classe ouvrière, il lui faut un prolétariat réinventé. Elle a découvert Mahomet. 

Cette gauche-là a aimé Robespierre, elle trouve qu’on n’a pas assez guillotiné. Alors elle invente une nouvelle « loi des suspects », elle guette les pensées et les arrière-pensées islamophobes.

Madame Taubira a ouvert les voies de l’impunité générale. La judiciarisation est en route. À peine libéré, l’ancien chef d’Action directe, Jean-Marc Rouillan, s’est fendu, le 23 février 2016, d’un compliment pour les assassins du Bataclan  : « Je trouve les terroristes du 13 novembre très courageux. Ils se sont battus courageusement. »

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Cette nouvelle conjonction astrale du Grand Soir et du Croissant de Lune est une énigme  : « Pourquoi et comment une poignée d’intellectuels d’extrême gauche, peu nombreux mais très influents dans les médias et dans la mouvance des droits de l’homme, ont-ils imposé une véritable sanctuarisation de l’islam dans l’espace politique français ? » s’interroge Jacques Julliard.

L’islamo-gauchisme tient dans sa main la gauche et même la droite. C’est cette mouvance qui tire les ficelles et favorise toutes les avancées de la charia dans la sphère sociale. L’islamo-gauchisme est partout présent, là où on soigne les gens, là où on les éduque, là où on les distrait, là où on les nourrit. Ses agents infiltrent les interstices et mettent sous pression les idiots utiles dans tous les lieux de vie qu’ils ont choisis comme cibles.

Ainsi en va-t-il de l’hôpital où les grignotages de l’espace public par les religieux progressent, avec des complicités au plus haut niveau de l’État qui accueille les réclamations portées par des organisations militantes comme le « Collectif contre l’islamophobie en France » – le Ccif. Il est désormais fréquent de voir ainsi des chambres transformées en mosquées cinq fois par jour, des patients refusant de se faire laver par les soignants, des femmes voilées refusant de se faire examiner par des médecins hommes.

Comme la fermeté ne risque pas de venir d’en haut, les personnels hospitaliers, soumis à une surenchère permanente, s’épuisent dans d’interminables palabres . On dispute, on discute, la négociation permet ainsi d’avancer à petits pas. Un tapis par ci, un voile par là. Le tout au détriment de l’efficacité de l’acte médical… Et des autres patients qui attendent.

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L’islam politique assigne à ses agents la mission d’infiltrer tous les espaces de vie et de convivialité. Souvent, les entrepreneurs, les cadres de préfectures, les travailleurs sociaux confient leur désarroi. Ils rencontrent des cas inédits. La société tout entière tâtonne et s’adapte au changement de mœurs. Comme la lexicologie officielle en fait l’aveu, elle « fait face à l’essor du fait religieux »  : demandes de jours de congé pour les fêtes non chrétiennes, pauses pour prier dans l’entreprise, mais aussi refus de manipuler des boissons alcoolisées ou encore de travailler avec des femmes, de faire écouter de la musique aux enfants du centre social.

Un nouveau métier qui eût enchanté Philippe Muray est en train de naître : « manageur des diversités ». Des cabinets spécialisés dans le « Fait religieux » se développent. Ce sont des dépanneurs conciliateurs. Des formations sont créées, à l’image du très réputé certificat « Management des Diversités » à l’Institut catholique de Paris. Un des manageurs des diversités les plus connus recommande de « lutter contre le choc des émotions, des identités, des ignorances. Convaincre qu’il ne faut pas juger ».

Ainsi la société se désarme elle-même, elle s’adapte et s’auto-dissout. Au nom de la tolérance, chacun apprend à se soumettre et à collaborer.

Le but secret de la manœuvre de l’adversaire est de faire naître une contre-société. Aucun segment ne doit être négligé, depuis la finance jusqu’aux librairies, en passant par les salons de mode, de tourisme, les cosmétiques, les boissons, les sites de rencontres et, demain, les médicaments.

Le marché qui, par définition, est aveugle, devient ainsi un moyen de promouvoir l’islam dans sa dimension politique. L’alliance entre business, politique et communautarisme nous rapproche de la société américaine. C’est le fameux concept de l’« islamérique ».

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Les grandes marques islamisent leurs productions en créant ce qu’elles appellent des « tenues pudiques », en réalité des « tenues islamiques ». Dolce Gabbana a lancé sa collection « Abaya ». Marks & Spencer vend deux modèles de « burkinis », une combinaison de bain composée de trois pièces –  un legging, une tunique et un hijab. La co-créatrice de la marque Fringadine qui vend des vêtements longs, Hélène Agesilas, prétend répondre à une demande du marché au motif que « La France a un retard sur la mode islamique ».

Les grandes enseignes ont recruté des théologiens qui les aident à concevoir, au nom du profit, une stratégie marketing compatible avec la charia. Ainsi s’organisent, contre la dignité des femmes, les noces barbares du cynisme marchand et de la bigoterie islamique, justement dénoncées par le délégué interministériel Gilles Clavreul. Au plus haut niveau de l’État, rares sont les esprits lucides.

La ministre des Familles, Laurence Rossignol, s’est indignée devant ces ballets agressifs de mode islamique. On lui a rétorqué que beaucoup de femmes choisissaient elles-mêmes de se voiler  : « Bien sûr qu’il y a des femmes qui choisissent, rétorqua-t-elle, énervée, il y avait aussi des nègres américains qui étaient pour l’esclavage. » Évidemment, ce genre de propos a été plus commenté par la « patrouille » que la réalité du problème : des défilés de mode, en France, de femmes voilées ! À qui profite réellement l’idéologie dite multiculturelle ? D’abord aux détenteurs de capitaux mondialisés  : ils ont besoin de consommateurs dociles et de travailleurs bon marché qui suivent les mouvements de capitaux. Ce monde de l’injonction marchande associe l’enseigne capitaliste et l’islamisme pour avoir en face de lui une société atomisée, de « no borders ».

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