Timbre Femen : un Israélien tendancieux vers un procès en France

Timbre Femen : un Israélien tendancieux vers un procès en France

Les deux dessinateurs David Kawena et Olivier Ciappa se disputent la paternité du timbre révélé en juillet 2013.

Un dessinateur israélien au profil sulfureux revendique la paternité exclusive du timbre de la Marianne française. Il a porté plainte dans son pays contre Olivier Ciappa, autre père de ce timbre controversé.

Objet d’une vive polémique sur son inspiration – avec les traits de la leader des Femen Inna Shevchenko – et maintenant sur sa paternité que se disputent deux illustrateurs, le timbre illustré de la Marianne française pourrait faire l’objet d’un procès en France. C’est en tout cas ce à quoi la défense d’Olivier Ciappa travaille. Coauteur du timbre accusé de «violation de droit d’auteur par David Kawena, l’autre dessinateur qui a porté plainte contre lui en Israël, s’applique aujourd’hui à faire «rapatrier la procédure en France», confie-t-il au Figaro.

Saisi il y a quinze jours, le tribunal de première instance de Tel-Aviv ne serait pas compétent, selon les avocats, pour juger d’un fait concernant le symbole de la République française et des droits d’auteur établis par contrats avec La Poste, sachant par surcroît que «tous les témoins de l’affaire, et ils sont nombreux, sont français», complète Olivier Ciappa, à qui la plainte a été notifiée il y a une semaine. David Kawena, lui, estime la cour israélienne fondée à juger dans la mesure où le préjudice a eu lieu dans les «eaux internationales du Net», espace d’expression où Olivier Ciappa se serait «copieusement approprié» «sa» Marianne.

Dans un premier temps, un avocat israélien représentera les intérêts d’Olivier Ciappa devant le tribunal de Tel-Aviv, plaidant l’incompétence territoriale. Après quoi, «pas de rapatriement automatique en France», précise Me Charles Cuny, avocat d’Olivier Ciappa. Tout dépendra de la décision de David Kawena de poursuivre ou non devant la justice française». Une procédure qui serait plus complexe et plus onéreuse pour le plaignant, qui pourrait ainsi renoncer. La défense jure ne pas miser là-dessus et dit «presque préférer ce rapatriement pour pouvoir s’expliquer devant l’opinion française, vu la polémique créée».
61.600 euros hors taxe pour la création

«Il a 30 jours pour présenter sa défense», a fait savoir Me Yotam Werzansky, l’avocat de David Kawena basé à Tel-Aviv, qui revendique «le travail exclusif» de son client, «unique créateur et artiste du timbre». Ces derniers jours, le jeune Israélien, pour preuve de bonne foi, a mis en lieu et place de sa photo de profil de Facebook le dessin original de l’actuelle Marianne des Français et avertit: «Maintenant, j’ai la vérité de mon côté et je suis enfin libre de faire entendre ma voix. Il est temps que la belle République française et son peuple connaissent enfin la vérité». Son nom figure pourtant sur les 15 milliards de timbres en circulation aux côtés du nom de Ciappa et il a reçu la moitié des 61.600 euros hors taxe, touchés par le «couple» pour la création postale.

« Ce timbre n’a rien apporté de bien  »
Olivier Ciappa

«Stupéfait» de cette «mythomanie incroyable mais malheureusement chronique», Olivier Ciappa qui explique leur collaboration de plus de quatre ans: «Il est le cerveau de ma main et je suis le cerveau de la sienne». Il est tant «peiné» et «éreinté» par «une polémique autour de ce timbre qui n’en finit plus» qu’il serait «presque soulagé qu’il soit retiré». Car, justifie-t-il, «c’est lourd, c’est pesant, il n’a rien apporté de bien, ce timbre». Si l’on ajoute à cet avis les nombreuses pétitions de citoyens qui demandent son retrait mais aussi l’apostrophe au gouvernement de plusieurs députés qui veulent le voir disparaître ou encore la volonté d’Inna Shevchenko elle-même de ne plus être le symbole d’une France qui a reculé sur la PMA et la GPA pour les homosexuels, cela fait beaucoup de mécontents de Marianne… À l’exception de l’Élysée qui reste sourd à ces réclamations.
La communauté gay elle-même, pour laquelle milite Olivier Ciappa, auteur de l’exposition «Les Couples imaginaires», et qui approuve les Femen pour leur militantisme «mariage pour tous», semble vouloir en finir: «Ce timbre ne mérite plus de continuer à être imprimé quand je vois ce déballage…, dit un internaute sur Yagg, plateforme communautaire des homosexuels».
Une porte de sortie pour la Poste

La Poste, elle, ne cachant pas son embarras depuis le début de la polémique sur sa Marianne, croit trouver en cette procédure juridique une porte de sortie. En effet, dans ses accusations, David Kawena dément aussi toute inspiration Femen, accréditant la thèse de la duperie et de la manœuvre politique de Ciappa dont La Poste s’estime «victime». «Le timbre Marianne n’était pas, de quelque manière que ce soit, inspiré par ou lié à Mademoiselle Inna Shevchenko, insiste l’avocat de David Kawena. Il ne connaissait absolument pas Mademoiselle Shevchenko avant cette histoire. Monsieur Kawena tire son inspiration des œuvres de Michel-Ange et des personnages de dessins animés, comme Disney, pour qui il a travaillé par le passé (…) Tout lien entre le timbre et Mademoiselle Shevchenko est uniquement le fait d’Olivier Ciappa». Thèse, pour La Poste, qui contredirait le bien-fondé du retrait de milliards de vignettes.

David Kawena est Shaul Dadon, un illustrateur tendancieux

Mais l’existence de cette guerre juridique entre les deux artistes ouvre une autre polémique: la personnalité sulfureuse du présumé auteur réel de la Marianne, David Kawena. Un pseudo voué à protéger sa vraie identité: Shaul Dadon, illustrateur aux dessins très sexués et «très tendancieux», concède Olivier Ciappa. Adulé des ados et des fans de DeviantART, il est notamment connu pour sa célèbre série de héros de Disney détournés en chippendales très sexués et dont les poses et attributs plus que suggestifs exaltent la communauté homo. En outre, son nom est associé, avec ou malgré lui nul ne sait véritablement, à de nombreux dessins pornographiques et pédophiles.

«Il n’ignore pas ce fait, témoigne un proche de Shaul Dadon. Comme sa famille est très religieuse en Israël, il avait pris ce pseudo de David Kawena, un personnage de Disney devenu un véritable avatar pour lui». Pourtant, c’est encore sous une autre identité – à consonance allemande – que David Kawena a rempli son contrat à La Poste, pour laquelle il a fait de nombreux autres timbres (Tour de France, Aquarium tropical de Paris…). Une personnalité trouble apparue lors de l’inauguration du timbre Marianne à l’Élysée, selon des proches français et des organisateurs. «Il n’a pas pu assister à la cérémonie parce qu’il lui fallait fournir ses vrais papiers d’identité pour entrer à l’Élysée. Or ils n’auraient ni correspondu à son pseudo Kawena ni à son nom figurant sur le contrat», se souvient un de ses amis. Shaul Dadon se défend de son absence ce jour-là en arguant n’avoir jamais reçu d’invitation…

Reste que sa personnalité crée l’indignation des citoyens qui le découvrent. À l’instar de nombreuses mères de famille alertées par leurs enfants et qui appellent aujourd’hui les médias «à s’indigner de la désinvolture et de l’indifférence inouïes du président de la République et de La Poste dans cette affaire». «Je ne peux concevoir que le président de la France a commandé le timbre de notre Marianne à cet individu sans savoir qui il était vraiment, se révolte Géraldine. D’un côté un photographe qui fait poser des artistes avec une pancarte qui dit “oui à la GPA, PMA et adoption pour les homos”, et de l’autre un dessinateur plus que tendancieux, ça me rend malade».

Par Delphine de Mallevoüe

Mis à jour le 06/03/2014 à 15:24 Publié le 06/03/2014 à 06:02

lefigaro.fr Article original

Pas de commentaires

Déposer un commentaire