La Grande Histoire du sionisme – 1ère Partie Les pères du Sionisme.

La Grande Histoire du sionisme – 1ère Partie Les pères du Sionisme.

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Le sionisme est le mouvement politique, apparue au 19ème siècle, et qui entend permettre aux Juifs d’avoir un État.Nous intéressent essentiellement trois problématiques au cœur de l’histoire du sionisme :

– Les débats et pratiques autour de la construction d’institutions nationales ou prénationales : Organisation sioniste mondiale, partis politiques, Agence juive, groupes armés, puis l’État lui-même.

– Les débats et pratiques autour de la constitution d’une population juive importante au sein de l’État.

– Les débats idéologiques entre tendances sionistes, en particulier sur la définition des objectifs. Dans ce domaine, deux questions ont particulièrement divisé (et continuent de diviser) les sionistes :

– La place de la religion juive dans le sionisme.

– La question de la localisation de l’État juif, puis de ses frontières.

Les faits historiques qui sont cités dans l’article ci-dessous sont donc très incomplets. Ce sont surtout les faits liés à ces trois questions (constructions institutionnelles, construction démographique et divergences sur les objectifs du sionisme) qui sont analysés. Les événements moins directement liés à ces trois questions (par exemple les guerres de 1956, 1973, et du Liban) ne sont pas abordés, ou juste cités. Il en va de même de l’opposition arabe et palestinienne au projet sioniste. Le sujet est vaste et fondamental, mais il n’est abordé dans le cadre de cet article qu’au travers de son influence sur les trois thématiques précitées.

Terminologie

La terminologie utilisée n’est pas politiquement neutre :

Eretz israël (la « terre d’Israël », au sens biblique), a fini par devenir synonyme politique de Grand Israël (incluant la Cisjordanie, la Transjordanie et la Bande de Gaza).

La Palestine a été le terme utilisé par tous, même les sionistes, jusqu’en 1948 (par exemple, le journal israélien Jerusalem Post s’appelait Palestine Post jusqu’à l’indépendance d’Israël). Pour la période postérieure à 1948, il a une connotation « pro-palestinienne ».

Dans l’article ci-dessous, le terme « Palestine » sera utilisé pour désigner le territoire entre la seconde révolte juive (vaincue en 135) et la proclamation d’Israël (en 1948), sans connotation idéologique.

Pour la partie de cet article postérieure à la création d’Israël, on parlera généralement d’« Israël », de la « Cisjordanie » et de la « bande de Gaza », termes les plus utilisés en français. Les termes de « Eretz Israël » et de « Judée-Samarie » seront utilisés en référence aux idéologies qui les utilisent.

Avant le sionisme

L’apparition d’une revendication politique à la création d’un État juif à partir de la seconde partie du xixe siècle s’explique par l’existence de soubassements plus anciens.

Les provinces du royaume d’Hérode Ier le Grand, sous protectorat romain, vers -25.

La destruction du royaume juif dans l’antiquité

Le dernier État juif indépendant, le royaume hasmonéen de Judée, est devenu un protectorat romain en 63 avant l’ère chrétienne. Ce protectorat est devenu une simple province romaine après la mort du dernier roi du royaume, Hérode Ier le Grand, en 4 avant l’ère chrétienne.

Les soulèvements juifs de 67-73 et de 132-135 ont profondément changé la population de la Palestine : une partie a été tuée, une partie a fui les destructions de la guerre, une partie a été vendue comme esclave et une dernière partie a pu rester dans une Palestine appauvrie et ayant perdu son indépendance.

Il est difficile de savoir ce que représentaient ces quatre groupes, mais le nombre des survivants restés en Palestine semble avoir été assez important, encore qu’en nette régression.

Par la suite, il y eut des conversions nombreuses au christianisme (en particulier sous l’empire byzantin peu tolérant), puis à l’islam à partir de la conquête musulmane vers 640.

À compter de la fin de l’Antiquité, les Juifs vivant en Terre Sainte sont donc devenus très minoritaires par rapport à la diaspora juive (dispersion, en grec).

En effet, beaucoup de communautés juives ont continué à exister à travers le monde, mais peu en Terre Sainte, donnant le sentiment d’un peuple dispersé. Le terme hébraïque est Galout (exil). C’est ce sentiment d’exil qui engendrera l’espérance religieuse d’un « retour » ou aliyah en hébreu.

L’espérance religieuse

À compter de la seconde diaspora, les communautés religieuses vont maintenir le rêve d’un retour en Palestine pour recréer un État juif. Il ne s’agit pas vraiment d’un projet politique, mais plutôt d’un rêve messianique et religieux. Il est symbolisé par la célèbre formule « l’an prochain à Jérusalem » prononcée chaque année lors du seder de Pessah. Il y aura d’ailleurs plusieurs messies proclamés, comme Sabbataï Tsevi ou Jacob Franck.

Avec le temps, la majorité des rabbins orthodoxes ont développé une interprétation s’opposant en pratique à la recréation d’un État juif : Dieu a puni les Juifs en détruisant l’État, seul son Messie peut le recréer2. Toute tentative humaine en la matière est une révolte contre Dieu. Cette vision sera très progressivement remise en cause à partir du XXe siècle, mais avec de fortes réticences.

Le « Messie » Sabbataï Tsevi, qui promettait le retour des Juifs en terre d’Israël – 1666.

Le nationalisme

Avec le xviiie siècle, l’esprit des Lumières donne naissance aux concepts de peuple et de nation, définis par leur identité – par opposition à la notion de royaume, défini par son souverain et ses frontières (et souvent par sa religion).

Les Français les premiers, que leur Révolution de 1789 oppose à toutes les monarchies d’Europe, se battent en tant que Français et non en tant que sujets du roi de France. C’est la naissance du nationalisme moderne.

Celui-ci se répand dans toute l’Europe au cours du xixe siècle. Il attire particulièrement les populations occupées par un autre état, ou divisées en plusieurs états.

C’est ainsi que l’idée nationale se répand dans les populations divisées entre plusieurs états, en Allemagne et en Italie, ainsi que dans les populations occupées de la Pologne, de l’Irlande ou de la Hongrie.

Inévitablement, l’idée nationaliste finit par toucher une autre population européenne privée d’état, et même de territoire : les Juifs.

L’idée d’un peuple juif est ancienne et remonte à la Bible. Sous l’influence du nationalisme, elle est redéfinie dans un sens moins religieux, et plus centrée sur une identité historique, ethnique et culturelle.

Au cours du xixe siècle, la lecture messianique qui préconisait la libération politique d’Israël par un roi-messie recule à mesure que les populations juives se laïcisent. Cette lecture messianique réactivée par Don Isaac Abarbanel suite à l’expulsion des Juifs d’Espagne cède ainsi du terrain – tout en s’y adaptant – face à des idéologies « modernes »: socialisme, libéralisme, rationalisme et nationalisme.

Une des premières manifestations nationalistes est la rédaction du livre « Rome et Jérusalem – La Dernière Question Nationale », par Moses Hess en 1862 : impressionné par le succès de l’unité italienne4, l’auteur, par ailleurs proche de Karl Marx, y appelle à la création d’un État juif.

En 1869, l’Alliance israélite universelle crée l’école agricole de Mikvé-Israël près de Jaffa, à l’instigation de Charles Netter, un de ses fondateurs. De cette école vont sortir des générations d’agriculteurs juifs. Il y aura quelques autres initiatives dans les années 1870, montrant un intérêt en développement pour la terre de la sainteté.

L’antisémitisme

Une attitude hostile aux Juifs n’est pas nouvelle. Pour les chrétiens, les Juifs avaient fait crucifier Jésus, et surtout refusé la nouvelle religion.

En 1873, une nouvelle terminologie apparaît : l’antisémitisme. Le mot est dû à un journaliste de Hambourg, Wilhelm Marr. L’antisémitisme se veut une idéologie nationaliste et laïque « moderne », rejetant les Juifs non plus pour des raisons religieuses, mais parce qu’ils seraient un peuple sémite moyen-oriental inassimilable en Occident.

Au-delà de cette innovation, les préjugés traditionnels chrétiens contre les Juifs sont largement repris.

L’antisémitisme et l’hostilité aux Juifs se répandent largement autour des grandes concentrations juives d’Europe orientale.

Selon la thèse de Léo Pinsker, ce serait l’intégration progressive des Juifs dans la vie moderne qui aurait provoqué cette réaction : les Juifs n’étaient pas aimés mais ne gênaient guère quand ils vivaient à part. À compter de leur pénétration progressive dans le monde moderne, ils deviennent des concurrents directs et beaucoup plus visibles.

Léo Pinsker

En 1881, des pogroms sanglants se produisent dans l’empire tsariste contre les Juifs. Beaucoup d’entre eux en concluent qu’il n’y a pas d’avenir pour les Juifs en Europe orientale. C’est le début d’un grand mouvement d’émigration qui mènera 4 millions de Juifs d’Europe orientale à quitter cette région entre 1880 et 1931.

La plus grande masse ira en Amérique du Nord4, mais d’autres iront en Europe occidentale, en Amérique du Sud, et même en Palestine. Il ne faudrait pas cependant passer sous silence l’impact que connut la question juive en Roumanie et notamment les tractations lors du Congrès de Berlin, dans les années 1870, en vue d’obtenir des conditions favorables pour une émigration juive massive en Roumanie, avec les réactions de la population locale. Selon Jacques Halbronn (Communication au Congrès Mondial des Etudes Juives, Université Hebraïque de Jérusalem, 2009), il faut y voir une préfiguration de ce qui se passera à partir de 1917 et du fait de la Société des Nations en ce qui concerne l’établissement d’un Foyer Juif en Palestine. Dans les deux cas, Roumanie et Palestine, il s’agit de territoires venant de se dégager du pouvoir ottoman.

Les origines du sionisme : synthèse

Le sionisme naît vers 1880 à la rencontre de quatre conditions :

– La définition traditionnelle du peuple juif portée par la Bible et les rabbins. À côté d’un volet religieux fondamental, cette définition traditionnelle a toujours insisté sur le fait que les Juifs étaient aussi un peuple spécifique, les « enfants d’Israël », disposant en droit d’un « pays dont l’Éternel, ton Dieu, te donne la possession ».

– La laïcisation d’une partie des Juifs. Les rabbins et les « orthodoxes refus ant »>Article original avec horreur une doctrine qui prétend se substituer au rédempteur » et s’opposant à la création d’un nouvel État juif avant la venue du messie, l’émancipation d’une partie de la communauté de l’autorité de ses rabbins était fondamentale.

– Le développement du nationalisme en Europe. Celui-ci a donné le cadre de la révision du projet juif. Il ne s’agit plus dans cette optique de maintenir l’ancienne religion, mais surtout d’obtenir un État, but fondamental de tout nationalisme.

– L’antisémitisme. C’est son développement à partir des années 1870 qui donne le moteur transformant une réflexion intellectuelle en un projet de départ hors d’Europe, et de constitution d’un État spécifique où les Juifs pourraient vivre ensemble et se protéger.

Les prémices du sionisme – 1880-1897

Cette période va de la parution de « Auto-émancipation » à la réunion du premier congrès sioniste mondial.

Les amants de Sion et la première alya

Après les sanglants pogroms de 1881, un médecin d’Odessa, Léon Pinsker, publie à Berlin en septembre 1882 Auto-émancipation, le premier vrai manifeste sioniste (le terme n’existe pas encore). Il y prédit que la « judéophobie » (c’est son terme) ira croissant au fur et à mesure de la modernisation des sociétés européennes, et au fur et à mesure que les Juifs sortant du ghetto se trouveront en concurrence avec leurs voisins. Il en conclut que les Juifs doivent quitter l’Europe et créer leur propre État. Il est à noter qu’il ne le revendique alors pas forcément en terre sainte.

En parallèle, des organisations commencent à apparaître. Des jeunes gens et des étudiants fondent en janvier 1882 le groupe « Bilou » (Beith Israël Lekhou Vena’ale) sous l’impulsion d’Israel Belkind. On parlera souvent des pionniers de la première alya comme étant les Bilouïm.

Très rapidement, Léon Pinsker prend la direction de la Ahavat zion, ou Ahavat sion. Il s’agit d’un réseau, d’ailleurs peu structuré, de sociétés qui regroupent

« tout fils d’Israël qui admet qu’il n’y a pas de salut pour Israël tant qu’un gouvernement juif ne sera pas installé en terre d’Israël ».

Le premier groupe a été créé en 1881 par des étudiants de Saint-Pétersbourg, avant la parution du livre de Pinsker. Il y aura rapidement une centaine de sociétés, surtout dans l’empire russe, mais aussi en Roumanie. Les membres sont appelés « Amants de Sion » (Hovevei Sion ou Hovevei Tzion).

Leur but est d’organiser l’émigration de Juifs vers la Palestine (alors partie intégrante de l’empire ottoman).

L’émigration des « Amants de Sion » et celle des Bilouïm se déroule surtout dans les années 1880, dans le traumatisme suivant les pogroms de 1881. On l’appelle la « première aliyah» (mot signifiant « montée » en hébreu, au sens de « montée vers Eretz Israël »). Elle ne touche qu’environ 10 000 personnes. Elle fait face à une administration ottomane assez hostile, qui la freine.

Ses militants, peu organisés, forment la base de ce qu’on appellera le « Nouveau Yichouv » (Yichouv signifie « communauté juive en Eretz Israël »).

Ils rencontrent en Palestine les membres de « l’ancien Yichouv », soit environ 25 000 Juifs très religieux, plutôt séfarades (avec une minorité ashkénaze). Ces Juifs pieux sont essentiellement concentrés dans les quatre villes saintes de Jérusalem, Tibériade, Safed et Hébron.

Séfarades contre Ashkénazes, traditionalistes contre modernes, population dirigée par ses anciens contre jeunes militants, religieux contre laïcs, orientaux contre européens, sionistes contre anti-sionistes (rappelons que les rabbins considéraient que seul le Messie pouvait recréer l’État juif): les relations seront assez souvent tendues, voire hostiles.

Cette première vague d’immigrants est historiquement importante, malgré son influence démographique limitée :

Elle crée des villages sur la côte de Palestine (Rishon LeZion en 1882, Rosh Pina, Petah Tikva, Zihron Yaakov, Gedera…), qui deviendront pour beaucoup des villes, et qui expliquent encore aujourd’hui une partie de la géographie urbaine d’Israël.

Elle rend crédible l’idée de l’émigration vers Eretz Israël.

Eliézer Ben Yehoudah à sa table de travail.

À travers l’un de ses membres, Eliezer Ben-Yehuda, elle crée l’hébreu moderne.

Le baron Edmond de Rothschild, philanthrope juif qui financera une part de la première immigration sioniste en Palestine, à partir de 1883.

Les colonies juives agricoles de la première Aliyah seront fortement aidées, à compter de 1883, par les financements du baron Edmond de Rothschild, qui apparaît ainsi comme l’un des hommes clefs de ce premier sionisme. Après 1899, la Jewish Colonization Association, fondée par le baron Maurice de Hirsch en 1891, prendra le relais financier, et participera aussi à l’achat de terre en Palestine et à l’aide aux colonies agricoles.

Eliézer Ben Yehoudah et l’hébreu moderne

L’hébreu n’était plus utilisé comme langue parlée par les Juifs depuis bien avant la chute du dernier royaume juif. Les Juifs de Judée avaient adopté l’araméen comme langue vernaculaire bien avant la naissance de Jésus-Christ. L’hébreu était devenu une langue purement religieuse.

À compter du début du xixe siècle, on voit réapparaître en Europe une littérature laïque en hébreu. Elle est gênée par un vocabulaire religieux et étranger au monde moderne. Une certaine modernisation commence donc à poindre, menée par des intellectuels juifs laïques, les maskilim.

Eliézer Ben Yehoudah va systématiser cette entreprise de modernisation. Il considère que l’hébreu doit devenir la langue parlée par les Juifs en Palestine. À ce titre, il entend en faire une langue moderne.

Il reprend la prononciation des Juifs séfarades, qu’il considère plus conforme à l’originale, et crée des centaines de mots nouveaux, adaptés aux besoins d’une société moderne et scientifique. C’est la base de l’hébreu actuellement parlé en Israël. Il est à noter que les religieux juifs traditionnels se sont fortement opposés à cette entreprise : pour eux, l’hébreu devait rester la langue de la Bible.

Les prémices du sionisme : synthèse

Les constructions institutionnelles restent faibles, voire marginales. Le développement d’une « langue nationale » modernisée est cependant un évènement fondamental.

Au plan démographique, le « nouveau Yishouv » sioniste reste numériquement inférieur en nombre à l’« ancien Yichouv » religieux. Mais un ensemble de villages commence à apparaître, autour desquels se structurera le paysage humain du xxe siècle.

Quant aux débats idéologiques, ils sont presque absents de la période.
Mais au-delà de ses limites, cette période formatrice a créé une dynamique qui s’amplifiera au cours des décennies à venir.

Wikipédia – Jforum.fr

Aucun commentaire

  1. Le sionisme, retour à Sion, n’a donc pas débuté avec Herzl, comme les ennemis de la légitimité de l’état juif se complaisent à le proclamer, il vient du premier exil, et de la première promesse de retour,

    promesse toujours attendue et toujours tenue

    même si le sionisme moderne, laique en majorité, athée parfois, a mis ses petis pas dans ceux des prophètes, il n’aurait jamais vu le jour sans la naissance du monothéisme un jour lointain, que bien des juifs même sionistes avaient oublié ou renié,

    et si la renaissance d’Israel s’est faite principalement par le jeu politique,

    que certains d’entres ceux qui en ont été les acteurs n’avaient aucune vision religieuse du peuple juif ni de l’état juif dont ils rêvaient,

    cette renaissance n’aurait jamais pu se faire sans la naissance spirituelle de l’état juif

    sans Torah pas de peuple juif, et sans peuple juif, pas d’état juif

    Herzl comme bien d’ autres grandes figures du sionisme, auxquels nous sommes bien sûr tous redevables, auraient été impuissants et ne seraient rien sans ce petit livre reçu un jour par Moise au Mont Sinai, que certains d’entres eux n’avaient sans doute jamais ouvert,

    oublié ce livre, le sionisme était comme un arbre sans racines, un immeuble sans fondations,

    les sionistes qui pensaient pouvoir remplacer la Torah par le Capital ont du bien vite déchanter

    c’est donc un fervent partisan de l’assimiliationisme qui est devenu le fondateur de ce mouvement qui donnera renaissance à l’état d’israel

    les voies de D. sont impénétrables et imprévisibles

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